Women's Forum 2016

Le Women's Forum de Deauville fait le plein de stars et d'énergie

La conférence qui réunit des femmes d'affaires du monde entier a été particulièrement intense cette année, avec des débats sur les grands sujets du moment mais aussi la venue de plusieurs vedettes. Retour sur cet événement.

Elles ont beau être perchées, pour la plupart, sur des talons vertigineux et faire la queue au make up bar, les quelque 1300 participantes du Women's Forum (accompagnées d'une poignée d'hommes), qui se tenait à Deauville du 30 novembre au 2 décembre, sont là pour débattre des grands sujets du moment - du Brexit à l'élection de Donald Trump, en passant par la transformation numérique des entreprises et les politiques à mettre en place pour faire avancer la cause des femmes.

Corner Bpifrance
Pour l'édition 2017, c'est le thème de l'économie du partage - pas toujours équitable - qui avait été choisi comme point d'ancrage d'une conférence qui se décline désormais dans plusieurs pays, du Brésil à la Birmanie, de Dubaï au Mexique. Rançon de la gloire cette année, le Women's Forum servait également de scène de tournage pour le prochain film de Tonie Marshall, Numéro une, campant une ingénieure (jouée par Emmanuelle Devos) poussée par ses paires à prendre la tête d'une entreprise du CAC 40... Enfin, autre nouveauté, Bpifrance, qui avait son corner dans l'espace Discovery, non loin des salles de conférence, a fait son entrée comme sponsor, à côté des poids lourds que sont Coca Cola, Renault-Nissan, Sanofi, Sodexo ou encore la Fondation L'Oréal, Orange et Michelin.

Des Pdg féministes

Clara Gaymard

« Nous avions changé la date pour l'avoir et il a tenu parole », se félicite Clara Gaymard, la présidente du Women's Forum, en parlant de Muhtar Kent, le CEO de Coca Cola. De fait, alors qu'il avait promis de venir à plusieurs reprises, le patron de Coca était enfin présent à Deauville cette année, pour expliquer « pourquoi je suis un féministe », et détailler les politiques mises en place pour favoriser l'avancement des femmes au sein de l'entreprise comme dans la société en général. D'autres grands patrons sont venus, tel Michel Landel, celui de Sodexo, un habitué du lieu, pour se défier - et se soutenir mutuellement - dans leurs efforts en matière de promotion des femmes dans leur organisation. Tous, en tout cas, sont d'accord : il faut que l'impulsion vienne du haut. « Il faut que le Pdg y croit, sinon les bonnes résolutions se perdent vite », remarque en aparté Florence Gourgeon, lors du dîner. Elle sait de quoi elle parle, puisqu'elle travaille chez Thales, « un univers on ne peut plus masculin... ». Mais les choses avancent, dit-elle. La plupart des orateurs et oratrices, notamment ceux et celles venus d'Europe, estiment que des systèmes contraignants sont nécessaires : grâce à la loi Copé-Zimmermann, adoptée en 2011 en France et imposant des quotas de femmes dans les conseils d'administration, la proportion est passée de 14,5 % avant la loi à plus de 30 % actuellement, un an avant la date butoir pour afficher un pourcentage de 40 %. Et désormais, des voix s'élèvent pour revendiquer le même dispositif dans les comités exécutifs. Après tout, c'est là que se prennent les décisions opérationnelles dans les entreprises, et trop de femmes en sont encore exclues... 

Des témoignages qui donnent la pêche

Au-delà des grands débats, les participantes et participants viennent aussi chercher des témoignages à Deauville. 

"Nos faiblesses [...], sont en fait notre force"

Comme celui de Nora Toure, 28 ans, qui a monté – seule – d'abord la filiale, puis l'usine de Sculpteo, une PME française spécialisée dans la 3D, en Californie. Ou celui de Cécile Brosset, directrice de Bpifrance Le Hub, qui souligne dans la session « Listening to women entrepreneurs », qu'être entrepreneure est souvent plus confortable pour une femme, question de liberté dans son emploi du temps, ou encore, celui d'une Indienne, Anisha Singh, fondatrice de la plateforme de e.commerce mydala, qui jure que si elle avait su, elle aurait « menti comme les hommes le font aux venture-capitalistes » pour qu'ils mettent plus d'argent dans sa société. « Nos faiblesses – celles d'être peu sûres de nous, par exemple, sont en fait notre force, puisqu'elles nous entraînent bien souvent à travailler encore plus dur et donc à aller plus loin ! », a-t-elle conclu.

Nombreuses sont les interventions qui énergisent, au Women's Forum. Car on a beau dire que les femmes n'avancent pas assez vite dans les affaires, qu'elles sont encore sous-représentées dans de nombreuses instances, et rappeler que la croissance économique durable passe par une meilleure exploitation (au bon sens du terme !) des talents féminins, lorsqu'on voit l'une d'elles déployer ses ailes, on se sent bien. C'est vrai pour Mayra Gonzalez, la nouvelle Pdg de Nissan au Mexique, dans la session « New at the top », comme pour celle dédiée aux « amazing women ». Ainsi, Amani Yahya, jeune rappeuse yéménite, a enthousiasmé l'assistance non seulement avec ses chansons - en anglais, « pour toucher le plus de monde possible » - visant notamment à mettre en garde contre les mariages de filles bien trop jeunes, mais aussi avec son histoire, puisqu'elle est désormais réfugiée, en raison de la guerre dans son pays, en Arabie Saoudite. Le parterre de femmes du Women's Forum n'a pu également qu'applaudir les exploits sportifs de Norma Bastidas, inscrits au livre Guinness des records. Si cette Mexicaine, immigrée au Canada, se pousse toujours plus, au point d'être devenue un super championne du triathlon, c'est pour oublier ses blessures, celles d'une petite fille kidnappée puis violentée et forcée à se prostituer...

Se frotter aux étoiles

« Le sport implique des valeurs qui touchent tout le monde dans la société, c'est donc un excellent levier pour faire bouger les choses en ce qui concerne les femmes et les stéréotypes qui y sont attachés », a d'ailleurs fait remarquer Stéphane Pallez, la Pdg de la Française des Jeux, en se félicitant du choix du Forum, cette année, de mettre le sport féminin en avant, avec quelques vedettes à l'appui – devenues qui plus est entrepreneures, comme la championne de boxe Sarah Ourahmoune.

C'est cela, le Women's Forum, la possibilité de puiser de l'inspiration, aussi bien lors des débats que dans les dîners, offrant la possibilité de parler à des femmes d'exception - sportives, avocates, sénatrices, femmes d'affaires, entrepreneures, comme à des paires, qui feront ensuite partie de votre réseau de soutien, et de repartir fermement décidée à faire voler en éclat tous les plafonds de verre.

PARTAGEZ CE DOSSIER