Historiquement en dehors des écrans radars des investisseurs français, des pays comme le Nigeria, le Kenya, le Ghana, l'Ethiopie et l'Afrique du Sud sont de plus en plus remarqués pour leur dynamisme démographique et économique.
Conseils d’experts avant d'aller s'y implanter.

Une population jeune qui croît à vive allure, une classe moyenne montante, une urbanisation galopante, des taux de croissance enviables : l’Afrique aiguise ces dernières années les appétits des investisseurs. Certes, le continent n’est pas guéri de tous ses maux et l’Afrique subsaharienne a été frappée de plein fouet par la chute des prix des matières premières. Mais plusieurs pays restent dynamiques et, à en croire le FMI, les perspectives de croissance à moyen terme y restent favorables grâce à la démographie et une nette amélioration du climat des affaires.

Poids des marchés anglophones

Sur ce continent hétérogène qui compte 54 États et 2 000 langues, les pays anglophones pèsent lourd : le premier PIB de l'Afrique est celui du Nigeria, l’économie la plus industrialisée est celle de l'Afrique du Sud, tandis que la palme de la plus forte croissance revient à l’Ethiopie (9,6 % en 2015). Pourtant, les entreprises françaises (en dehors du secteur des matières premières), traditionnellement tournées vers l’Afrique francophone, y sont relativement peu présentes.

Selon un classement du cabinet Bearing Point1, parmi les sociétés hexagonales sondées, on trouve, en haut du palmarès des pays africains où elles sont présentes, la Côte d'Ivoire et le Maroc, loin devant le Nigeria et l'Afrique du Sud (6e et 7e places) ou le Kenya (10e). Mais l’horizon s’étend. Carrefour et PSA se lancent à Nairobi, Axa à Lagos, Décathlon fait ses premiers pas à Johannesburg…

Le secteur technologique attire également. « Des entreprises tech - on les voit dans le French Tech Hub - sont en train de se déployer en Afrique du Sud. La dynamique est en passe de complètement changer », affirme Christophe Viarnaud, l'un des fondateurs du hub de la French Tech au Cap et Pdg de Methys, une société présente dans la nation arc-en-ciel depuis dix ans.

Terres d’opportunités

S'il faut se lancer en Afrique anglophone, c'est à l'évidence parce qu' « il y a des marchés et des populations importantes », rappelle Jacques Manlay, expert auprès du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN). Selon lui, ces pays, certes tous différents, économiquement comme politiquement, partagent le fait d'être entrés très tôt dans la mondialisation. Autre point commun, leurs ressortissants sont des « entrepreneurs enthousiastes ». Et surtout, il y a peu de formalisme pour y créer une société : « On peut démarrer assez vite ».

Les marchés les plus intéressants ? « Pour moi, cela reste le Nigeria, car la population est nombreuse, même s'il y a des difficultés économiques actuellement », estime Jacques Manlay. Géant économique et démographique, avec 186 millions d'habitants, ce premier producteur africain de pétrole, dont l’économie est également tirée par les télécoms et les services, bénéficie en outre d'un fort potentiel agricole. Jacques Manlay croit notamment aux opportunités dans le domaine de l'agro-industrie. Et pas seulement au Nigeria, d'ailleurs...

Pour Christophe Viarnaud, tout dépend du secteur d’activité. « Les besoins et la cartographie de ces pays sont très différents ». Au Nigeria, « si vous êtes une entreprise technique, d'ingénierie, par exemple, il y a beaucoup à faire dans la smart city, la gestion de l'eau, l'électricité, voire dans la logistique », observe-t-il. Plus petit, le Ghana est lui aussi intéressant. « Pour une entreprise française, cela peut être un bon petit terrain d'essai », estime Jacques Manlay.

En Afrique orientale, le Kenya joue le rôle de hub régional économique et logistique. Le dynamisme de ce leader du mobile banking ne fléchit pas, et sa croissance économique se situe autour de 5 %. Fort d'une classe moyenne entrepreneuriale, le Kenya a par ailleurs été classé par la Banque mondiale parmi les dix Etats les plus réformateurs en matière du climat des affaires. Autre marché porteur, l'Ethiopie. Jacques Manlay est optimiste sur le développement de l'industrie dans ce pays peuplé d'environ 90 millions d'habitants : « Les entreprises chinoises et turques y délocalisent leur textile. En Ethiopie, il y a une tradition et une main d'œuvre très bien formée », souligne-t-il.

