Capital Invest 2015

Paris a les atouts pour devenir capitale... du capital investissement

Fonds de fonds, fonds sectoriels, pluriculturels et régionaux : l'industrie du capital investissement a le vent en poupe en France.
Et Bpifrance y est pour quelque chose !

Le 24 novembre dernier, Capital Invest a été l'occasion de dresser un bilan flatteur des opérations. De quoi dynamiser un peu plus les acteurs de la filière.

La salle est traditionnelle - c'est celle de l'avenue Wagram, à Paris. Le propos, en revanche, décoiffe. « Lâchez-vous ! La logique est celle de la puissance. Les fonds doivent grandir. Et derrière ce que je dis, il y a beaucoup d'argent ! ». Devant quelque 300 spécialistes du capital investissement réunis pour la troisième édition de Capital Invest, le 24 novembre dernier, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a lancé un message sans équivoque. Le but de Bpifrance, la banque publique d'investissements est bien de faire encore plus grandir les PME et les start-ups, pour qu'elles deviennent les leaders de demain, championnes en France comme à l'étranger, créatrices de valeur mais aussi d'emplois...

 

Laurence Méhaignerie, la fondatrice de Citizen Capital, un fonds dédié à l'impact investing, présente dans la salle, voulait en savoir plus sur la stratégie de Bpifrance. Elle en est sortie convaincue de la volonté sans faille de la banque d'aider les fonds qui épaulent les entreprises.
Bpifrance veut encore plus stimuler les fonds d'investissement français, en particulier les 300 fonds qui sont ses partenaires, pour qu'ils redoublent d'initiatives. La France a les atouts pour jouer un rôle clé dans ce domaine.

L’heure du bilan

Déjà, le bilan est impressionnant, en termes de capital développement comme de capital innovation. L'action conjointe de Bpifrance et des fonds est en effet à l'origine de « success stories » françaises désormais mondialement connues comme SigfoxBlablacar et Solairedirect, pour n'en citer que quelques-unes. En matière d'innovation, la dynamique est tout aussi forte, puisque la taille moyenne des fonds d'amorçage partenaires est passée de 15 millions d'euros au début des années 2000 à 37 millions d'euros actuellement. Quant à la taille moyenne des fonds en capital risque partenaires, elle est passée de 40 millions à 100 millions d'euros sur la même période. En outre, le nombre d'opérations a doublé. Les secteurs les plus porteurs sont la biotech et les TIC. C'est aussi dans ces secteurs que la plus-value en matière de cession est la plus attrayante.

Des cessions avantageuses, surtout lorsque la PME est devenue une ETI

Autre enseignement de l'étude dévoilée par Bpifrance à l'occasion de son évènement Capital Invest, « la fin du portage à la papa », selon l'expression  de Nicolas Dufourcq. Même s'ils ont une vision à moyen ou à long terme, les fonds d'investissements ont la sortie de l'entreprise dans laquelle ils sont investis dans leur ADN. Or si la PME est devenue entretemps une ETI, le bénéfice est nettement plus élevé (+33%). Bref, si l'entreprise a un vrai projet de croissance, alors les capitaux apportés par Bpifrance et les autres fonds d'investissement font des merveilles ! Un constat que confirme Christophe Bavière, PDG et Managing Partner d'Idinvest Partners, une société de capital-risque et de capital-investissement spécialisée dans les fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI), les fonds communs de placement à risque (FCPR) et les fonds de fonds. « Il n'y a pas de bons fonds sans bons entrepreneurs », assure-t-il.

Tous les professionnels présents dans la salle sont convaincus de l'intérêt de développer le capital investissement à destination des petites sociétés françaises pour qu'elles deviennent de grandes entreprises. Certains sont particulièrement optimistes. C'est le cas de Anne-Laure Servel, Partner chez Artemid, une société spécialisée dans le financement des small et mid-caps. « Nous voyons une nouvelle génération d'entrepreneurs, parfois des enfants d'entrepreneurs, qui ont tous les atouts pour réussir, notamment à l'étranger. Ils ont fait de bonnes études, parlent anglais et viennent nous voir pour nous demander de l'argent afin d'effectuer une acquisition à l'étranger », déclare-t-elle. « 200 millions de Chinois ont le même pouvoir d'achat que les Français, relève à cet égard Patrick Berbon, Managing Partner de China Materialia LLC, un fonds international abondé à hauteur de 25% par la ville de Shanghai. Aujourd'hui, la Chine est plus intéressante que la Silicon Valley ! ».

