Women's Forum 2016

Women’s Forum 2016 : « Mon but est de faire changer les mentalités »

A l’occasion du Women’s Forum de Deauville, nous sommes partis à la rencontre de Elsa Brager, directrice associée d'Enoa. 

Ses yeux bleus perçants, rehaussés par son pull à col roulé gris, ne regardent pas seulement l'interlocuteur avec intensité. C'est la réalité qu'Elsa Brager, 39 ans, observe. Celle des affaires et du recrutement dans les entreprises, puisqu'elle a rejoint, en 2012, un cabinet spécialisé RH en cours de création, sans oublier l'évolution des mentalités, en particulier chez les jeunes candidats. S'ils aspiraient, il y a quelques années encore, à rejoindre un groupe pour y faire une carrière toute tracée, voire à être fonctionnaires, « nombreux sont ceux aujourd'hui qui ont envie de sortir de leur zone de confort et de participer à une aventure », dit-elle.

Elsa Brager

Comme elle, en somme. Après des études de droit (droit des affaires, droit privé puis droit de la presse), elle fait d'abord des chroniques juridiques sur RTL, puis une étude marketing pour le Midi Libre, qui cherche à comprendre pourquoi les annonceurs, principalement des entreprises locales, rechignent à acheter de l'espace publicitaire. « J'ai adoré aller au contact des entreprises et comprendre leur histoire », se souvient-elle. C'est à cette époque qu'elle a un premier déclic : elle a la fibre commerciale, et qui plus, entrepreneuriale. Elsa Brager rejoint, dans les années 2000, une petite agence de communication, Concept Image. « J'ai vraiment participé à l'aventure - et à la croissance de l'entreprise », souligne-t-elle. En quatre ans, le nombre de salariés, une poignée à son arrivée, est passé à 40. Et comme les nouveaux candidats actuels, elle avait elle aussi quitté sa zone de confort - et un CDI pour, au départ, un statut précaire, assorti d'une baisse de salaire... C'est cette culture de prise de risques qu'elle cherche aussi bien à développer parmi ses clients actuels (une quarantaine) et les candidats qu'elle approche.

Virages professionnels

Elle passe ensuite dans une agence de publicité, PéoLéo, basée à Lille, pour monter l'antenne parisienne. « En sept ans, j'ai tout appris sur la relation client, et le nombre de salariés est passé d'une dizaine à 80 », rappelle-t-elle. 

Ma vie a été faite de virages

Ce nouveau succès acquis, Elsa Brager estime qu'il est temps de changer à nouveau. « Ma vie a été faite de virages », constate-t-elle en riant. Elle voulait apprendre quelque chose de nouveau, et alors qu'elle avait dû recruter à plusieurs reprises - « j'adorais comprendre les vies, les motivations, les carrières », dit-elle - elle avait noté les nombreuses chausse-trappes dans ce domaine. Elle décide de faire un bilan de compétences, qui valide sa vocation. Mais devait-elle intégrer un cabinet de recrutement ou chercher un poste de RH dans une grande entreprise ? « Il me fallait un petit cabinet, jeune », relève-t-elle. A travers son réseau, elle rencontre deux femmes déjà engagées dans la création d'un cabinet RH, Enoa. « Seul le nom existait à l'époque, pas de statuts et bien sûr, pas encore de clients ! », se souvient-elle. Trois mois plus tard, tout est en place. Et cela fait maintenant quatre ans qu'Enoa, qui a déjà embauché trois personnes et s'apprête à étoffer encore son équipe l'an prochain, engrange les clients. De grands groupes, des PME et des start-up.

S'il existe désormais des outils de matching et de cooptation, de même que des logiciels d'évaluation et des réseaux comme LinkedIn, « je crois surtout aux relations humaines, et mon but est de faire changer les mentalités », précise la spécialiste RH. Pour cela, son rôle consiste principalement à rassurer les deux parties. Les candidats, surtout s'ils sont débauchés, sur l'évolution de carrière qu'ils peuvent espérer ou même la viabilité de l'entreprise qu'ils pourraient intégrer dans le cas d'une start-up, et les entreprises, sur le potentiel, et mieux encore, la résilience des candidats.

Savoir rebondir

Car aujourd'hui, les entreprises ne se contentent plus d'une tête bien « formatée ». Elles souhaitent acquérir l'agilité et la créativité de professionnels qui peuvent rebondir face aux aléas de la vie des affaires. « Nous avons même eu un client qui cherchait quelqu'un ayant eu un échec dans la création de son entreprise comme gage de résilience ! », s'exclame-t-elle. Elle doit parfois encourager une entreprise à offrir un salaire plus élevé que prévu ou doper la confiance d'un jeune qui n'a fait que des stages en vue d'un entretien. Autant d'efforts qui expliquent le taux de réussite élevé d'Enoa - et le fait que l'objectif, celui de faire changer les mentalités, semble déjà atteint...

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