Comment s'y prendre ? S'appuyer sur des professionnels locaux est crucial. Quant aux risques, l'expert du CIAN souligne notamment celui du change et préconise le recours à la lettre de crédit. Autre bémol, s'ils sont très mondialisés, ces pays sont en même temps, d'après lui, caractérisés par une forte concurrence locale et internationale. Dans ce contexte, « c'est à vous de trouver le bon interlocuteur et le bon produit, autrement dit de trouver la bonne niche ».

Afrique du Sud, locomotive numérique

Economie la plus développée et la plus diversifiée du continent, avec un secteur des services évolué, l'Afrique du Sud tient une place à part. Devant le Nigeria et le Kenya, elle est en outre le premier marché pour des levées de fonds dans la tech en Afrique, d'après l'African Tech Start-ups Funding Report. Dès lors, rien d'étonnant que la ville du Cap ait obtenu le label French Tech début 2016. Une initiative suivie récemment par le lancement de l'incubateur French South African Tech Labs (FSAT Labs), co-financé notamment par Methys et par un acteur public sud-africain (Seda). La French Tech du Cap réunit d’ores et déjà plusieurs jeunes pousses, à l'instar de PayGenius, Powertime et Candystick… Pour Christophe Viarnaud, la ville du Cap est en quelque sorte le San Francisco de l'Afrique : « Il y a la même qualité de vie, d'infrastructures et de talents, sans les mêmes coûts qu'en Californie, mais avec la même ADN très innovante ».

"L'Afrique du Sud est une base idéale pour attaquer tout le marché de l'Afrique subsaharienne" Christophe Viarnaud

Avant de s'y lancer, l'ambassadeur de la French Tech préconise de bien comprendre le marché. Comptant 55 millions d'habitants, le marché comporte plusieurs strates : « une classe moyenne d'environ 20 millions d'habitants et une classe aisée de 4 à 5 millions ». Autre conseil, « l'Afrique du Sud est une base idéale pour attaquer tout le marché de l'Afrique subsaharienne » - en tenant toutefois compte des différences culturelles entre les pays. Par ailleurs, il y a moins de compétition et c'est moins cher de se lancer en Afrique subsaharienne qu'aux Etats-Unis, souligne-t-il. « Et ce n'est pas vrai que pour la tech. C'est encore une zone qu'il faudrait qualifier d'eldorado ».
Sans oublier que le système financier légal sud-africain est « très bien balisé et facile à lire ». Parmi les formalités administratives, il y a l'obligation d'obtenir un visa pour s'y installer : Christophe Viarnaud conseille de postuler pour la classe critical skills. Enfin, il encourage vivement « une fusion entre les talents français et sud-africains ». Voilà pour les atouts. En revanche, il existe en Afrique du Sud un risque monétaire, compte tenu de la volatilité du rand. Ainsi, mieux vaut « avoir une vision longue sur l'investissement »...

En somme, pour le patron de Methys, « la décennie qui vient est celle de l'investissement en Afrique. Pour investir sur son potentiel, il faut être en Afrique subsaharienne. Et pour cela, il faut être en Afrique du Sud ». Une manière de lancer une invitation au forum Africarena, dévolu à l'innovation numérique, qui se tiendra les 6 et 7 novembre 2017 au Cap.

Le saviez-vous ? 

L’Afrique du Sud concentre 600 des 1 000 plus grandes entreprises du continent africain !

1- « Une Afrique, des Afriques », 2015

Partagez cette actu !
Abonnez-vous !

Recevez les dernières actualités directement dans votre boîte email.

CONNECTEZ-VOUS AVEC L’UNIVERS ENTREPREUNARIAL

Ne perdez pas le fil

Publié par Facebook sur 

.@Bpifrance et @WITH_asso lancent l'événement #ViveLaBiotech à San Francisco. L'objectif ? Valoriser la biotech 🇫🇷… https://t.co/DVK1uSA0Us

À LIRE ÉGALEMENT

Pour aller encore plus loin.