Le Festival d’Avignon vient de baisser le rideau en s’étant montré cette année encore comme un véritable tremplin pour les startups proposant des solutions et services pour le public dans le domaine de la culture et du spectacle vivant. Labellisé French Tech Culture en 2015, le territoire est doté d’un accélérateur qui en fait un pôle d’innovation numérique.

Et si les technologies numériques constituaient un nouveau levier de développement pour les activités culturelles et notamment pour le spectacle vivant ?

Logo festival d'Avignon
Dans la cité des papes la question ne se pose plus depuis trois ans et l’arrivée du metteur en scène Olivier Py à la direction du Festival d’Avignon en 2013. « Il a lancé l’idée que ce serait bien qu’il y ait du numérique au festival pour attirer du public qui ne va plus au spectacle ou qui en est éloigné », témoigne Jean-François Césarini, directeur du développement de l’accélérateur The Bridge. « Nous nous apercevons que la génération des 15 – 25 ans disparaît des radars médiatiques traditionnels, c’est-à-dire qu’ils ne regardent plus la télé, ne lisent plus le journal. Ils fonctionnent par agrégat d’informations qu’ils collectent sur les réseaux sociaux et sur internet. Du coup, nous nous sommes dit qu’à terme, nous qui sommes très médiatisés traditionnellement, on finirait par être perdus de vue par cette génération » précise Paul Rondin, le directeur délégué du festival.

Une labellisation French Tech Culture

« [...] La culture doit être considérée comme un moteur économique »,  Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon

La French Tech Culture

Mais à ce constat initial s’en ajoute un autre, celui que la réciproque est sans doute également vraie et que les événements culturels offrent une véritable opportunité de développement à l’économe numérique. « Il s’agit de ne plus dissocier le monde de la culture du monde de l’entreprise. Le numérique et le théâtre sont aujourd’hui très liés. La scène a été un lieu d’expérimentation important, à la fois technique et social, et la culture doit être considérée comme un moteur économique », affirmait sans détour Olivier Py fin 2014, alors que l’agglomération du Grand Avignon lançait sa candidature à l’obtention du label French Tech. Car c’est sur cette labellisation que tout cela finira par déboucher un an plus tard, une distinction qui ne doit rien au hasard.

Le label French Tech Culture traduit en effet l’engagement des acteurs de tout un territoire, dont les frontières ont depuis été repoussées bien au-delà d’Avignon, pour s’étendre notamment vers Arles et Nîmes autres cités de culture et de festivals. Fondée en 2013 par le directeur du Festival d’Avignon, par celui de Capgemini Paul Hermelin et, par Emmanuel Ethis, alors président de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse (UAPV) dont l’un des axes majeurs de recherche est la culture numérique, l’association Culture Tech servira de support au montage du dossier de candidature. Elle est aussi au point de départ de la création de la SAS The Bridge, l’accélérateur créé en 2015 pour accompagner les startups s’inscrivant dans les thématiques proposées par la French Tech Culture. Des thématiques qui ont pour fil rouge « vivre, enrichir et prolonger l’expérience ». L’action de The Bridge se focalise autour de deux activités principales. Les entreprises sélectionnées lors des appels à projets lancés par l’accélérateur, bénéficient d’un programme d’accélération avec notamment l’appui de Microsoft, d’Orange et de Crédit Agricole, tous trois actionnaires de la SAS.

Des fleuristes de l’innovation

Théâtre in Paris
L’autre événement majeur, c’est bien sûr le living lab qui se déroule durant le Festival et dont ça aura été cette année la deuxième édition. C’est l’occasion pour les startups retenues d’éprouver leurs innovations dans des conditions réelles et de les faire connaître. « Nous ne sommes pas une pépinière, mais si on veut filer la métaphore, je dirais que nous sommes des fleuristes. Nous ne faisons pas germer les fleurs, nous les vendons », aime à répéter Jean-François Césarini.
Theatre in Paris aura été une des toutes premières startups à bénéficier de ce dispositif en 2015. D’abord spécialisée dans le surtitrage projeté au-dessus du front de scène, elle a étrenné en première mondiale l’année dernière à Avignon ses lunettes de réalité augmentée connectée, permettant de présenter le surtitrage sous les yeux de la personne qui les porte sans pour autant impacter sa vision du spectacle. C’était à l’occasion de la première du Roi Lear, dans la Cour d’honneur. Theatre in Paris a développé une application logicielle qui permet de surtitrer n’importe quel spectacle en diverses langues, cela lui a valu cette année un Grand prix de l’innovation numérique de Bpifrance.

