Retour sur Bpifrance Inno Génération (10 et 11 juin 2015)

Le futur des médias

Patrice Bégay, directeur de la communication de Bpifrance, animait l’atelier BIG Echo1 « Le futur des médias ». Retrouvez les points à retenir de cette rencontre. 

 


BIG ECHO 1 - Le futur des médias par BIG-BpifranceInnoGénération

Quel futur pour les médias ?


1. Jean-Nicolas Baylet (La Dépêche du Midi) : le pari de l'info personnalisée

"Ce qui nous a permis de rebondir dans la crise, c'est notre histoire. La Dépêche a 145 ans. Notre marque est connue de tous depuis sa naissance. Nos marques sont des labels identifiés, qui bénéficient de la confiance du marché. La proximité fait partie de notre ADN. Mais aujourd'hui, il y a une destructuration complète des médias. Google News a initié cela, mais Facebook lance désormais son propre service et Apple a aussi indiqué qu'il crée un service News pour récupérer du contenu auprès des éditeurs. Nous avons été le premier quotidien régional à avoir lancé un journal vidéo quotidien de 6 minutes; nous avons un laboratoire en radio numérique. Les supports se multiplient : les tablettes, les portables, les objets connectés, et demain les corps connectés. Demain ta Dépêche sera différente de la mienne : on adapte les contenus à chaque lecteur et grâce aux nouveaux supports nous touchons des lecteurs jeunes qui ne nous lisaient pas avant."

2. Jean Hornain (Le Parisien) : le numérique pour toucher de nouveaux publics


"Notre travail à nous, c'est de rester populaire. Le numérique nous permet de faire entrer de nouveaux lecteurs sur notre marque, qui est une marque d'information généraliste, et non d'opinion. On vend 360 000 exemplaires de notre journal papier, qui génère 90 % de notre chiffre d'affaires. Si vous avez 10 millions de visiteurs uniques par mois, si vous en transformez 1 % en consommateurs, alors vous vivez. De plus en plus, le travail entre régies et éditeurs rapproche. Nous travaillons aussi sur le management des datas de nos audiences : si tel lecteur visite souvent des pages sur l'automobile, il recevra une publicité ciblée sur ce secteur."

3. Jean-Christophe Tortora (La Tribune) : réunir des communautés

"La Tribune organise plus de 100 événements par an dans les régions. En 2012, quand j'ai repris la Tribune, il fallait retrouver une ligne éditoriale. Le combat des Echos contre La Tribune, c'est un débat des années 1980. Les Echos, c'est le journal officiel de l'économie, le journal de l'avenir de l'économie c'est La Tribune. C'est vrai, j'ai été le premier papier d'un quotidien en France à appuyer sur le bouton d'arrêt des rotatives. J'avais la conviction que ce modèle économique, du digital combiné au live média, serait vertueux. Ceux qui m'ont traité de meurtrier de la presse se sont trompés. J'ai toujours défendu la liberté des contenus de mes journalistes. Cette liberté de la rédaction dépend d'un modèle économique efficace. Les GAFA sont un enjeu pour notre industrie, mais il y a aussi un avenir pour les small. Je me suis beaucoup appuyé sur le "small is beautiful" de Richard Branson. Il n'y a pas que les gros qui ont un avenir. La presse économique française a beaucoup à faire à l'étranger, nous y allons avec le lancement de La Tribune Afrique en octobre. Mais il faut aussi regarder ce qu'il se fait dans les métropoles françaises."


4. Alain Weill (NextRadioTV) : Anticiper la convergence multimédias

"Le secteur des médias a un avenir très positif. Ce secteur, comme tous les autres, est bousculé par le numérique. Il y a des risques et des opportunités nombreuses. Les fondamentaux, c'est de bien faire son métier. On nous a proposé de faire du e-commerce, de pousser des voyagistes sur nos plateformes, mais l'essentiel c'est la qualité des contenus. Le numérique est devenu incontournable. On a pris du retard sur le digital car BFM TV n'a que 10 ans. On est le 7e site digital en France, on sera le 5e cette année car on a fait des acquisitions, et on vise le top 3. Nous avons une conviction : c'est la convergence entre la télévision, la radio et le numérique. Nous tablons aussi sur l'essor de la consultation de nos contenus sur le mobile, notamment avec le déploiement de la 4G. Il faut aussi offrir la possibilité de suivre les programmes en différé. L'avenir de la radio c'est ça, car elle confrontée aux chaînes d'info en temps réel et aux alertes sur le numérique. Nous allons augmenter la valeur de notre publicité car nous allons de mieux en mieux cibler son audience. On est à l'aise avec les modèles payants et gratuits. Une bonne idée, personne n'y croit sinon tout le monde irait. Le problème c'est que personne ne croit non plus à une mauvaise idée. Donc, nous restons attentifs et réactifs, face aux évolutions comme Apple qui annonce la création d'un service News par exemple."

