"L’accompagnement, c’est briser la solitude de l’entrepreneur"

Fanny Letier : « Tous les chefs d’entreprise doivent se mettre en mode agile »

La prise de recul stratégique, l’ouverture et l’agilité sont les clés de la croissance et de la compétitivité à long terme. L’accompagnement de Bpifrance vise à entourer les dirigeants pour faciliter cette prise de recul et accélérer l’activation des leviers d’accélération et de transformation de l’entreprise. Entretien avec Fanny Letier, directrice exécutive, direction Fonds propres PME et en charge de la coordination de l’accompagnement chez Bpifrance.

Bpifrance propose des programmes d’accompagnement. A quels enjeux pour l’entreprise et son dirigeant répondez-vous ?

Fanny Letier

Nous répondons à deux enjeux principaux qui sont d’une part, la prise de recul stratégique et d’autre part, la transformation des business modèles et des entreprises. Nous considérons aujourd’hui qu’un dirigeant ne peut pas, seul, assumer la totalité de la complexité des questions réglementaires, des évolutions de concurrence, des évolutions technologiques. Pour rester agile et adapter son positionnement stratégique dans un monde qui évolue à toute vitesse, il doit pouvoir s’entourer.

L’accompagnement, c’est briser la solitude de l’entrepreneur et lui apporter une somme d’intelligence collective au service de son entreprise et de son épanouissement en tant que dirigeant. Son problème ? C’est souvent le temps pour pouvoir activer les leviers de croissance et analyser les facteurs extérieurs qui vont l’impacter. 

"Nous voulons donner aux entrepreneurs les moyens de leurs ambitions"

L’objectif de l’accompagnement est de lui permettre de lever la tête du guidon, de s’appuyer sur du conseil, sur de la formation, sur des experts, pour réfléchir à moyen et long terme. Nous voulons donner aux entrepreneurs les moyens de leurs ambitions, de doubler, de tripler de taille en cinq ans, de viser la croissance à deux chiffres, de se développer à l’international. En France, seule une ETI sur deux est exportatrice, alors que c’est un levier fondamental de la croissance. 
C’est aussi de leur permettre d’intégrer les enjeux de transformation, notamment la transformation digitale qui accélère les évolutions concurrentielles et technologiques. Tout cela suppose de pouvoir s’entourer des bonnes expertises, de se donner les moyens de répondre aux défis en s’appuyant aussi sur les forces internes de l’entreprise. On sait que dans la PME, la principale ressource est le capital humain. L’objectif est de voir comment on va gérer ces changements d’échelle à travers la montée en compétence des personnes clés dans l’entreprise, la mise en place d’un comité de direction et puis aussi le recours à de meilleures pratiques de management pour emmener l’ensemble des salariés dans le projet de croissance ou de transformation.

A quelles conditions un accompagnement peut-il être efficace ?

Accompagnement

L’aspect important est l’ouverture d’esprit, c’est-à-dire le fait d’accepter un dialogue à l’intérieur de l’entreprise avec les cadres clés, un dialogue à l’extérieur avec des experts, pour intégrer des choses que le dirigeant n’avait pas dans le radar, mais qui peuvent être importantes pour l’évolution de sa stratégie. Il faut de l’ouverture d’esprit pour s’ouvrir à de nouvelles techniques managériales, pour s’ouvrir en matière de gouvernance, pour mettre en place des comités stratégiques, des conseils d’administration ; une ouverture qui va faire en sorte qu’on ne se restreigne pas dans l’examen des solutions possibles.

Quelles vous semblent être les principales attentes des chefs d’entreprise ?

Nous avons mené plusieurs centaines de missions de conseil. Le besoin qui ressort le plus souvent est de savoir comment se réorganiser en interne, comment mettre en place un système de délégation, d’association des salariés à la réflexion pour faire remonter les idées créatives. Tout ce qui touche à l’organisation et au management est très préconisé, de même que ce qui touche à la gouvernance avec des administrateurs indépendants, des conseils ou des comités stratégiques afin d’intégrer des réflexions extérieures.

Au-delà, trois sujets reviennent souvent comme levier de croissance ou de performance. D’abord, le lean manufacturing qui permet de réfléchir à la manière d’améliorer la fluidité et l’efficacité des systèmes de production. On sait que ce faisant on peut faire des gains de trésorerie, de qualité de produit, très importants avec des résultats à très court terme. Le second sujet, beaucoup prescrit, concerne la performance commerciale, en France et à l’international. Nous sommes une nation de créateurs, d’inventeurs, mais nous devons devenir une nation de vendeurs. Souvent nos produits sont innovants, mais la difficulté est de commercialiser et valoriser cette innovation. Le troisième sujet, sur lequel on mettra beaucoup l’accent en 2017, c’est la transformation digitale, à la fois le développement des ventes, mais aussi la digitalisation des méthodes de production, l’usine 4.0, et la fluidification du fonctionnement de l’entreprise.

Un dirigeant peut-il aujourd’hui se priver des ressources que représentent les acteurs de l’accompagnement ?

On pourrait se dire que l’accompagnement est surtout intéressant pour ceux qui ont des projets ambitieux de croissance ou de transformation. Ceux qui voudraient continuer comme avant n’ont, sur le papier, pas forcément besoin d’être accompagnés. Mais la réponse n’est pas aussi simple. Les mutations concurrentielles et technologiques sont telles que continuer comme avant n’est pas une solution : ce qui a marché jusqu’ici n’est pas forcément ce qui va marcher demain. En réalité, tous les chefs d’entreprise sont obligés de se mettre en mode agile, de s’adapter en permanence pour résister à une concurrence qui s’intensifie, de s’internationaliser pour répondre aux évolutions de marchés. A des niveaux plus ou moins intensifs, chacun a besoin de réaliser au moins un diagnostic 360° pour vérifier s’il n’a pas oublié des éléments importants dans la manière dont il dirige son entreprise et dans la manière dont le monde va changer demain.

Les startups ont-elles des besoins particuliers en termes d’accompagnement comparé à d’autres entreprises ?

Nous avons mis l’accent dans notre accompagnement des startups sur le développement commercial et l’appui à la levée de fonds. Une start-up, c’est une entreprise qui n’a pas forcément encore de chiffre d’affaires. Elle a en revanche énormément d’innovation, d’intelligence à proposer. Notre accompagnement d’accélération s’inscrit dans l’offre de Bpifrance Le Hub visant à faciliter la mise en relation entre startups et grands groupes.

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