Agronutrition récolte ce qu’il a semé

Le toulousain Agronutrition, initialement spécialisé dans les engrais chimiques, a fait du développement durable le pilier de sa stratégie.

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Agronutrition

L’explosion AZF est encore gravée dans la mémoire de Cédric Cabanes. Située à quelques mètres de l’usine chimique, l’entreprise Agronutrition qu’il doit privatiser au nom de l’Etat est entièrement détruite en 2001. « Non seulement plusieurs salariés avaient été blessés dans la catastrophe mais, en plus de perdre leur outil de travail, ils apprenaient la disparition de leur emploi, se rappelle celui qui est aujourd’hui président d’Agronutrition. L’Etat ne voulait pas réinvestir pour privatiser dans la foulée, cela n’avait pas de sens ». Lors de cette rencontre avec les salariés, Cédric Cabanes comprend qu’un nouveau départ est possible. Les salariés sont prêts à consentir des efforts pour relancer l’activité de cette entreprise spécialisée dans les oligo-éléments pour l’agriculture. Reste encore à trouver un nouveau terrain. « Après AZF, il était impossible de reconstruire une unité chimique à Toulouse, précise-t-il. Nous sommes partis en quête d’une nouvelle commune pouvant nous accueillir ». Mais le nouveau projet ne suscite pas - et c’est un euphémisme - l’adhésion des élus. « La refonte d’un business plan tourné vers le développement durable était alors incontournable », explique Cédric Cabanes. Agronutrition mise sur l'introduction de micro-organismes qui fixent l’azote de l’air ou solubilisent le phosphore du sol pour améliorer le rendement des productions végétales. Une renaissance pour Agronutrition qui peut alors s’installer en 2003 à Carbonne, une commune située à une quarantaine de kilomètres au sud de Toulouse, dans une zone dite agro-environnementale.

Un engrais sur-mesure

Au moment où l’Etat vend finalement les parts qu’il détient dans Agronutrition, les produits utilisables en agriculture biologique concernent la moitié du catalogue de l’entreprise. « Les salariés deviennent actionnaires majoritaires de leur entreprise grâce à l’aide du groupe agenais De Sangosse », souligne Cédric Cabanes. Le pari semble en passe d’être gagné pour Agronutrition. En 2004, la PME réalisait près de 5 millions d’euros de chiffres d’affaires avec 27 salariés.

Aujourd’hui, Agronutrition enregistre 50 millions d’euros de chiffres d’affaires et compte 152 salariés, dont 35 personnes rattachées au service de R&D. De quoi porter un ambitieux programme et répondre aux problématiques que rencontrent les agriculteurs : comment corriger les carences en oligo-éléments ou améliorer la qualité d’une production agricole, comment réduire l’utilisation de fertilisants chimiques de synthèse dans les cultures… Bref, diminuer l’impact de la chimie sur l’environnement tout en maintenant le rendement. Vaste programme ! C’est en tout cas le nouveau business plan d’Agronutrition. « Nous sommes actuellement en pourparlers avec le ministère de l’Agriculture pour qu’il délivre les homologations, explique Cédric Cabanes. Un champ comporte une population importante de micro-organismes et l’on recherche traditionnellement la bactérie la plus performante. Avec le service SolActiv, notre originalité est de proposer à l’agriculteur une démarche sur-mesure en prélevant un échantillon de sa parcelle pour y sélectionner et bio-amplifier les meilleurs consortia bactériens dans cet environnement. Agronutrition pourrait alors généraliser ce procédé à l’échelle mondiale et se démarquer ainsi des géants du secteur ».