Cinq ans après son lancement, les activités du fonds destiné à soutenir les sociétés à fort potentiel de croissance et nécessitant des montants élevés de capitaux ont permis de passer un premier cap. Pas question, cependant, de s'arrêter en si bon chemin. Le but est de contribuer à doubler le nombre de licornes françaises à horizon 2023.

« A l'époque, le sujet était la 'vallée de la mort' », se souvient Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. Et c'est pour épauler les startups en forte accélération pendant cette période délicate au cours de laquelle le financement additionnel se fait rare, une fois la première injection de capitaux faite mais avant que les produits ne génèrent des revenus, que Bpifrance a décidé d'agir. En y mettant les moyens, puisque le fonds, lancé en 2013 et baptisé Large Venture, a été initialement doté de 600 millions d'euros. Le but ? Donner le signal aux entrepreneurs français qu’il existait des moyens en France pour accompagner les entreprises Tech à fort potentiel, quel que soit leur domaine, pour lever plus de 20 millions d'euros.

Ces gros tours de table ont beaucoup progressé sur la période. Alors qu'en 2013, quatre sociétés seulement avaient réalisé des levées supérieures à 20 millions d'euros, ce sont plus de 30 sociétés qui ont réussi à le faire sur les neuf premiers mois de l'année 2018, pour un total de 1,4 milliard d'euros. En outre, le nombre de levées de fonds supérieures à 40 millions d'euros a plus que triplé entre 2016 et 2018. Autant dire que l'action de Bpifrance a stimulé d'autres capital-risqueurs à agir  via ses équipes de Fonds de Fonds. Et c'était bien le but. « Nous avons créé le désir sur la Place », se réjouit à cet égard Nicolas Dufourcq, pour s'empresser d'ajouter : « Nous ne sommes pas encore arrivés à nos fins ».

Créer un écosystème


L'objectif, en effet, est d'inciter les venture managers à lever des fonds de taille plus importante pour avoir les moyens d’accompagner les ambitions des entrepreneurs. « Il faut encore cinq à six fonds de plus d'un milliard d'euros » pour réellement créer un écosystème vigoureux, précise Nicolas Dufourcq. Si Large Venture affiche aujourd'hui un portefeuille équilibré de 32 sociétés (sur les 37 investissements réalisés, comprenant des cessions), cela ne va pas s'arrêter là. De 600 millions d'euros, la taille du fonds a été portée en 2017 à 1 milliard d'euros. Compte tenu des montants déjà investis (600 M€) et des cessions réalisées, sa capacité d'investissement est aujourd’hui de 500 millions d'euros. « Du capital patient et structurant », comme l'a souligné Maïlys Ferrère, Directrice du Fonds Large Venture. 

"Sans investisseurs de long terme,[...], nous ne serions pas là pour lutter contre le cancer". Elsy Boglioli, vice-présidente exécutive de Cellectis

Et certains bénéficiaires étaient venus, à l'occasion de cet anniversaire, témoigner de l'intérêt vital qu'ont représenté Bpifrance et d'autres fonds du même type pour leur société. « Les expérimentations prennent beaucoup de temps, a ainsi précisé Elsy Boglioli, vice-présidente exécutive de Cellectis, une société biopharmaceutique spécialisée dans le développement d'immunothérapies. Sans investisseurs de long terme, sans partenaires qui jouent un rôle de validation auprès d'autres partenaires et d'investisseurs, nous ne serions pas là pour lutter contre le cancer. » Même son de cloche chez Hervé Brailly, cofondateur de la société Innate Pharma, qui travaille dans le même domaine. « Nous avons démarré en 2000 et nous avons trouvé des investisseurs en capital risque pour qui le mot 'risque' n'était pas tabou», se félicite-t-il. Puis, une introduction en bourse trop rapide, le retrait d'un partenaire industriel, l'échec d'un produit, sans oublier la crise de 2008-2009, ont semé le parcours d'embûches. « Enfin, Bpifrance est intervenu, de façon totalement contracyclique ! » déclare-t-il. Renforcée, la société peut désormais poursuivre son chemin vers le succès international.

La priorité Deep Tech

Autre domaine de prédilection pour Bpifrance, la deep tech. Là encore, difficile de lever des fonds, d'autant plus qu'il en faut beaucoup pour réaliser certains projets. Certaines sociétés, comme Sigfox ou Parrot, sont connues pour leur ambition internationale. Mais lors de la réunion anniversaire des cinq ans du fonds Large Ventures, c'est Isorg qui a fait l'actualité. Le jour même, la société, fondée en 2010 et spécialisée dans la technologie des capteurs d'image imprimés, a annoncé avoir levé 24 millions d’euros auprès de New Science Ventures et de Bpifrance, ainsi qu'auprès de ses investisseurs historiques, Sofimac Innovation, CEA Investissement et Dynalim, pour accélérer l’industrialisation de sa technologie, dans son usine à Limoges - « la seule au monde à le faire ! », a précisé Jean-Yves Gomez, PDG et cofondateur de la société, et espérer franchir la barre des 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022. De l'innovation, mais aussi une commercialisation qui devrait intervenir dans le monde entier, sans oublier la création d'emplois. Bref, il s'agit, pour Isorg comme pour d'autres sociétés épaulées par le capital-risque, de passer du statut de start-up à celui d'ETI en passant peut être par celui de licorne. « Nous avons mis deux ans pour faire le prototype, en partenariat avec le CEA, relève Jean-Yves Gomez, et Bpifrance a cru en ce qu'on faisait ».

Création de valeur

Pour Yves Sisteron, managing partner de Upfront Ventures, lancé en 1995 à Los Angeles, « la plus grande création de valeur intervient une fois le cap des 100 millions d'euros de chiffre d'affaires passé ». Autant dire qu'il faut des partenaires financiers patients... «Et le rôle de Bpifrance dans ce domaine est crucial », insiste-t-il. Si Nicolas Dufourcq demande à ce que les spécialistes du capital risque de la Place prêtent main forte, il aura apprécié l'initiative de Sofinnova Partners, lancée en avril dernier : la création d'un fonds de 275 millions d'euros, Sofinnova Crossover, dont le but est précisément d'investir dans les sociétés européennes spécialisées en sciences de la vie et leur permettre de faire ce « crossover », pour traverser sans encombre la fameuse vallée de la mort. Cédric Moreau, du fonds Sofinnova Crossover, veut également « syndiquer, autrement dit, chercher d'autres investisseurs pour rejoindre le fonds dans certaines opérations ». De quoi concrétiser un peu plus le rêve de Nicolas Dufourcq, celui d'avoir un véritable écosystème de capital-risqueurs en France.

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