Aéronautique : un secteur qui cartonne

Séduire les jeunes, un défi pour l’industrie

Victime d’une mauvaise image, l’industrie s’emploie aujourd'hui à lutter contre les préjugés sur la pénibilité ou la rémunération. Face à la croissance de son activité, l’aéronautique est en première ligne.

Difficile de changer les mentalités. Les livres d’Emile Zola sur la condition ouvrière datent du 19e siècle, mais l’image perdure : ouvriers mal payés, conditions de travail pénibles et dangereuses, luttes sociales… Et si tout avait changé ? Face à la montée en cadence – avec un carnet de commandes rempli pour au moins huit années – l’industrie aéronautique est confrontée à un paradoxe. Alors que le taux de chômage national atteint des sommets, les sous-traitants du secteur peinent à recruter des chaudronniers, des ajusteurs, des câbleurs… En particulier quand l’entreprise est située loin de grandes métropoles, dans les départements ruraux. Le tout alors que l’appareil productif se modernise et que les salaires avoisinent les 2 000 euros pour un ajusteur-monteur qui débute (chiffre de l’Onisep) ! Les recruteurs égrènent les contraintes auxquelles ils doivent faire face : « Difficultés à trouver des gens motivés pour travailler dans l’industrie, très peu de bon techniciens disponibles, manque de main d’œuvre formée sur ces postes »…

Airbus forme ses futurs salariés

Un phénomène dont l’avionneur Airbus a rapidement pris la mesure – et tenté d'y remédier. Situé au cœur de l'usine Saint-Éloi, à Toulouse, à deux pas du Canal du Midi, le lycée professionnel Airbus ne ressemble pas aux établissements scolaires traditionnels. Ici, aucun pion à l'horizon, le lycéen franchit un tourniquet permettant de pénétrer sur le site. Dans le bâtiment, il enfile une blouse bleue laissant fièrement apparaître le logo du Lycée Airbus. Le midi, c'est à la cantine de l'entreprise qu'il partage son repas en compagnie des salariés. Et quand le cours de français ou de mathématiques démarre dans l'après-midi, la fenêtre de la classe offre une vue plongeante sur l'une des chaînes de fabrication. Chaque année, 120 jeunes sortent diplômés avec un bac professionnel en poche. « Environ 90 % des diplômés sont recrutés ensuite par Airbus ou par l'un de ses sous-traitants », assure Didier Paulin, directeur du lycée Airbus.

Pour séduire les jeunes dans l’industrie, toutes les entreprises ne peuvent bénéficier de l’image positive que renvoie le géant Airbus. L’apprentissage est alors l’occasion de franchir les portes de l’usine. « C’est un tremplin pour un emploi durable, affirme ainsi Alain Di Crescenzo, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Toulouse. Ce pari sur l’avenir équivaut à un pré-recrutement, car l’entreprise peut suivre son jeune pendant au moins un an : quelqu’un qui répond à ses besoins et dont la formation est en adéquation avec ses attentes ».

Tout reste à faire pour féminiser l’industrie

Reste à conquérir le public féminin… « La pénurie de techniciens est une réalité pour beaucoup d'entreprises, relève de son côté Françoise Chalies, responsable des ressources humaines pour Athos aéronautique, une société du groupe Assystem. Il faut repenser nos méthodes d'embauche, et cela passe également par la féminisation de la filière. Les métiers de contrôle qualité ou d'ajusteur-monteur conviennent parfaitement aux femmes ! » Un travail de sensibilisation lors de l'orientation dès le collège : « J'encourage les collégiennes à effectuer le stage de découverte en troisième dans les entreprises de l'industrie. Et réciproquement, notre entreprise doit se rapprocher de l'enseignement secondaire afin de toucher le public féminin en amont et tordre le cou aux préjugés. »

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