5. Bruno Patino (France Télévisions) : à chaque usage, son business model

"Les usages s'ajoutent les uns aux autres, les business models se détruisent en même temps. Il faut répondre aux stratégies d'usages. Ils ne se substituent pas les uns aux autres. Vous en devez cumuler le plus possible : tablette, PC, smartphone... Contrairement à la presse, la télévision est dans l'euphorie de l'explosion des usages, et pas encore dans consciente de la destruction des business models. Il n'y a pas un modèle économique. Je n'ai aucune certitude sur ce que nous serons dans 10 ans, mais ma conviction c'est qu'il n'y a pas un modèle économique, mais un modèle économique par usage. En 2020, 50 % du temps devant votre télé sera non linéaire (VOD, etc). Le deuxième usage sera la tablette et le troisième sera le mobile. Mais attention : le mobile est substituable pour les plus jeunes, donc il faut une offre éditoriale spécifique pour le mobile. Nous avons tous vécu grâce à la puissance industrielle de nos supports. Comment être puissant, pertinent et donc économiquement rentable, dans un domaine où on est un label ?
Les GAFA ont le plus bel actif au monde : les données. Il y a une accumulation de ces données, comme au 19e siècle. Dans les prochaines années, il faudra mener un débat public sur la question de la propriété de ces données."


6. Marie-Laure Sauty de Chalon (Auféminin.com) : le pouvoir du zéro

"Il y a trois problèmes qui ont failli tuer les médias : être franco-français; être trop peu capitalisés mais avec des coûts importants; et enfin d'être restés assis sur un modèle de rentes. Aujourd'hui, on peut être une petite boîte qui se lance tout de suite à l'international, chercher des monétisations par devices, et ne pas attendre une rente. Il faut toujours se demander "qu'est-ce qui intéresse la communauté : comme info, comme outils, comme services..." Je prône le "power of zero". Chaque année on repart sur un nouvel objectif : créer une chaine Youtube, se lancer au Royaume-Uni où le marché est saturé, faire une acquisition... Vos équipes ne changent pas, mais il faut tout le temps être dans la remise en cause. Je crois beaucoup en la croissance organique. Il faut savoir intégrer des petits nouveaux acteurs qui savent faire des choses différentes de vous, sans les tuer."

8. Giuseppe de Martino (Dailymotion) : sortir de la frilosité sur le numérique

"Le marché publicitaire digital en France représente 20 % du marché publicitaire total en France, contre 50 % aux Etats-Unis. Il faut sortir de cette frilosité face au numérique. Les médias traditionnels ont intérêt à cultiver cette curiosité des nouveaux médias. On a ouvert un studio l'an dernier pour rassembler des éditeurs, des journalistes et aussi des natifs de cette génération des médias sociaux. Nous nous sommes aperçus qu'ils n'ont pas la même approche des contenus : eux se moquent qu'il y ait un câble qui traîne dans un coin de l'image. Ils veulent délivrer le message, et trouvent leur audience. Il ne faut pas avoir honte de divertir."


9. Thierry Jadot (Dentsu Aegis) : inventer de nouvelles écritures

"Le marché publicitaire aujourd'hui est de 10 milliards d'euros en France. Ces dernières années, la presse a perdu 2 milliards d'euros, et le numérique en a attiré 2 milliards. La publicité vidéo représente 225 millions d'euros. L'usage du mobile va se développer. Le wifi est partout au Brésil, en Argentine : ils ont une maturité sur certaines utilisations du mobile que nous n'avons pas encore. On n'a pas encore trouvé l'écriture éditoriale satisfaisante sur le mobile, aussi au niveau pub. C'est pour cela que notre marché publicitaire est très inférieur au marché britannique. Personne n'est intéressé par un 30 secondes publicitaires sur mobile. Les internautes veulent des contenus plus sincères, en temps réel. Grâce aux datas, nous allons singulariser le contenu en fonction de chacun. Le brand content va se développer. Les GAFA n'ont pas d'actifs physiques et ils ont des audiences énormes qu'ils mettent en réseau. La taille de l'éditeur n'est pas la question : ce qui compte pour le marché publicitaire, c'est la précision du contact avec la cible. Donc, il y a de la place pour les plus éditeurs de petite taille."

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