Emploi et Handicap

Témoignage de Michael Jérémiasz, athlète et entrepreneur investi

Tennisman, quatre fois médaillé lors des jeux paralympiques, 7 titres du Grand Chelem en double, porte drapeau de l’équipe de France à Rio en 2016, Michael Jérémiasz était l’invité de la 3e édition Bpifrance Inno Génération en octobre dernier et répondait aux questions de Philippe Kunter, directeur du Développement Durable et de la RSE, Bpifrance. A l’occasion de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, retrouvez son témoignage.

Le sport a été un élément de reconstruction et de valeur pour toi, pourquoi le sport, est-ce que cela aurait pu être autre chose ?

J’étais joueur de tennis avant mon accident, j’ai commencé à l’âge de 5 ans. J’ai toujours aimé le sport et j’en ai pratiqué beaucoup d’autres, notamment le ski qui reste encore aujourd’hui mon sport préféré même si c’est celui qui m’a rendu paraplégique à l’âge de 18 ans en 2000.
Après mon accident, le sport est revenu assez naturellement car en centre de rééducation, ce que l’on nous apprend c’est à faire du sport de manière intensive pour  récupérer de l’autonomie.
Le sport a également été un moyen de sortir de l’environnement médicalisé et de créer du lien social, ainsi qu’une source de plaisir car j’ai retrouvé un sport que j’appréciais. J’en ai fait mon métier et cela m’a permis de me créer une nouvelle identité : je suis devenu un champion avant d’être une personne handicapée.

Une autre facette de ton parcours, tu es  également dirigeant d’entreprise et très impliqué dans des activités sociales (Alegro Consult, association Comme les autres, Handiamo !), peux-tu nous décrire cet engagement, ce que cela représente pour toi ?

Aujourd’hui je suis en retraite sportive et cela fait longtemps que je me demande ce que je vais faire après et  ce que je vais pouvoir apporter à la société. J’ai un grand frère, très engagé dans l’entreprenariat social et solidaire notamment, qui m’a  transmis cela, cette envie, cet engagement, ce besoin d’utilité pour les autres.

Il y a 7 ans, nous avons créé 2 structures : l’association « Comme les autres » qui accompagne des personnes handicapées à la suite d’un accident de la vie dans leur parcours de reconstruction par la pratique de sports à sensation forte, d’activités collectives de proximité et d’un accompagnement individuel à la vie sociale. Nous avons aujourd’hui 7 salariés et nous avons accompagné plus de 300 personnes.

En parallèle, nous avons créé l’entreprise sociale Handiamo ! qui gère la  carrière de sportifs handicapés et qui organise des évènements sur le handicap en entreprise. Tout cela, toujours dans l’idée d’avoir un sentiment d’utilité, car je suis le porte-parole d’une minorité qui est extrêmement discriminée, et avec la chance que j’ai au sein de cette minorité, je me suis demandé ce que je pouvais faire concrètement pour changer ou améliorer le quotidien de gens comme moi, qui ont eu un accident de la vie.
Enfin, j’ai créé seul, une société de conseil, Alegro Consult, dans laquelle je fais du conseil en entreprise mais toujours sur ces questions d’intégration de personnes handicapées dans l’entreprise, du vivre ensemble, de la collaboration, de l’inclusion…

J’en fais certes beaucoup, mais je suis convaincu que dans l’entreprise ou dans l’associatif,  le médiatique, le politique, etc… on est beaucoup plus efficace quand on est utile aux autres. C’est comme cela que je me réalise et j’encourage les gens à le faire également.

Quel est ton regard sur le monde de l’entreprise et sur les entrepreneurs face aux personnes handicapées?

Ça fait 17 ans que je suis en fauteuil roulant et j’ai vu une réelle évolution. Il y a 17 ans, les entreprises préféraient payer des taxes et mettre le sujet de côté. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises payent encore les taxes mais énormément d’entreprises  veulent faire des choses, il y a une réelle volonté d’être actif  sur ces sujets et de ne plus subir. Ces entreprises se posent de vraies questions : comment mettre en place des partenariats avec des écoles, comment mettre des annonces sur des sites spécialisés, comment optimiser ma taxe AGEFIPH pour organiser des évènements de sensibilisation dans mon entreprise?Il faut savoir que chaque personne est victime au moins une fois dans sa vie d’un accident de la vie, il ne s’agit pas forcément d’un handicap mais cela peut-être une maladie, la perte d’un proche, la précarité, etc…  Et la réalité est que si vous vous occupez bien d’eux, ils s’occuperont bien de vous également. Nous serons tous, un jour, confrontés à des difficultés.
Et la réalité est que l’entreprise est le lieu où l’on passe le plus de temps dans la journée. Il est parfois difficile d’y gérer ses accidents de vie car personne n’est au courant. C’est donc une responsabilité collective de savoir comment gérer le quotidien de chacun, faire preuve de bienveillance, de vivre ensemble. Tout cela peut passer par de la sensibilisation, de la formation, etc… c’est ce que j’essaie d’apporter.
il reste encore beaucoup de barrières  et de clichés à faire tomber, beaucoup de peurs à surmonter, mais les entreprises évoluent dans le bon sens, je pense. 

Comment faire bouger les lignes dans une entreprise, comment mettre en confiance ses salariés handicapés qui ne sont pas déclarés ?

Certaines entreprises pourraient vouloir inciter les travailleurs handicapés à se déclarer car cela permettrait de payer moins de taxe AGEFIPH, or ce n’est pas l’approche qu’il faut avoir.  Faire sa RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé)  c’est surtout des avantages.  Il y a donc un travail pédagogique à faire auprès de ses collaborateurs, sans cibler celui ou ceux auxquels on pense.

Il faut : 

  • sensibiliser et rassurer : être handicapé ce n’est pas un frein à la performance, à la mobilité,…
  • informer : sur ce que cela apporte en terme d’aménagement de poste, aménagement du temps de travail,… si on en a besoin. Aujourd’hui, des personnes cachent des besoins à leur employeur par peur (une ½ journée d’absence par mois pour des raisons médicales par exemple)
  • banaliser la différence
  • que ces messages soient portés par la direction

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