Quels financements pour soutenir la croissance des PME et ETI et préparer la compétitivité de demain ?

Des besoins de financement ciblés 2/2

Les besoins des PME et des ETI et les contraintes des investisseurs poussent à une évolution du modèle de financement.

Du côté de la demande, de nouveaux besoins de financement et des segments insuffisamment couverts pour les PME et les ETI.

Si le financement des PME et des ETI a été globalement assuré à un niveau macroéconomique, on constate par ailleurs, au niveau microéconomique, une évolution des besoins de financement et des segments insuffisamment couverts. Ces segments sont pourtant déterminants pour accompagner les stratégies de croissance, de compétitivité et d’innovation.

Il s’agit premièrement du financement de l’innovation pénalisé structurellement par deux imperfections de marché. D’une part, l’asymétrie d’informations entre le financeur (les banques) et l’entreprise porteuse du projet innovant[8], en raison de l’incertitude liée au projet, de l’absence ou de la faiblesse de collatéral et, souvent, de la « jeunesse » de l’entreprise qui innove. D’autre part, les innovations sont porteuses d’externalités positives dans la mesure où leurs rendements sociaux (pour l’ensemble de l’économie) sont supérieurs à leur rendement privé (au niveau de l’entreprise). Ces deux imperfections peuvent brider les efforts des entreprises en matière d’innovation et justifient traditionnellement les mécanismes d’intervention publique, comme ceux portés par Bpifrance.

Cela concerne, deuxièmement, le financement des actifs immatériels et du besoin en fonds de roulement, peu adapté à des solutions bancaires classiques en raison de l’absence de garantie réelle. Ce besoin est habituellement couvert via l’autofinancement mais la bonne tenue du taux d’investissement et la baisse du taux d’épargne - qui a accompagné celle du taux de marge observée depuis 2008[9] - ont conduit les PME à diminuer fortement leur autofinancement au cours de la dernière décennie[10].

Le troisième besoin identifié est celui du financement en fonds propres, outil majeur de la croissance des PME et des ETI, qui consolide leur structure financière, renforce leur gouvernance et leur offre les moyens de s’internationaliser et de croître par acquisition. Malgré des signes tangibles de reprise, confirmés au premier semestre 2014, le marché français du capital investissement n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant crise : les montants annuels moyens des capitaux levés et des investissements sur la période 2009-2013 ont diminué respectivement de 46% et 35% par rapport aux montants moyens d’avant-crise (2005-2008)[11].

Le segment spécifique du financement de l’export reste ensuite un sujet délicat pour les entreprises françaises, en particulier pour les PME et les ETI. La crise financière de 2008 a modifié profondément le financement du crédit export[12] (en particulier les petites opérations[13]), et les entreprises exportatrices ont alors été confrontées, soit à un renchérissement des financements, soit même à une impossibilité de se voir fournir des crédits. Cette carence de marché pénalise les PME et les ETI françaises dans la compétition internationale par leur difficulté à proposer à leurs clients étrangers des offres globales intégrant leur propre prestation industrielle ou commerciale et une solution financière.

Cinquième besoin saillant, celui d’une plus grande diversification des sources de financement afin de diminuer la dépendance au secteur bancaire et de sécuriser ainsi le refinancement auprès d’une base élargie d’investisseurs. En effet, si le crédit bancaire est habituellement avantageux en matière de coût, il implique, le plus souvent, une séniorité élevée et une exigence de collatéral ; d’où le besoin de financements offrant un meilleur appétit pour le risque.

Enfin, l’offre bancaire pour les PME et les ETI étant principalement concentrée aujourd’hui sur des maturités de un à sept ans, celles-ci ont besoin de trouver des financements d’investissement à maturités plus longues, parfois non amortissables, afin de diminuer le risque de refinancement. 

Du côté de l’offre, une opportunité de rééquilibrage entre le financement par dette bancaire et les formes complémentaires de financement.

L’offre de financement aux PME et aux ETI est remodelée par deux tendances structurelles et complémentaires : des contraintes croissantes pesant sur les acteurs bancaires et l’évolution de l’intérêt des investisseurs institutionnels.

