Bpifrance Inno Génération : 25 et 26 mai 2016

Bpifrance Inno Génération : la culture d'entreprise à l'honneur

Pour la seconde édition de Bpifrance Inno Génération, près de 30 000 entrepreneurs sont venus de toute la France, les 25 et 26 mai à l'AccorHotels Arena, pour découvrir des leviers de croissance, trouver des partenaires de développement, ou encore écouter les plus grands chefs d'entreprises. Ces top speakers avaient chacun 8 minutes chrono pour "changer le monde" sur la scène du Bang.
Découvrez ce qu'il faut retenir de la plénière de Bpifrance Inno Génération !

Scene du bang

C'est ce qu'on appelle une belle affiche. Pour sa deuxième édition, Bpifrance Inno Génération était organisé dans un lieu propice aux vedettes puisque c'est l'AccorHotels Arena qui a accueilli ce grand rendez-vous de l'entrepreneuriat. La programmation incluait des stars confirmées, comme le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique Emmanuel Macron, Michel-Edouard Leclerc, Frédéric Mazzella (Blablacar) ou Isabelle Kocher (Engie), mais aussi de « jeunes espoirs », comme Damien Morin (Save) et Paul Duan (Bayes Impact). Quelque 3 000 personnes sont venues écouter les intervenants sur la grande scène, tandis que plus de 27 000 autres ont, de l'après-midi à la soirée en passant par le lendemain matin, profité de l’événement - de conférences en ateliers, de discussions en rendez-vous - pour réfléchir, nouer des contacts, prendre de l'information sur les innovations présentées - sans oublier de se divertir le soir avec Tahiti 80 et la Grande Sophie. 

Nicolas Dufourcq

Si cette dernière a été choisie, c'est en particulier pour sa chanson « Du courage », fait remarquer d'entrée de jeu Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. Il en faut pour affronter une mondialisation « brutale et inégale », comme l'a rappelé Emmanuel Macron, inquiet d'être arrivé en retard pour « changer le monde », puisque tel était le slogan de l’événement ! Le monde change, d'ailleurs, que l'on soit à l'heure ou non ! Mais pas question de simplement « subir » cette évolution, a affirmé le ministre de l'Economie. Il faut pouvoir choisir. Quoi de mieux que de monter son entreprise pour recouvrer cette liberté et « inventer sa place » dans la société ? En cela, le ministre a fait écho au directeur général de Bpifrance, qui a lui aussi prôné l'entrepreneuriat comme première liberté. La deuxième, selon Nicolas Dufourcq, est celle de dire « non ». Non à la croissance faible. Non à une génération de jeunes sacrifiée. Et oui à la responsabilité d'entreprendre, et à celle qui consiste à donner du sens, un sens collectif, à l'entreprise, créatrice de valeur et d'emplois, a ajouté Emmanuel Macron.

Utilités et responsabilités sociales

Michel Edouard Leclerc

Les grandes lignes directrices étant données, reste à parcourir, collectivement là aussi, le chemin pour parvenir au but fixé. A cet égard, la culture de l'entreprise joue un rôle clé. « Nombreux sont ceux qui m'ont donné leur carte de visite quand je suis arrivé ici. Or aucune ne mentionne l'utilité sociale de l'entreprise... », a fait remarquer Michel-Edouard Leclerc. C'est pourtant, pour celui qui a repris, dans le sillage de son père – et de sa mère – comme il aime à le souligner, la société de distribution familiale, un élément essentiel. Selon lui, toute entreprise doit « travailler sa promesse commerciale et son utilité sociale », sous peine, sinon, de devenir superflue aux yeux des consommateurs - sans parler des salariés désabusés... « 90 % du travail d'entrepreneur réside dans l'élaboration d'une culture d'entreprise », a confirmé Damien Morin, fondateur de Save, une start-up créée en 2013 pour occuper le créneau de la réparation des smartphones et autres appareils électroniques. Il faut en effet un ciment solide pour qu'une jeune pousse passe, comme cela a été le cas, de quelques salariés à 300 en deux ans seulement. « Par exemple, il est impossible d'être licencié pour faute chez nous », annonce Damien Morin, un rien provocateur, pour expliquer dans la foulée qu'une salariée qui avait mal vérifié un virement bancaire, mettant la société en rupture de stock de pièces détachées, surveille désormais tout, mais alors absolument tout, dans ce domaine... « Si nous l'avions licenciée, nous ne profiterions pas aujourd'hui de son excellence dans les détails », a-t-il conclu.

Frédéric Mazzella

Frédéric Mazzella, co-fondateur de Blablacar, a réussi un tour de force encore plus grand, celui de créer, comme la plateforme de co-voiturage l'a fait, la confiance non seulement à l'intérieur de l'entreprise, mais aussi, et surtout, entre des milliers d'utilisateurs. Rien n'était gagné, puisque selon les scientifiques, l'être humain ne peut pas avoir plus de 150 connections stables dans la tête, autrement dit, de tiers à qui il fait parfaitement confiance. Or selon les dernières études concernant des plateformes telle que Blablacar, grâce aux dispositifs en place (paiements sécurisés, avis, etc), les consommateurs font, comme par « procuration », confiance à des individus totalement inconnus. Quelle révolution !

Sebastien Bazin

Ce n'est pas la seule. D'autres sont encore en cours. Comme celle d'une « horizontalisation » de la hiérarchie, dans des entreprises (et une société française dans son ensemble) très verticales, par exemple. « La nouvelle intelligence sera collective », a soutenu Sébastien Bazin, l'heureux président, comme il se définit lui-même, du groupe Accor. Un groupe hôtelier qui a entre autres mis en place un « shadow comex » pour que les jeunes de l'entreprise puissent s'exprimer, décider, agir ensemble. Même son de cloche chez Isabelle Kocher, directeur général du groupe Engie, ex-GDF Suez. Non seulement elle croit au solaire, « point de bascule majeur » dans son domaine, l'énergie, mais en plus, elle insiste pour changer les mentalités dans l'entreprise. Ainsi, « il faut passer de l'interdit de rater, typiquement français, à l'interdit de ne pas essayer », dit-elle.

Paul Duan

Et si la simple volonté de changement ne suffit pas, Paul Duan fait appel au big data pour le faire ! Fort de ses prouesses dans la Silicon Valley, où il a géré, grâce à ses algorithmes, des problèmes hospitaliers tels qu'un taux de rechute élevé, il s'attaque, depuis la signature d'un accord avec Pôle Emploi en janvier dernier, à un casse-tête autrement plus grand, celui du chômage en France. Son entreprise, Bayes Impact (une ONG et non pas une simple start-up) a en effet pour vocation d'aider à résoudre des problèmes de société, comme celui de marier emplois à pourvoir, formations et salariés potentiels. « Ce n'est que de la technique, dit-il, en s'excusant pour sa fatigue - due au manque de sommeil depuis qu'il travaille pour Pôle Emploi ! - et nous pouvons appliquer ces solutions à grande échelle », promet-il. De quoi, en tout cas, redonner confiance à des milliers de personnes dans l'Hexagone....

Confiance dans la société en général, dans celle pour laquelle on travaille en particulier, et bien sûr, confiance en soi... Une dernière notion sur laquelle Nicolas Dufourcq a insisté, de même que d'autres intervenants. Mais personne, à la plénière de Bpifrance Inno Génération, ne l'a exprimé mieux que Mehdi Houas, de la société de prestation de services informatiques Talan : « Ayez des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsque vous les poursuivez », a-t-il enjoint l'auditoire lors de son intervention...

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