#PlusBeauStage : entreprendre en terre inconnue

A l'occasion de son mois de stage chez Technisem au Sénégal, Viveka est allée à la rencontre d’entrepreneurs : parmi eux, Romain de Sun’Eat Up. Interview d’un jeune chef d’entreprise passionné et innovant.

Peux-tu nous expliquer ton parcours avant de te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Mon parcours est atypique puisque j’ai eu la chance de vivre pas mal d’années à l’étranger. C’est ce qui me pousse à toujours tenter et découvrir de nouvelles choses. Etant passionné par la physique et plus particulièrement le domaine des énergies, j’ai commencé par un DUT Génie Thermique et Energie. J’ai ensuite passé un diplôme d’ingénieur en alternance, dans le nucléaire, puis travaillé pendant 3 ans chez Areva à la Défense. Cette expérience m’a montré que je n’étais pas fait pour travailler dans un bureau, et que la seule fonction d’ingénieur ne me satisferait jamais. J’avais l’ambition de créer une ou plusieurs entreprises depuis mon DUT. C'est pourquoi j’ai intégré le Mastère Entrepreneur labellisé HEC de GEM (Grenoble Ecole de Management) en septembre 2016.

Quel a été l’élément déclencheur pour faire germer cette idée et te pousser vers l’entrepreneuriat ?

Pour mon projet de cuiseurs solaires en Afrique, l’idée a germé suite d’une part à un projet en innovation qui m’a conduit à m’intéresser aux entreprises fabriquant des cuiseurs solaires et, d’autre part, d’un projet avec une association ougandaise avec laquelle j’ai passé 3 semaines dans un village à replanter des arbres. 

"J’ai eu l’envie de fabriquer localement et à bas coût des cuiseurs solaires efficaces."

J’ai fait deux constats. Le premier, c’est que les cuiseurs solaires proposés par les entreprises sont beaucoup trop chers pour l’Africain moyen des milieux ruraux, le deuxième c’est que le bois et le charbon sont rares. C’est pourquoi j’ai eu l’envie de fabriquer localement et à bas coût des cuiseurs solaires efficaces.

De l’idée au produit, comment as-tu franchi le pas ?

La première étape a été mon pitch devant la promo de mon Mastère entrepreneur. Deux personnes m’ont rejoint et nous avons pu être encadrés pendant 8 mois à raison d’une demi-journée par semaine. Mais le projet étant destiné à l’Afrique, il a fallu définir, de manière objective, un pays cible pour se lancer. Une fois le Mastère terminé et quelques détails peaufinés, j’ai pris un aller simple pour un pays inconnu : le Sénégal. J’y suis maintenant depuis juin 2017.

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton projet ?

Mon 1er premier produit est un cuiseur solaire 100 % made in Sénégal qui permet de faire cuire et/ou griller les aliments les jours de soleil, soit en moyenne 300 jours/an au Sénégal ! Il est destiné en priorité aux habitants des régions rurales victimes de la sécheresse, des pénuries de bois et de charbon et dont les moyens sont limités. 

L’objectif est d’abord économique pour les habitants de ces villages reculés. En effet, avec ce cuiseur, ils peuvent économiser jusqu’à 10 mois de chargements de bois ou de charbon chaque année. Ensuite, bien que la coupe du bois soit interdite, la réalité est tout autre : il faut bien se nourrir ! Ainsi les cuiseurs solaires permettraient à la forêt de se régénérer et d’endiguer la désertification. Enfin, le cuiseur étant construit localement, il est pourvoyeur d’emplois locaux et générateur d’autres activités parallèles. 

Maintenant mon ambition est de livrer un minimum de 6 000 cuiseurs en 3 ans au Sénégal et de prévoir le développement pour les autres pays sahéliens.

Avec la première version nous avons pu faire cuire des œufs, des pâtes ou encore faire chauffer le thé. Une température d’environ 120°C a été atteinte. Mais ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui nous en sommes au 4e prototype. Celui-ci devrait permettre d’atteindre 140-150°C et posséder une fonction grill.

Quelles sont les prochaines étapes  ?

La prochaine étape est de signer un maximum de contrats pour lancer une chaîne de production quasi industrielle et, d’obtenir les fonds nécessaires pour réaliser les 500 premières unités mais aussi pour améliorer en continu une gamme de produits allant du simple cuiseur, au cuiseur solaire connecté. Par la suite, des combinés cuiseurs solaires et bio gaz pourraient également voir le jour et rendre ainsi la cuisson totalement autonome pour un ménage rural.

Tu as décidé d’entreprendre dans un pays inconnu. Comment s’est fait ton choix ?

Le choix s’est fait de manière pragmatique. D’abord c’est la nécessité de trouver une alternative durable dans ce pays très touché par le réchauffement climatique (en particulier la désertification). Ensuite, l’ensoleillement largement favorable au Sénégal (300jrs/ an) m’a d’autant plus dirigé vers ce pays. Enfin, un premier contact sur place et la langue officielle qui est le français ont fini de faire basculer mon choix qui s’était initialement porté sur l’Ouganda que je connaissais déjà un petit peu.

A quelles difficultés as-tu été confronté en tant que jeune entrepreneur à ton arrivée et comment les as-tu surmontées ?

La différence culturelle est toujours difficile à appréhender, il faut donc prendre son mal en patience et essayer de comprendre la manière de fonctionner des gens. La plus grande difficulté est de trouver du matériel adéquat et de qualité rapidement pour tester les idées. Ce qui peut être résolu en une heure dans un magasin de bricolage en Europe peut mettre plusieurs jours au Sénégal, voire ne pas aboutir car le matériel n’y est pas présent. La seule solution est d’innover encore dans un esprit Jugaad (c’est-à-dire avec pas grand-chose) ou de faire importer des produits (souvent très chers).

Quel conseil donnerais-tu à un entrepreneur qui souhaiterait suivre tes pas ?

Je lui dirais de prendre tout ce qu’il sait, de le laisser dans un coin de sa tête et de vivre comme ses futurs clients. Ensuite, quand l’espace est bien rempli, il faut libérer sa connaissance et l’adapter à son nouvel environnement.

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