En réponse à la crise financière, les nouvelles normes réglementaires (Bâle III) imposent aux banques des contraintes beaucoup plus fortes en matière d’exigence de fonds propres (en quantité comme en qualité), de levier et de liquidé. Ces nouvelles exigences sont globalement pénalisantes pour le financement des PME et des ETI car elles incitent les banques à une plus grande sélectivité (priorité aux contreparties biens notées et pouvant apporter une base de dépôts stables), à réduire la maturité des crédits (afin d’améliorer leurs ratios de liquidité) et à se désengager du financement en fonds propres[14]. En outre, d’après le travail de synthèse réalisé par Paris Europlace sur les différentes études d’impacts existantes, la réforme bâloise pourrait entraîner, à moyen terme (étalé sur plusieurs années), un renchérissement significatif du coût d’intermédiation, dans une fourchette de 100 à 200 points de base[15]

À cette aune, il apparaît nécessaire de diversifier l’offre de financement aux entreprises par des marchés de capitaux développés et d’une profondeur suffisante. C’est le sens de l’initiative portée par la Commission européenne, visant à créer une Union des marchés de capitaux[16] (Capital Market Union). L’objectif est double : à court terme, stimuler l’offre de financement, en particulier à destination des PME, et à long terme, renforcer l’efficacité et la compétitivité du système financier européen en le rendant plus stable et plus résilient grâce à une diversification accrue, et plus à même de répondre aux besoins de financement propres à une économie de l’innovation.

Le développement de la désintermédiation bancaire va de pair avec l’intérêt croissant des investisseurs institutionnels pour le financement des entreprises. En effet, la persistance d’un contexte de taux d’intérêts bas les incite à investir dans des actifs à maturité plus longue susceptibles de générer un rendement satisfaisant. Au cours des cinq dernières années, dans le contexte de la crise de la zone euro et des dettes souveraines, leurs portefeuilles se sont dans un premier temps concentrés sur les émetteurs obligataires souverains et corporate jugés les plus sûrs ; ce mouvement conduisant alors à un renforcement de la dilution des rendements obligataires et à une concentration des portefeuilles. D’où, ensuite, un appétit grandissant de la part des investisseurs institutionnels pour des classes d’actifs élargies qui leur permettraient de diversifier leurs investissements tout en améliorant le rendement de leurs portefeuilles.

Parmi les investisseurs institutionnels, les assureurs apparaissent au cœur des enjeux liés au développement de financements désintermédiés à destination des PME et des ETI. Par leur rôle clef dans la gestion de l’épargne financière des ménages et dans le financement de l’économie tout d’abord : l’assurance-vie est en effet le premier vecteur d’épargne financière en France[17] et l’ensemble des placements des sociétés d’assurance s’élève à 1940 milliards d’euros (en valeur de marché), dont 1125 milliards investis dans les entreprises[18], avec notamment un doublement du financement apporté aux PME et aux ETI depuis 2009 (46,6 milliards en 2013[19]). Par l’évolution du contexte réglementaire issu de Solvabilité II ensuite, qui incite les assureurs à investir dans des actifs à moyen et long termes susceptibles de générer un rendement satisfaisant leurs exigences en matière d’adossement actif passif.

Outre le contexte prudentiel, deux réformes récentes, qui portent à la fois à l’actif et au passif des assureurs, visent à réorienter les placements d’assurance-vie vers le financement des entreprises. À l’actif, le décret n° 2013-717 du 2 août 2013 modifiant le Code des assurances permet désormais aux assureurs d’investir jusqu’à 5 % de l’épargne des assurés, environ 90 milliards d’euros, dans des prêts aux entreprises, soit directement, soit dans des fonds de prêts à l’économie (FPE) qui émettent des titres de créances adossés à des prêts aux PME et aux ETI. Au passif, les contrats d’assurance-vie dits « euro-croissance » et « vie-génération » ont été introduits en 2014 pour permettre aux assureurs de s’exposer plus significativement aux risques PME et ETI.

Le canal bancaire est et restera la pierre angulaire du financement des PME et des ETI françaises. Néanmoins, sous l’impulsion d’un ensemble de facteurs conjoncturels et structurels, d’offre et de demande, le contexte est aujourd’hui propice à l’émergence de canaux de financement plus diversifiés et plus adaptés via un rééquilibrage entre financements intermédiés et désintermédiés.

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