[Gardez le cap] Amandine Lallement et Jean-Marc Scherrer, Barrisol tirent les leçons de la crise

Déconfinés, les dirigeants de PME-ETI gardent le cap. Quatre d’entre eux racontent comment ils traversent cette période délicate. Cette semaine, le duo à la tête de Barrisol, le leader mondial du plafond tendu, fabricant de murs, d’éclairages, de systèmes de climatisation, revient sur les décisions qu’il a prises ces dernières semaines pour se relever de cette crise.

Après avoir partagé leurs préoccupations face à l'entrée en confinement puis, deux semaines plus tard, celles liées au déconfinement, Amandine Lallement et Jean-Marc Scherrer, les dirigeants de Barrisol répondent une dernière fois aux questions de Bpifrance Le Lab. Cette semaine, ils nous racontent comment la crise leur a permis de se relever et de se révéler.

Comment l’entreprise se porte-t-elle depuis notre dernier entretien le 18 mai dernier ? 

Jean-Marc Scherrer. Même si elle n’a pas encore retrouvé son niveau habituel, l’activité a bien repris. Nous espérons un retour à la normale dans les deux prochains mois. Signe encourageant : nos clients de Belgique et d’Allemagne nous rendent à nouveau visite.

Amandine Lallement. On constate que les échanges se fluidifient et nous faisons tout pour faciliter ces nouveaux déplacements. Nous rédigeons par exemple des lettres d’invitation pour favoriser le passage de nos visiteurs aux frontières. Et ça fonctionne bien.

Ces derniers mois, à quel moment avez-vous atteint votre pic de stress ?

A.L. A mon avis, cela correspond au moment de la fermeture de notre usine. C’était inédit dans toute l’histoire de l’entreprise. Mais le stress était assez diffus pendant toute cette période où nous étions tributaires de décisions gouvernementales.

J-M. S. De mon côté, je situerais davantage ce pic de stress au moment de la préparation de la reprise. La réorganisation des bureaux, les affichages au sol, l’instauration de sens de circulation obligatoires, la distribution de matériel sanitaire. Avec ces opérations délicates, nous n’avions pas le droit à l’erreur.

Quels éléments vous ont le plus déstabilisé en tant que dirigeants ?

J-M. S. L’anxiété des salariés par rapport à l'épidémie, y compris chez les plus jeunes, m’a surpris. J’ai parfois été sans réponse à leurs interrogations relatives au Covid-19. D’ordinaire, lorsqu’une grosse commande est décalée, on trouve des solutions grâce à d’autres marchés. Mais quand les marchés sont décalés en même temps, trouver le côté positif des événements n’est pas évident. Ne pas pouvoir tout contrôler, pour un chef d’entreprise, cela peut être perturbant. Ce qui nous a rassuré, c’était de voir que tout le monde était concerné.

Au cœur de cette crise, qu’est-ce qui aurait pu faire flancher la motivation de vos salariés ?

J-M. S. Si Amandine et moi avions eu le malheur d’être hospitalisés en même temps, cela aurait eu un effet dévastateur. Aussi, si nous n’avions pas obtenu le soutien financier de l’Etat, peut-être que la mobilisation des équipes en aurait pâti. Mais à l’inverse, la réactivité et le lancement rapide d’innovations ont rassuré. La production de cloisons anti-Covid a généré de l’enthousiasme.

A.L. Une fermeture prolongée de nos locaux aurait aussi pu affecter le moral des équipes. Heureusement, nous avons pu ouvrir à nouveau au bout de quinze jours quand nous avons pu avoir du gel et des masques. Les collaborateurs étaient rassurés de pouvoir venir travailler dans des conditions de sécurité optimale.

Pensez-vous que votre rapport au risque va changer à la suite de cette crise inattendue ?

J-M. S. Depuis cinquante ans, l’entreprise a connu de bons et de mauvais moments. Le Covid-19 est un problème particulier du fait de la méconnaissance qui entoure le virus. Mais je ne vais pas craindre l’émergence d’une telle épidémie tous les ans ! J’ai même confiance en nos capacités à réagir face à des crises semblables. Nous avons acquis d’excellents réflexes. Notre attention sera d’abord tournée vers les besoins de nos donneurs d’ordre plutôt que vers des craintes confuses.

A.L. Il y a des chances pour que la crise du Covid-19 reste un événement isolé. On ne peut pas reconsidérer l’ensemble de notre stratégie à la suite de cela. Et puis, si nous commençons à avoir peur de tout, tout le temps, nous finirons par être paralysés et par ne plus avancer ; cela est inenvisageable !

Si vous pouviez revenir en janvier 2020, contre quels écueils de la gestion de crise aimeriez-vous mettre en garde vos alter-ego de l’époque ?

A.L. Nous avons fait du mieux possible et nous avons profité de notre situation financière saine et solide d’avant crise. Toutefois, un bon conseil serait d’accepter qu’on ne puisse pas tout maîtriser. Les événements génèrent parfois des situations incontrôlables. Il faut alors apprendre à faire abstraction des incertitudes et à s’organiser en fonction. Dans tous les cas, il reste heureusement des éléments qui ne dépendent que de notre organisation et de nos décisions propres.

J-M. S. Cette crise n’est pas issue d’une erreur de gestion, mais plutôt le fruit d’un hasard malheureux. C’est comme si nous roulions sur la route, en respectant les règles du code, et qu’un chauffard alcoolisé et à contre-sens nous était rentré dedans. Mon conseil est de garder des finances saines en permanence pour justement garder la tête hors de l’eau dans des situations pareilles, et donner des gages aux partenaires financiers. Et puis, il ne faut s’apitoyer sur son sort. Les dirigeants, qui ont déjà connu des mésaventures dans leur parcours, doivent conserver leurs bonnes habitudes et garder leur vision optimiste !

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