Camille Crouzet, Hymag’in : un chercheur-entrepreneur au service du développement durable

La start-up deeptech HYMAG'IN a développé un matériau innovant destiné à dépolluer les eaux et les sols contaminés. Camille Crouzet, son CEO, nous raconte les coulisses de la création de sa start-up deeptech.    

Dépolluer avec la magnétite. Grand Prix du concours i-Lab 2019, la start-up grenobloise issue du laboratoire ISTerre, développe un procédé industriel de conversion de déchets en matériau fonctionnel, la magnétite. L’une de ses applications potentielles : la dépollution des eaux et des sols, sujets majeurs pour la préservation de la planète. Son CEO Camille Crouzet, que nous avons rencontré lors du lancement du Deeptech Tour à Grenoble, revient sur la genèse de son entreprise, les difficultés qu’il a pu rencontrer et ses ambitions.  

Comment est né votre projet ? 

Camille Crouzet : Le projet HYMAG'IN est né au sein du laboratoire ISTerre (CNRS/Université Grenoble Alpes). Il s'est concrétisé durant ma thèse, pendant laquelle j'ai développé le procédé, géo-inspiré, que nous exploitons actuellement. Pour faire simple, il reproduit en laboratoire des mécanismes observés en sciences de la terre, en l’occurrence des réactions chimiques qui ont lieu au fond des océans, près des dorsales océaniques. Peu à peu, avec mes encadrants, nous avons pris conscience des possibilités offertes par ce procédé, et notamment de l'intérêt économique d'un des produits, la magnétite, sous forme de particules ultrafines.  
En parallèle, l'idée d'utiliser des déchets comme source de fer pour remplacer la matière première a permis de concevoir une chaîne complète en vue d'apporter des solutions à plusieurs enjeux. D'une part, la nécessité de valoriser les poussières métalliques produites en grandes quantités par les déchets des sidérurgistes. Et d'autre part, les besoins d'une large palette d'acteurs industriels intéressés par les propriétés uniques du produit, la magnétite ultrafine. 

En quoi ce procédé est-il disruptif ?   

C.C. : Notre innovation est disruptive non pas par le matériau lui-même, mais par le nouveau paradigme qu'elle propose. Celui d'un matériau aux propriétés uniques, accessible à un coût compétitif pour des applications à grande échelle, là où son prix, prohibitif jusqu'ici, en restreignait l'usage à des démonstrations dans un laboratoire. 

  

Pourquoi avoir fait le choix de sortir du labo pour devenir entrepreneur ? 

C.C. : Ma curiosité naturelle m'a poussé à explorer les nombreuses voies d'utilisation possibles de la magnétite. Nous en avons identifié plus d'une vingtaine ! Devant ce potentiel énorme, il était nécessaire de créer une structure afin de valoriser notre procédé, mais aussi de prioriser et promouvoir les utilisations de la magnétite. En créant mon entreprise, je peux mener ce projet à bien, jusqu'à l'utilisateur final, en allant plus loin que la simple preuve de concept en laboratoire. Et bien sûr, ça me permet de m'assurer une certaine indépendance.

 

Avez-vous rencontré difficultés dans la création de votre start-up ?   

C.C. : Oui, comme tous les entrepreneurs ! La première a été de constituer une équipe adaptée, rassemblant des profils variés capables de travailler ensemble à un objectif commun. La composition de l'équipe a duré 2 ans au sein de l'incubateur SATT Linksium. C'est une étape décisive que nous avons finalement franchie avec succès.  
Une autre difficulté tenait au fait que je n'avais aucune expérience en création d'entreprise, alors que je me destinais à occuper le poste de CEO... Heureusement, les nombreuses formations et rencontres proposées par Linksium m'ont permis de monter en compétences et d’effectuer la transition du monde scientifique à celui de l’entrepreneur, un domaine passionnant. Le développement d’une start-up nécessite de travailler sur des sujets touchant à des domaines extrêmement variés : finance, marchés, technologie, équipe… Cette diversité est un aspect du travail que j’apprécie particulièrement et qui représente une grande source de motivation pour moi. L’objectif n’est pas de maîtriser soi-même tous ces enjeux, mais de savoir s’entourer pour y répondre. 

  

Et demain. Comment voyez-vous l’avenir d’ Hymag’in  ? 

C.C. : Notre ambition est d'avoir un impact positif significatif, alliant rentabilité économique et environnement. Concrètement, cela signifie que nous menons un projet industriel qui passera par plusieurs changements d'échelle pour atteindre une production de quelques milliers de tonnes par an à horizon 2025. Nous souhaitons produire, et donc créer de l'emploi, si possible en France. Une production élevée signifiera également une empreinte environnementale d'autant plus vertueuse que notre produit, issu du recyclage, est destiné à se substituer à des solutions concurrentes qui ne le sont pas. J'ajouterais que notre procédé fonctionne en conditions douces, avec peu de consommation d'énergie, et produit même de l'hydrogène. Enfin, les premières applications que nous cherchons à développer concernent la dépollution des eaux et des sols, sujets majeurs pour la préservation de notre planète. Pour être à la hauteur de notre ambition, nous aurons besoin de partenaires industriels et financiers fortement impliqués, ainsi que d'une volonté politique forte en faveur de l'économie circulaire et de l'environnement. 

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