Innovation managériale

Nouveaux modes de gouvernance : l'exemple de Mobil Wood (holacratie)

Parce que l’envie de manager autrement sa société est dans l’air du temps, nous avons décidé de suivre 2 PME qui ont osé bouleverser les systèmes hiérarchiques traditionnels. Aujourd’hui, focus sur Mobil Wood et son mode de fonctionnement holacratique.  

Cela s’est passé le 7 avril 2016. Les ex-dirigeants de Mobil Wood, PME spécialisée dans le mobilier en bois pour magasins, abdiquaient solennellement leur pouvoir en signant la constitution de l’holacratie. Derrière ce nom un brin énigmatique (« holos », en grec ancien, pour « tout » et « kratos », pouvoir) se cache une technique managériale tendance, inventée par l’entrepreneur Brian Robertson, et dont le cas le plus emblématique est Zappos, vendeur en ligne américain de chaussures. Un système de gouvernance où tous, anciens managers comme collaborateurs, se soumettent aux mêmes règles du jeu, au service de la raison d’être de l’organisation. En clair, plus de chefs ni de postes, mais des « rôles », qui recouvrent les « autorités » de chaque associé, intégrés dans des « cercles » : une structure qui se veut proche d’un organisme vivant et qui vise l’autonomie, tout comme des processus clairs. 

« Les dirigeants de l’époque étaient à la recherche depuis plusieurs années d’un autre mode de fonctionnement qui responsabilise plus les employés, qui soit plus humain et performant »

De fait, chez Mobil Wood, « les dirigeants de l’époque étaient à la recherche depuis plusieurs années d’un autre mode de fonctionnement qui responsabilise plus les employés, qui soit plus humain et performant », explique Eve Mignolet, dans son « rôle » relations publiques (elle en a une quinzaine) au sein de cette société d’une quarantaine de personnes, nichée dans le village de Cravant, dans l’Yonne. L’inspiration est venue de l’une de ses entreprises clientes, Scarabée Biocoop, elle-même adepte du concept. L’aval de la majorité au sein de Mobil Wood obtenu, la décision a été prise de sauter le pas.

La vie d’une holacratie

Depuis, à quoi ressemble la vie de la PME ? Si le travail est toujours le même, « au quotidien, nous utilisons beaucoup le logiciel qui nous permet de suivre les règles du jeu pour pouvoir identifier qui a le rôle, qui a l’autorité, pour pouvoir s’adresser aux bonnes personnes », indique Eve Mignolet. Le logiciel en question, c’est holaSpirit qui, tout comme celui baptisé Glassfrog, permet de cartographier et faire évoluer l’organisation. Un outil mis à jour lors de chaque réunion. Et si celles-ci sont devenues plus fréquentes, elles sont désormais plus efficaces, assure Eve Mignolet. « Nous avons fait en sorte que les personnes ne fassent pas partie de trop de cercles, pour ne pas multiplier les réunions, et nous avons adapté pour certains cercles plus opérationnels des formats de réunion debout et rapides », détaille-t-elle. Le processus de décision, lui, s’avère très codifié. Pas question de chercher l’adhésion de tous. « Comme on détermine précisément qui a l’autorité pour prendre telle décision, même s’il est possible de donner des conseils au "rôle" qui doit décider, c’est lui qui aura le dernier mot », précise-t-elle.

Les fruits de l’holacratie ? « Le fait de supprimer les postes de chefs et de petits chefs a amené une sérénité dans l’entreprise et une responsabilité à chacun », estime Eve Mignolet. Autre avantage, le fonctionnement par rôles plutôt que par postes a débouché sur un système moins compartimenté et a permis de révéler des talents. « Beaucoup de personnes se sont retrouvées à pouvoir avoir de nouveaux rôles, en plus ou en complément de ce qu’ils faisaient », souligne-t-elle. Sans oublier la parole qui se libère. « Nous avons découvert des personnes qui ne parlaient jamais et qui se sont mises à intervenir en réunion ».
Si certaines craintes pouvaient être ressenties au départ - « j’ai besoin qu’on me dise ce qu’il faut que je fasse » - aujourd’hui, elles n’existent plus, selon Eve Mignolet. Reste que l’holacratie implique un changement radical. « Vous êtes obligés de lâcher prise, de mettre de côté votre ego, de laisser de la place aux autres », conclut Eve Mignolet. « Cela ne se fait pas du jour au lendemain ». La PME s’apprête à conduire prochainement un sondage en interne pour interroger les salariés sur leur éventuelle envie de revenir au modèle d’avant l’holacratie. Résultats à suivre...

La semaine prochaine, découvrez Sogilis, une PME née en tant qu'entreprise libérée !

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