Dirigeant, la transgression nécessaire de l’innovation

L’innovation, tout le monde en parle… Au fil des années, l’innovation est donc devenue une condition nécessaire de performance voire de survie de nos entreprises. Elle constitue un moyen de développer sa croissance, de se différencier en répondant à un besoin du marché ou de créer une demande nouvelle.
En tant que dirigeant, comment se positionner face à l’innovation et impulser des changements ?
Revivez la table-ronde sur le thème « dirigeant, la transgression nécessaire de l’nnovation » animée par Benjamin Grange (Dentsu Aegis Network France)


BIG THINK -  Dirigeant, la transgression...par BIGBpifranceInnoGeneration

Innover : tout le monde en parle

Pour Benjamin Grange, directeur général délégué de Dentsu Aegis Network France, « on innove en collaborant avec des start up, en co-créant. Mais il faut posséder un état d’esprit transgressif, changer l’ordre existant. Tout innovateur change la norme ». Jean-Marc Patouillaud, general partner de Partech Ventures, évoque « la théorie du barrage » : « l’histoire de l’innovation n’a pas toujours été linéaire. L’art pictural a commencé dans les grottes avec les peintures rupestres puis il n’a plus évolué pendant des siècles. Il faut des ruptures provoquées par des gens qui pensent différemment. Sigfox, par exemple, a réinventé une technologie utilisée par les sous-marins pour l’appliquer aux objets connectés qui n’ont pas besoin de beaucoup d’énergie pour communiquer entre eux. »

 

Difficile de gérer l’exponentiel

La croissance de la connaissance n’est plus linéaire mais exponentielle. Or l’humain a du mal à gérer l’exponentiel. Selon Denis Lafont, directeur des investissements technologiques et digitaux de Midi Capital, « l’humain est conçu pour un temps lent. Difficile pour une organisation composée d’êtres humains, comme une entreprise, d’accepter que l’évolution de son environnement devienne exponentielle. Uber n’a eu besoin que d’un développeur et quelques juristes pour conquérir le monde. Aujourd’hui,n’importe quelle société, quels que soient sa taille et ses moyens, peut devenir leader dans le monde entier».

Le digital, moteur de l’innovation

L’apparition d’Internet puis du haut débit ont rendu l’innovation accessible à tous partout. Pour Jean-Marie Tassy, CEO d’Uzik, « l’essor du digital a permis de démocratiser l’innovation, avec un partage de la connaissance dans le monde entier. L’innovation n’est plus uniquement technologique : elle s’applique au service, à l’expérience client comme Tinder ou BlaBlaCar. Il faut identifier des leviers, vendre le concept à un client puis développer le produit. Exemple : j’ai eu cette idée de miroirs connectés, mais j’ai dû la proposer à Google pour avoir le budget nécessaire ».

Une génération formée par le jeu-vidéo

Qui dit innovation dit risque d’échec, ce qui est très mal vu en France. Pourtant, plutôt que craindre d’échouer, mieux vaut essayer et tester ses idées en mode start-up. C’est l’avis d’Éric Albert, psychiatre et fondateur de l’Ifas (Institut Français d'Action sur le Stress) : « la méthode essai / erreur est inspirée par le phénomène start-up. La génération nouvelle a été formée à travers le jeu vidéo, un mode d’apprentissage fun qui passe par l’essai et l’erreur. Dans les grandes entreprises, impossible de dire « je me suis trompé » car c’est humiliant. Dans la culture du jeu vidéo, il est normal d’échouer. La Génération Y réclame plus d’épanouissement, la notion de récompense arrive loin derrière. Ce qui compte c’est le chemin parcouru et le plaisir qu’on a pris. Le KPI (indicateur clé de performance), c’est le contraire de l’innovation. La performance individuelle et le goût du secret en vigueur dans les entreprises sont aux antipodes de l’innovation. Innover - in novare en latin : le nouveau est à l’intérieur - c’est se changer de l’intérieur.  ».

Ecouter les avis extérieurs est indispensable !

Pour Denis Lafont de Midi Capital, il est indispensable de se confronter à l’extérieur si on veut innover : « nous avons 120 participations dans des domaines très différents : on fait se rencontrer ces dirigeants, on les emmène dans la Silicon Valley et ils en reviennent avec des idées et de l’énergie ». Être à l’écoute de ses collaborateurs et également un bon moyen de ne pas louper la prochaine révolution, comme l’a vécu Bertrand Stephann, CEO d’Alcmeon, quand il était dirigeant d’AlloCiné : « en 2004, nous étions en train de refaire le site. Un des membres de l’équipe vient me voir et me dit « ça serait bien d’uploader des vidéos sur le site ». Je lui réponds que nous avons déjà assez de travail avec la refonte du site. Six mois plus tard apparaissaient YouTube et Daily Motion ! La leçon à tirer de cette anecdote : il faut écouter ses collaborateurs, ses clients, etc. ».

L’innovation, ça se décrète.

L’innovation est certes un état d’esprit, mais les entreprises ne peuvent attendre qu’elle apparaisse d’elle-même. Parfois, il faut inciter les collaborateurs à s’emparer de cet esprit innovant. C’est ce que fait Thierry Jadot, président de Dentsu Aegis Network Belgium, Israel, Netherlands, MENA : « l’innovation, ça se décrète. Je dis à mes équipes : allez voir des start-up et dépensez de l’argent. En France, nous avons cette culture cartésienne issue des Lumières. Ce qui engendre un problème de liens entre grands groupes et start-up. Chez Sanofi, 50 % de l’innovation doit être faite avec des start-up ».

Pour Eric Albert, « les gens ne s’autorisent pas à innover. Il faut leur donner plus liberté. Google offre une journée par semaine à ses employés pour favoriser l’innovation. Pourquoi pas en France ? Netflix ne contrôle plus les horaires, les vacances ni les frais. Avec deux conditions : tout le monde est dans le projet, qui n’est pas la seule vision du chef. Si vous donnez de la liberté aux gens, ils ont confiance en eux et partagent les mêmes valeurs. Les valeurs doivent être au premier plan. Ici, l’entreprise classique est entièrement fondée sur la performance individuelle. Or, ça ne crée pas d’innovation ».

Les intervenants de cette  table-ronde

  • Animateur : Benjamin Grange (Dentsu Aegis Network)
  • Eric Albert (Ifas)
  • Régine Combremont (SNCF)
  • Thierry Jadot (Dentsu Aegis Network France, Benelux, Israël, MENA)
  • Denis Lafont (Midi Capital)
  • Jean-Marc Patouillaud (Partech Ventures)
  • Betrand Stephann (Alcméon)
  • Jean-Marie Tassy (Uzik)
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