Covid-19 : le marché de la santé "s’ouvre de manière extraordinaire"

 Le secteur de la santé connait une (r)évolution depuis plusieurs années. La crise du Covid-19 semble l’accélérer, avec des processus de décisions raccourcis, et des méthodes de travail bousculées. 

De nouvelles lignes semblent se dessiner. Le secteur de la santé continue d’évoluer, et de plus en plus vite depuis le début de l’épidémie du coronavirus. « Des verrous sont en train de sauter », lance Chahra Louafi, directrice du fonds Patient Autonome, qui a démarré en 2018 par Bpifrance pour accompagner financièrement les startups de la santé connectée.

A commencer par le verrou culturel. Le 16 avril dernier, les consultations physiques avec un professionnel de santé ont accusé une baisse de 9 points par rapport à décembre dernier, selon le Baromètre carnet de santé. A contrario, la téléconsultation est largement plébiscitée, avec « autant d’appels reçus en une journée qu’en 15 jours avant l’épidémie », explique l’assureur Mondial Assistance dans une interview accordée à Sudouest.fr. Idem pour le télésuivi à domicile, qui est en train de faire évoluer l’intégration dans les systèmes d’informations avec des acteurs comme Nouveal avec sa plateforme Covidom qui permettent le suivi à distance des patients porteurs du coronavirus.

Des innovations organisationnelles et des processus de décision raccourcis

Une autre révolution semble aussi se dessiner du côté des méthodes de travail. En cette période de crise sanitaire, les entreprises adoptent le télétravail et, à l’instar de la société Alan, en font même un avantage compétitif qui permet d’aller chercher la compétence au niveau mondial, tout en produisant in situ. « Avant, on délocalisait entre autres pour réduire les coûts de masse salariale. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il ne faut plus aller produire en Chine par exemple. C’est le cas de Willo, une société du portefeuille du Fonds Patient Autonome, qui accélère aujourd’hui sa décision de relocaliser sa production jusqu’ici en Chine à Limoges. On a une sorte de pyramide inversée, avec une relocalisation de la production pour en maitriser le contrôle et une recherche de compétence qui peut se faire à l’échelle mondiale grâce notamment au télétravail et aux outils numériques », explique Chahra Louafi.

Pour Rosalie Maurisse, responsable du domaine santé de Bpifrance, la crise permet de bousculer le secteur en accélérant les processus de décision. « Le temps pour obtenir une autorisation pour réaliser un essai clinique est beaucoup plus court. Aujourd’hui, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) délivre des autorisations sous 10 jours, contre 6 mois avant la crise. Pour les entreprises du secteur, c’est évidemment bénéfique puisqu’elles perdent moins de temps et donc d’argent, à attendre des réponses ».

Un réservoir d’innovations « qui doit émerger »

Des délais plus courts, qui permettent à certains acteurs de pivoter rapidement, pour répondre aux urgences sanitaires liées à l’épidémie du coronavirus. C’est le cas de Biosency, qui développe depuis 3 ans un dispositif connecté de télésuivi sous forme de bracelet, dédié aux patients atteints d’insuffisances respiratoires chroniques. L’entreprise bretonne a adapté sa solution aux patients Covid-19 post-réanimation. NG Biotech, spécialisée dans le développement, la production et la commercialisation de solutions de diagnostic rapide en santé, développe quant à elle des tests sérologiques pour retrouver la présence d’anticorps produits après une infection au Covid-19.

Certaines entreprises pivotent, et d’autres se créent. « L’urgence sanitaire fait que l’hôpital cherche des solutions pour décharger les médecins ou pour trier les patients par exemple. De plus en plus d’entreprises vont donc se créer, tirées par une forte demande du marché. Il y a un réservoir d’innovations qui doit émerger pour sauvegarder notre système de santé. On est face à un bousculement inédit, avec un marché qui s’ouvre de manière extraordinaire et tout est en train de se jouer maintenant », conclut Chahra Louafi.

Fonds Patient Autonome :

Lancé en 2018, le fonds Patient Autonome de Bpifrance s’intéresse aux innovations en santé numérique à forte valeur médicale qui vont révolutionner la médecine et participer à la transformation organisationnelle de notre système de soin. Doté de 50Meuros, le Fonds sélectionnera des solutions qui permettent entre autres d'améliorer la productivité des professionnels de santé (médecin, infirmier, laboratoire médical ou pharmacie), les parcours de soin, incluant le tri des patients, leur prise en charge et leur suivi à distance

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