Retour sur Bpifrance Inno Génération (10 et 11 juin 2015)

Energie récupérée (Harvesting)

A l'heure du développement durable et de la consommation responsable, notamment de l'énergie, les technologies sont parfois montrées du doigt comme étant trop gourmandes en électricité.

Des sociétés innovent pour alimenter des appareils sans pile ni câble. Jean-Christophe Eloy, le président du cabinet Yole Développement a réuni quatre experts de la récupération de l'énergie : Pierre Coulombeau, le directeur général de la start-up grenobloise Enerbee ; Mathieu De Broca, le directeur du développement commercial de SunPartner Technologies, basé à Aix-en-Provence ; Emmanuel François, directeur des ventes en Europe de l'Ouest d'EnOcean ; et Bertrand Boutaud, responsable de la R&D du groupe italien Sorin Group.

Retrouvez les idées fortes de leurs interventions :


BIG ECHO 1 -  Energie récupérée (Harvesting) par BIG-BpifranceInnoGeneration

1. Une vie sans pile, c'est possible

Des télécommandes sans pile, des téléphones qui se rechargent sans connexion à l'électricité... Demain, nos objets du quotidien pourront s'affranchir des câbles d'alimentation électrique et des piles grâce aux énergies récupérées, ou énergies récoltées, issues du soleil, de la chaleur et même... du mouvement. "La récupération d'énergie cinétique fonctionne aujourd'hui uniquement avec des mouvements rapides, or la plupart des mouvements dans la vie de tous les jours sont trop lents pour que l'énergie soit récupérée. Enerbee a développé un générateur qui récupère l'énergie à des mouvements bien plus lent. Un simple mouvement de rotation du bouton de ce variateur sans fil permet de générer de l'énergie pour réguler l'intensité lumineuse d'une lampe, alimentée par ailleurs", a illustré Pierre Coulombeau, le directeur général de la start-up grenobloise Enerbee. Grâce à ces innovations, il espère "remplacer une partie des 30 millions de piles boutons vendues dans le monde chaque année".

2. Le mouvement, une source d'énergie récupérée qui a le vent en poupe

"Quand il fait beau, le solaire offre le meilleur rendement en matière d'énergie récupérée. Quand le soleil n'est pas là, son rendement est alors équivalent à l'énergie cinétique ou thermique", a détaillé Mathieu De Broca, le directeur du développement commercial de SunPartner Technologies. Enerbee et Sorin Group se concentrent sur cette énergie issue des mouvements, de même qu'EnOcéan, une spin-off de Siemens, qui travaille en parallèle sur l'énergie thermogénérée et solaire.

3. Un marché en croissance exponentielle

"Les dernières études annoncent 100 milliards d'objets connectés en 2020. Or, la plupart d'entre eux sont sans fil. Il est problable qu'en 2025, chaque foyer sera équipé d'un onduleur et d'une batterie. On passe ainsi d'une production d'énergie centralisée à une production décentralisée, ce qui bouleverse le monde industriel", a expliqué Emmanuel François, le directeur des ventes en Europe de l'Ouest d'EnOcean. Il a souligné que le marché de l'énergie récoltée était balbutiant il y a encore 3 ans, mais que sa croissance est exponentielle depuis 2012. A ce rythme, il prévoit que le seul marché de l'énergie thermogénérée atteindra 160 millions de dollars en 2017, et 60 millions de dollars pour les capteurs.

4. Des applications dans tous les secteurs, à commencer par le bâtiment

EnOcéan prévoit d'équiper les habitats, avec des commandes et autres poignées de portes fonctionnant à l'énergie récoltée.

Enerbee travaille sur des capteurs de pression de pneus auto-alimentés, et pour d'autres applications dans le domaine de l'automobile. Mais la jeune start-up grenobloise table surtout sur le marché du bâtiment intelligent comme principal débouché de ses produits, en cours de développement.

Sunpartner intègre des cellules photovoltaïques invisibles dans des écrans de téléphone portable ou de montres, des surfaces publicitaires, des murs de brique... Et dès 2017, cette société basée à Aix-en-Provence, détentrice d'une centaine de brevets, proposera une fibre textile tissée avec des cellules photovoltaïques qui pourra intéresser l'industrie du textile - pour les sports extrêmes - comme les professionnels du bâtiment et les architectes.

L'enjeu pour Sorin Group est de pouvoir proposer des dispositifs médicaux implantés, notamment cardiaques, plus petits pour être moins intrusifs, et qui ne nécessitent pas d'être renouvelés, afin d'éviter au patient une nouvelle opération. "La batterie occupe environ 30 % des dispositifs actuels. Nous pouvons les rendre moins invasifs", a souligné Bertrand Boutaud, responsable de la R&D du groupe italien Sorin Group.

5. Des mises sur le marché d'ici 1 an ou 2

Tous les travaux présentés par les différents intervenants doivent être mis sur le marché entre 2016 et 2017. Pour le dispositif médical de la taille d'une pièce de 2 centimes, en cours de développement chez Sorin Group, il faudra patienter "5 à 10 ans au mieux".

6. Nouer des partenariats pour aller vite

Enerbee s'est appuyé financièrement sur Bpifrance, et a levé des fonds pour développer ses recherches. Pour aller vite, Sunpartner mise sur les transferts de technologie avec des industriels comme NTT Docomo, une joint-venture en discussion et un partenariat avec un producteur chinois de téléphones portables. "Notre technologie innovante doit être intégrée dès la construction de l'objet."

7. Le prix compte

Pour populariser les appareils fonctionnant à l'énergie récoltée, le prix de ces technologies de récupération sera décisif. "L'enjeu est de mettre sur le marché un produit au bon prix : si notre générateur est à 1 euro, le marché n'est pas le même qu'à 10 euros. Nous visons un générateur à 1 euro", a affirmé le dirigeant d'Enerbee. Le représentant d'EnOcéan vise un prix de vente de "5 euros TTC dès l'an prochain" pour diffuser son générateur innovant dans les foyers.

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