Tribune : "Féminisation des conseils d’administration, une opportunité à saisir"

Viviane de Beaufort
La loi sur la parité impose aux sociétés cotées, mais aussi aux ETI et grosses PME non cotées de féminiser leur conseil d'administration ou de surveillance (CA). Au-delà de l’obligation légale, il s’agit de saisir « une opportunité pour les entreprises concernées d’ajouter de la valeur ajoutée » au sein de leur CA. Par Viviane de Beaufort, professeure, experte en gouvernance comparée, directrice de « Governance & Gender » au Centre Européen de Droit et Economie-ESSEC et du « Women be European Board Ready » ESSEC Exec.

La loi comme déclencheur

Votée le 13 janvier 2011, la loi Copé-Zimmerman requiert des sociétés françaises cotées et des SA non cotées réalisant au moins 50 millions d'euros de chiffre d'affaires et employant plus de 500 salariés d'avoir 40 % d’administrateurEs, d'ici 2017. La loi du 4 août 2014 prévoit qu’en 2020, les SA employant entre 250 et 500 salariés seront également concernées. Il s’agit donc d’anticiper !

Si la mixité a progressé dans les grandes sociétés cotées, il apparaît que pour celles en deçà du SBF120 et les non cotées, la dynamique est plus difficile : le taux moyen de féminisation des conseils est de 15,9 % en 2014 et un quart des sociétés visées ne fait encore siéger aucune femme1.

Féminisation du CA

Créer de la valeur ajoutée avec la mixité

Et si l’exercice de mise en conformité de la loi sur la mixité devenait une opportunité pour les entreprises d’ajouter de la valeur ajoutée en constituant un CA plus divers et professionnel ?
Si jusqu’à présent, les entreprises recrutaient leurs administrateur(E)s de façon confidentielle en s’adressant à leur réseau proche et sans, toujours, avoir évalué les besoins et identifié des profils adéquats, on note une tendance à une professionnalisation de la démarche. Il est encore assez exceptionnel que les dirigeants recourent à des cabinets de chasse de tête spécialisés, étant donné le coût financier notamment, mais ils tentent de multiplier leurs sources de conseil et leurs possibilités de recrutement. Faire prendre conscience à un dirigeant qu’un CA expert et avisé peut le soutenir, apporter une vision et des connaissances est donc l’enjeu réel. 
La mise en conformité à la loi donne l’occasion de recruter des administrateurs et surtout des administratrices de manière plus professionnelle, avec comme objectif de constituer une équipe d’expert(E)s aux compétences multiples pour renforcer la stratégie de l’entreprise.

Féminisation = professionnalisation

Ainsi la féminisation (imposée à l’origine) peut mener à une réflexion sur la composition idéale de son CA avec un apport de compétences en phase avec ses besoins. Une démarche qui permet de diversifier les compétences, les profils de son CA et la richesse de son entreprise.

Le « Carrefour des mandats »

Pour soutenir les entreprises désireuses d’avancer sur la composition de leur CA et réfléchir à leur gouvernance, la Fédération Femmes Administrateurs et Women-ESSEC organisent avec le soutien de Bpifrance, du Medef, etc, le « Carrefours des mandats » qui se déroulera dans les mois à venir (et ce pendant 18 mois).
Est proposé :

  • phase 1 : Information (infographie, articles à diffuser auprès des entreprises)
  • phase 2 et 3 (ces deux phases auront lieu simultanément): 
    • Ateliers de sensibilisation sur le rôle du CA et l’enjeu de VA qu’il représente pour le dirigeant. La mixité étant à envisager comme une opportunité de diversifier les talents de l’équipe du Conseil. Ces Ateliers permettent aux dirigeants de réfléchir en collectif avec des experts. Ils sont organisés respectivement par Bpifrance, le Medef et d’autres instances avec les équipes du projet.
    • Mise en contact terrain entre dirigeants et candidates déployées à géométrie variable selon l’écosystème local avec les partenaires.

Participer ne vous engage pas, c’est une occasion de réfléchir à votre mode de gouvernance de rencontrer des candidates dûment sélectionnées sous la responsabilité des Associations membres de la FFA et de Women ESSEC. 
Pour recevoir plus d’information, contactez women@essec.edu 

[1] Application de la loi Copé –Zimmermann - Etat des lieux des sociétés en deça du SBF 120, par Karima Bouaiss (IAE de Poitiers, expert CEDE) et Viviane de Beaufort (CEDE-ESSEC BS), sur requête du Ministère des solidarités et de la cohésion sociale.