La start-up drômoise Carbon Bee a développé une technologie capable de traiter les cultures de façon chirurgicale, réduisant ainsi le recours aux produits phytosanitaires. Sa solution séduit de plus en plus de vastes exploitations de l’ex-URSS. Explications.

« Quand vous débarquez dans les champs d'Ukraine, tout est démesuré. Vous devez faire des heures de 4x4 pour rejoindre un site agricole où vous découvrez une dizaine de moissonneuses-batteuses sous un hangar », raconte Gérald Germain, fils d'agriculteur, développeur de métier et fondateur, en 2015, de la start-up Carbon Bee.

Installée dans la Drôme, la jeune pousse a développé une technologie couplant caméra hyperspectrale et algorithme d’Intelligence Artificielle (IA). Celle-ci permet d’identifier au champ la présence de « mauvaises herbes » ou de maladies des plantes de façon ultra-ciblée, ouvrant derrière la voie à des « frappes chirurgicales » de produits phytosanitaires. Selon l'entrepreneur, la solution réduirait ainsi de 60 à 95 % le recours à des herbicides.

L'IA séduit dans les anciens kolkhozes

Après avoir débuté surtout avec des drones et dans les petites exploitations françaises, Carbon Bee a fini par installer sa solution intelligente directement sur les rampes de pulvérisation. En 2017, elle a amorcé en parallèle un net virage à l'international, sans se désinvestir de France pour autant. L'une de ses grandes terres de conquête ? L'ex-URSS et ses exploitations gigantesques, issues des anciens kolkhozes soviétiques. La région « fait partie de notre top 3 », lance le fondateur de Carbon Bee.

Même si l'embargo ciblant la Russie l'empêche de s'y développer, la start-up française séduit de plus en plus à l'est, notamment en Ukraine, mais aussi en Europe centrale. Pourquoi ces pays ? « On ne s'en rend pas toujours compte en France, mais nos exploitations sont extrêmement petites. Quand mille hectares sont considérés ici comme une grande ferme, dans les pays de l'ex-URSS, 60 000 hectares sont habituels », explique Gérald Germain. La France et ses normes exigeantes ont toutefois permis à la start-up de se perfectionner, avant de tenter de conquérir le « far east », immense producteur agricole mondial.

« Quand on s'aventure par là-bas, on découvre que, hors de l'UE, l'écologie n'est pas une priorité », confie le fondateur. « Notre technologie de la juste dose intéresse car les agriculteurs de ces pays y voient l'intérêt économique d'abord. Nous, nous aidons à ce que moins de produits phytosanitaires finissent dans la nature ». Mois après mois, malgré une « concurrence effrénée », venues des vendeurs de pulvérisateurs agricoles eux-mêmes se ruant dans la nouvelle course à l'IA agricole, Carbon Bee voit sa réputation grandir et s'affermir.

« Soit on est copain, soit on ne l'est pas ! »

D'un point de vue commercial, l'Ukraine et les autres pays de la zone forment néanmoins un territoire à manier avec précaution. « En résumé, c'est soit on est copain, soit on ne l'est pas du tout ! Vous n'avez pas le droit à l'erreur », confie Gérald Germain. En Ukraine notamment, l'entrepreneur a découvert des cultivateurs modernes, très exigeants et souvent fins connaisseurs d'informatique. Pour une entreprise française, la barrière de la langue reste bien sûr un autre obstacle à surmonter. Dans les plaines du grand est, l'anglais n'est pas une évidence.

Après s'y être aventuré « par la force des choses », Carbon Bee veut désormais passer à la vitesse supérieure en Europe de l'est. Elle songe ainsi à faire appel au « Plan de Relance Export » et envisage d'y implanter une filiale d'ici « deux ou trois ans ». La start-up a de solides atouts pour viser haut. Outre sa technologie de pointe, elle peut s'appuyer sur ses trois partenariats de choix avec Kuhn, Artec et Berthoud, trois grands noms de la pulvérisation agricole.

Carbon Bee en bref :

  • Fondée en 2015
  • Basée près de Valence (Drôme)
  • 22 employés
  • Chiffres d'affaires 2021 : 2 M€ (projection)
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