Transformation numérique : une nécessité

Gilles Babinet : La révolution numérique, « une opportunité fantastique »

Gilles Babinet
« Digital Champion » de la France auprès de la Commission européenne et co-fondateur de la start-up Captain Dash, cet entrepreneur vient de publier un livre intitulé Transformation digitale : l’avènement des plateformes. Dans un entretien accordé à Bpifrance, il en livre quelques enjeux clés.

Dans votre nouvel ouvrage, vous dites que les entreprises traditionnelles n’ont qu’une vague compréhension des transformations profondes qu’elles vont devoir engager pour rester dans la course. Quels sont les principaux enjeux de la transformation digitale pour les entreprises et y a-t-il urgence à s’y préparer ?
Gilles Babinet : Je pense qu’il y a urgence et je pense qu’il y a un enjeu culturel très fort. L’écueil de la culture est absolument massif. Vous pouvez adopter des techniques ou recruter des profils que vous n’avez pas dans votre entreprise… Mais modifier la culture de l’entreprise est quelque chose qui terrorise tout le monde, plus encore lorsqu’on remet en cause les principes fondamentaux de votre propre culture, tels que les notions de hiérarchie, d’autorité du pouvoir, d’expertise, etc. Laisser penser qu’une expertise individuelle est toujours au-dessus de l’expertise collective est antagonique avec ce que l’on observe au sein de cette révolution digitale.

Que risquent les entreprises qui n’engageront pas la transformation digitale ?
G. B. : Le risque est de se faire déclasser plus rapidement qu’on ne le croit car les niveaux de productivité des entreprises digitales sont incomparablement supérieurs à ceux des entreprises traditionnelles. C’est la conviction que j’ai acquise en visitant nombre d’entre elles.

Vous dites que toutes les entreprises sont vouées à devenir des plateformes. À quoi ressemblera l’entreprise de demain ?
G. B. : Pour moi, le modèle de l’entreprise de demain est à la fois une plateforme technologique, qui interagit en permanence avec l’ensemble de ses parties prenantes, et une plate-forme humaine, c’est-à-dire une entreprise plate, avec très peu de niveaux de hiérarchies qui, elles, assurent deux fonctions : la vision stratégique et le traitement des problèmes qui ne peuvent être traités au sein des entités autonomes. Ce modèle est un modèle futuriste, car on en est très loin dans les entreprises traditionnelles, mais que l’on observe déjà un peu partout dans les entreprises digitales.

Comment réussir la transformation digitale ? Quelles en sont les étapes essentielles ?
G. B. : Pour moi, l’étape préalable est de faire une sorte d’audit pour établir où l’on en est dans la transformation digitale et de passer en revue les ressources humaines, la sécurité, la technologie, les interfaces avec le monde extérieur... Une chose difficile à faire et pourtant nécessaire est, avant même l’acculturation, d’essayer de se poser la question du modèle d’affaires. Une fois la conviction acquise que de nouveaux modèles d’affaires peuvent apparaître, il sera bien plus facile de former et d’emmener les personnes. Ensuite, pour des entreprises d’une certaine taille, il faut poser une vision de la transformation sur le long terme, la mesurer - avoir un KPI (ndrl : indicateur clé de performance) et un tableau de bord -, avoir une organisation cible, former tout le monde de la tête au pied de l’entreprise, et puis il y a le passage de l’ERP (Enterprise Resource Planning) à la plateforme.

Quelle place et quel rôle pour la data ?

La data, c’est comme l’électricité pour la deuxième révolution industrielle. Elle est au cœur des choses.

G. B. : La data, c’est comme l’électricité pour la deuxième révolution industrielle. Elle est au cœur des choses. La data évoque pour certains des bases de données ou des tableaux Excel, mais il ne s’agit pas de cela. Je parlerais plutôt de touchpoints ou d’interactions numériques avec vos éco-systèmes. La donnée, cela peut être aussi bien de la musique, comme pour un Spotify, que des données extrêmement structurées dans le domaine de la génétique, par exemple. Les données peuvent être de nature très différente. Mais il est important de comprendre que ces données sont un matériau très créatif qui permet de faire beaucoup de choses. Par exemple, vous pouvez analyser le rythme musical pour créer des playlists qui plaisent mieux aux gens. Si je prends l’exemple d’un dentiste, il utilise la donnée tout le temps : quand il fait des relevés 3D, quand il imprime une prothèse, ses flux avec la sécurité sociale... On doit comprendre que c’est finalement la transversalité de la donnée qui est importante, qu’on est capable de faire des workflows structurés autour de la donnée.

Quelle est l’importance de l’innovation ?
G. B. : Du fait de la globalisation de l’information, les cycles d’innovation accélèrent car l’innovation peut venir de partout et être partagée. L’objectif pour les entreprises n’est pas d’adopter l’intelligence artificielle, le big data, la blockchain, le cloud ou une autre technologie. L’objectif est de créer des organisations qui soient résilientes à des risques de disruption de plus en plus fréquents. Le propre des organisations digitales est la capacité d’avaler l’innovation très vite. Ces entreprises sont connectées par la data à leurs écosystèmes, elles sont connectées au monde par leur capacité à être ouvertes et absorbantes. Certaines entreprises me disent, « nous sommes au top en matière digitale parce que nous avons des data scientists ». Oui, mais si vous n’avez pas la capacité de remettre en cause votre business modèle ni de vouloir accorder un soin considérable à l’expérience utilisateur, vous n’êtes pas une entreprise transformée.

Une entreprise qui n’engage pas la transformation digitale est-elle condamnée à disparaître ?
G. B. : Je le pense. Mais c’est aussi une opportunité fantastique. Quand vous êtes dans un marché très concurrentiel et que vous avez de nouvelles opportunités de business apportées par le digital, c’est une chance. Si vous le prenez comme une menace, vous allez vous crisper et n’allez pas prendre de bonnes décisions. Si vous le voyez comme une opportunité, cela va être une occasion de faire grossir votre entreprise de façon importante.

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