Enfin, autre argument avancé par plusieurs des personnalités invitées par Bpifrance à la salle Wagram : la France reste, ne serait-ce qu'en raison de ses normes strictes, un marché difficile. Conséquence, si une PME ou une start-up a déjà réussi dans l'Hexagone, tous les espoirs sont permis à l'étranger !

Fonds multiculturels

 Tout est donc en place pour le décollage des petites entreprises françaises et pour faire de Paris et de l'Hexagone un maillon essentiel du capital investissement mondial, comme l'ambitionne Bpifrance. La France sera un hub dans l'industrie du capital risque et du capital développement, dans le financement de fonds de fonds, dans l'industrie des fonds transfrontaliers (cross-border), et enfin, dans celle des fonds pluriculturels ou sectoriels.

Pour s'en assurer, les équipes de Bpifrance sont allées convaincre à Londres (en particulier les nombreux Français de la City), à Berlin, à Tel-Aviv, sans oublier les Etats-Unis. Ambition supplémentaire, Bpifrance s'intéresse de près aux fonds qui regroupent des investisseurs de plusieurs pays, comme le Fonds Franco-Chinois Innovation, inauguré en août dernier en Chine par Bpifrance, CDB Capital et Cathay Capital. Le fonds, qui vise un montant final de 250 millions d’euros, est un véhicule d’investissement cross-border (France / Chine / Etats-Unis), dévolu aux opérations de capital-risque dans des sociétés innovantes, avec une équipe à Paris, une à San Francisco et une autre à Shanghai. Car pour avoir sa place sur l'échiquier mondial du capital investissement, « il faut être connecté aux autres places », indique Nicolas Dufourcq.

 Mieux, la France a une « botte secrète » : son nouveau dynamisme, associé à sa capacité d'innovation.

Un dynamisme confirmé par Bertrand Rambaud, le président de Siparex, une société spécialisée dans le capital investissement et l’ingénierie financière en direction des PME. D'ailleurs. « Depuis 2015, on parle de la France plus positivement », note-t-il. « Ce qui est nouveau depuis trois ou quatre ans, souligne de son côté Jérôme Cavalier, co-fondateur de Quadrille Capital SAS, c'est l'intensité de l'ambition des entrepreneurs français, ils jouent véritablement pour gagner. » Et comme l'indique Jérôme Cavalier, Bpifrance a joué un rôle clé dans cette évolution...

Des fonds régionaux très actifs

 «Lancer du private equity à Limoges, il fallait oser, et ça marche ! », s'enthousiasme Bertrand Rambaud, le président de Siparex. De fait, la société a opté pour un modèle régional et affiche actuellement 400 millions d'euros sous gestion. « Pour 2020, notre objectif est d'avoir 2 milliards d'euros sous gestion », poursuit-il. Les stratégies des fonds et des fonds de fonds peuvent être régionales, inter-régionales, multiculturelles et sectorielles (tech et biotech en particulier). Dans tous les cas, elles font sens pour Pierre-Olivier Defoug, directeur général de ILP Sadepar, l'acteur régional du renforcement des fonds propres des PME lorraines. « Nous sommes basés à Metz, autrement dit, nous sommes à ¾ d'heure de Luxembourg et ¾ d'heure de Sarrebruck. Il est évident pour nous que nos entreprises doivent se développer à l'étranger... » Sans oublier, pour Siparex, une autre ambition, le développement de fonds bilatéraux, là aussi avec le soutien de Bpifrance, comme celui qui devrait encourager les levées de fonds et les opérations en Afrique de l'Ouest, l'an prochain.

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