Innovation : l’industrie du textile est résiliente !

Bpifrance publie sa synthèse Textile - Habillement. A cette occasion, nous sommes allés à la rencontre de notre expert, Isabelle Vallée, responsable sectorielle Textile-Habillement. Interview

1- Comment se porte le marché du textile ?

L’Industrie du textile a été l’un des premiers secteurs touchés par les effets de la mondialisation.
Même si le textile s’est beaucoup industrialisé, c’est un métier où la main d’œuvre reste très présente ; le travail de confection s’effectue pour une partie encore importante à la main. Notre industrie a inéluctablement souffert de la main d’œuvre des pays à bas coûts salariaux. Beaucoup d’entreprises du textile ont disparu mais les entreprises françaises et européennes qui ont su se repositionner sur des produits à forte valeur ajoutée, plus fonctionnels, ont réussi à survivre et à se développer. Au détriment, certes, d’une production de produits à bas coût. Prenons l’exemple de MDB Texinov. Cette entreprise, spécialisée dans la maille jetée pour des articles dans l’habillement (voiles de mariées en tulle, par exemple) a su se diversifier en mettant à profit son savoir-faire dans la fabrication de produits techniques comme des filets anti-insectes pour l'agriculture, des ligaments artificiels … 

Cette fonctionnalisation du textile a par ailleurs bouleversé les rapports des industriels entre eux ; ils ont dû apprendre à communiquer. Les industriels du textile ont toujours tenu à préserver leur savoir-faire en le gardant secret. Aujourd’hui ils sont obligés de partager leurs compétences sur des projets communs. Les relations se sont considérablement décloisonnées.

La force de l’industrie du textile est sa résilience ; elle a la capacité de rebondir. Le textile est par ailleurs omniprésent dans notre environnement ; on l’associe souvent à l’habillement mais on le retrouve aussi bien dans l’ameublement que dans des secteurs comme la santé, ou les transports avec les textiles techniques.

2- Quels sont les principales innovations de la filière pour l’année 2013 ?

Les principales innovations en 2013 concernent les domaines du sport et loisirs, la santé et la protection individuelle (sécurité de la personne). Les principales tendances sont :

  • le développement de textiles techniques

Pour citer quelques projets collaboratifs soutenus par Bpifrance, parlons de Texactiv qui est un bel exemple de textile fonctionnalisé. Le projet actuellement en cours de développement est né en 2011, il s’agit de cosméto-textiles ayant une action directe sur le bien-être et la santé (vêtement hydratant ou massant…). L’effort de la R&D s’est concentré sur l’amélioration de la tenue au lavage. 10 partenaires travaillent autour de ce projet.

Autre exemple de textile intelligent, Smart Sensing, projet également en cours, né en 2012. Il s’agit d’un vêtement connecté permettant de suivre les activités physiques.

 
Enfin parlons du projet Soltex en 2014 avec le développement d’un fil photovoltaïque permettant de créer des textiles intelligents qui produisent de l’énergie à partir de la lumière.

  • Un ennoblissement moins polluant

Cette opération permet d’améliorer les textiles par la teinture, l’impression et l’apport de propriétés spécifiques (fonctionnalisation)... L’enjeu pour le secteur est d’utiliser des techniques de traitement moins polluantes plus respectueuses de l’environnement (traitement par plasma par exemple).

  • Des consommateurs friands de sur-mesure

Le sur-mesure se développe avec une forte demande pour des vêtements personnalisés.

Ce sont les consommateurs qui imposent la tendance on parle d’ailleurs de consom’acteurs !

3- Les « textiles innovants » font partie des 34 plans industriels de la nouvelle France industrielle, quels sont les enjeux du secteur ?

3 grandes thématiques sont ressorties de la réflexion menée par un groupe de travail sur les 34 plans industriels à laquelle Bpifrance a été associée :

  • La transition écologique avec l’utilisation de fibres bio-sourcées et recyclables. En France nous avons la matière, nous sommes parmi les 1ers producteurs au monde de lin. Il est, par ailleurs, nécessaire de réduire les déchets en les recyclant pour fabriquer de nouveaux textiles ou d’autres produits comme des isolants thermiques. Le tonnage de textile jeté à l’année est considérable.
  • Le développement des textiles intelligents avec l’utilisation du numérique et des nano-technologies
  • L’Usine du futur : le textile est consommateur de main d’œuvre, il est important de trouver des méthodes d’assemblage qui soient plus faciles comme le tricotage en 3D pour produire à coût moins élevé et éventuellement pouvoir relocaliser des sites de production.

4- Comment voyez-vous l’évolution du marché ?

Tout d’abord, les industriels du textile devront continuer à travailler en collaboration avec les autres industries : le textile est un matériau souple qui peut être utilisé dans beaucoup d’applications.

L’entretien des textiles techniques est délicat, car il convient de pérenniser les propriétés conférées à ces textiles : l’enjeu pour les années à venir sera donc de les rendre plus résistants au lavage et ce, à un coût raisonnable.

Enfin, il est crucial de pérenniser nos savoir-faire d’excellence pour préserver notre image du luxe à la française. Les petits ateliers de création deviennent moins nombreux, surchargés de commandes par de grands donneurs , ils ne peuvent pas toujours répondre à la demande de tous les nouveaux créateurs pour la réalisation de leurs prototypes.

Une très belle initiative a vu le jour en 2012 pour soutenir la filière cuir en France. Il s’agit de l’incubateur Au-delà du cuir qui accompagne les jeunes en vue de la création de nouvelles entreprises, de nouvelles marques.

Bpifrance accompagne également les entreprises du patrimoine vivant via le Fonds des savoir-faire d’excellence.