Un service innovant pour le public

On l’aura compris, dès lors qu’on parle de numérique avec la French Tech Culture, il ne s’agit pas de création artistique numérique, mais de service apporté au public. To see or not to see a développé en 2015 une première version de son application dont la V2 a pu être présentée cette année. Cette application gratuite de bouche-à-oreille permet au festivalier de noter les spectacles, mais aussi de dessiner son profil qui aidera l’application à lui indiquer des spectacles pouvant le mieux correspondre à ses goûts. La nouvelle version testée cette année organise le planning idéal du festivalier, en fonction des priorités qu’il a indiquées, des événements auxquels il souhaite assister durant son séjour et, propose aussi un service de billetterie. En 2015 pour une première à Avignon 4 000 personnes ont téléchargé l’application. Le Festival aura été un tremplin permettant à la jeune entreprise d’afficher cette année de nouvelles références avec le Festival des Suds à Arles, le Festival Résonance à Avignon également, ou encore le festival de théâtre itinérant Villeneuve en scène dans le Vaucluse. To see or not to see a bénéficié d’une bourse French Tech.

Le Roi Lear mis en scène par Olivier Py en 2015 dans la Cour d’honneur ©Deboom/Naja

Le Roi Lear mis en scène par Olivier Py en 2015 dans la Cour d’honneur ©Deboom/Naja

La palette des domaines d’intervention des entreprises innovantes accélérées par The Bridge ne s’arrête pas là. Product-Air a ainsi pu bénéficier d’un accompagnement en 2015 avec une participation au living lab. L’entreprise vauclusienne est dédiée à la production audiovisuelle, avec une spécialisation dans les captations aériennes par drone. Un travail qu’elle réalise avec un regard sensiblement artistique qui a suscité l’intérêt de grandes chaines de télévision. Ainsi, la diffusion du Roi Lear par France 2 en 2015 a-t-elle été précédée par des images insolites d’une Cour d’honneur bondée avant le spectacle. De même, une interview du metteur en scène Thomas Ostermeier sur Arte, réalisée sur le pont d’Avignon, a-t-elle été accompagnée d’images aériennes du célèbre ouvrage, prises sous des angles jamais vus auparavant.

"Il faut dire aux décideurs publics que la culture c’est de l’économie. Quand on met de l’argent dans la culture, ça rapporte, ça créée de la richesse et de l’emploi" Jean-François Césarini

Culture et tourisme culturel

Les événements culturels sont aussi générateurs d’une forte activité touristique. Il est logique que les solutions permettant de valoriser l’offre touristique et culturelle, intéressent aussi la French Tech Culture et The Bridge. L’accélérateur s’est penché sur le cas de Waynote, jeune entreprise des Alpes-Maritimes qui a développé une application pour mobile délivrant en temps réel sur les systèmes audio des automobiles tout au long de leur parcours sur l’autoroute, des notes audio avec des informations sur les paysages traversés, les centres d’intérêt touristique à proximité, les événements ou encore les bons plans pour faire une halte.
Quelques exemples qui prouvent que les promoteurs de la French Tech Culture se sont d’ores et déjà installés dans le paysage en conciliant ce qui semblait ne pas pouvoir l’être, culture et business. « Il faut dire aux décideurs publics que la culture c’est de l’économie. Quand on met de l’argent dans la culture, ça rapporte, ça créée de la richesse et de l’emploi. Il faut aussi expliquer aux artistes que ce n’est pas grave si on se vend autrement, si on produit autrement, si on diffuse autrement, ce que permettent toutes ces nouvelles technologies sans pour autant impacter leur art », souligne Jean-François Césarini. Le décloisonnement entre art et économie, Paul Rondin en est lui aussi un fervent partisan. « C’est une banalité de dire ça, mais aujourd’hui qu’est-ce qui ressemble le plus à une compagnie de théâtre en matière d’innovation, de recherche et de créativité, si ce n’est une startup du numérique », affirme le directeur délégué du Festival. Rien d’étonnant alors à ce que les deux mondes se rencontrent.

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