Proches géographiquement comme linguistiquement, les pays nord-africains ne manquent pas d’atouts pour séduire les PME hexagonales. Point sur les défis et les avantages des marchés marocain, algérien et tunisien.  

Maroc : un éventail d’opportunités

Première terre d’accueil des IDE1 français sur le continent africain, ce pays d’environ 35 millions d’habitants recèle tout un éventail d’opportunités. Avec une économie ouverte à l’international et forte de plusieurs accords de libre-échange, notamment avec l’Union européenne et les Etats-Unis, il ambitionne aujourd’hui de devenir un hub vers les marchés africains.

Depuis plus d’une décennie, le Maroc s’est lancé dans une vaste stratégie de modernisation. Cela en améliorant son climat des affaires (il a grimpé à la 60e place dans le classement Doing Business 2019) mais aussi en engageant une série de plans de développement. Ainsi, des écosystèmes automobile et aéronautique aux énergies renouvelables, en passant par les infrastructures, sans oublier l’agroalimentaire ou encore la digitalisation de l’économie… les opportunités d’affaires abondent. Et de nombreuses pépites tricolores réussissent déjà dans le pays, comme la société de conseil 42 Consulting ou le spécialiste des visites virtuelles d'habitations  Realiz3D.

Pour autant, il faut garder en tête que les entreprises doivent affronter une forte concurrence, notamment espagnole, italienne, turque et chinoise. Autre paramètre à prendre en compte, la longueur des délais de paiement : selon Coface, en 2017, ceux-ci étaient en moyenne de 99 jours. Pour y faire face, l’entreprise doit avoir « les reins financièrement solides », prévient Charafa Chebani, directrice du pôle CFCIM2 -Business France. « Il faut l’intégrer dans son business plan », précise-t-elle. Enfin, l’une des clés de base reste l’importance dans les affaires de la relation humaine et de la confiance. « Il faut venir, rencontrer des personnes, passer du temps avec elles, les revoir et entretenir la relation », explique Laurent Dupuch, président du comité Maroc du CNCCEF3.

Algérie : un marché vierge

A deux heures de vol de Paris, l’Algérie est la 4e économie du continent. Mais sur ce marché de plus de 40 millions d’habitants, le parcours n’est pas sans embûches. Avec la chute des prix du pétrole en 2014, le déficit de ce pays riche en hydrocarbures s’est aggravé. Les autorités cherchent donc à favoriser la production locale et ont récemment interdit près de 900 produits à l’importation, allant des pièces mécaniques aux denrées alimentaires. Autre frein à prendre en considération : la règle du 51-49 %, exigeant un partenaire algérien à hauteur de 51 % pour tout investissement dans le pays. La longueur des délais de paiement ne doit également pas être oubliée.

« Les difficultés sont réelles, mais c’est un marché vierge », souligne Michel Bisac, président de la section Algérie du CNCCEF, « où tout reste à faire ». Agroalimentaire, nouvelles technologies, sous-traitance automobile, énergies renouvelables, services… sont autant de domaines potentiellement porteurs pour les PME ou les ETI  qui ont l’habitude de l’international. L’idéal pour elles étant de venir, selon lui, dans le sillage des grandes entreprises, notamment dans le secteur automobile. Autre clé, « il faut être attentif au choix du partenaire et se faire accompagner » par des organismes tels que Business France, les chambres de commerce ou les conseillers au commerce extérieur. Enfin, « il faut venir avec un fonds de roulement suffisant», précise cet expert. Un marché qui exige en somme de la patience et de la résistance, ainsi qu’une bonne connaissance du pays.

Tunisie : vers la reprise

Longtemps considérée comme une success-story africaine, la Tunisie a dû faire face ces dernières années à plusieurs chocs, dont la révolution de janvier 2011 et les attentats de 2015 qui ont fait plonger le tourisme. Mais la croissance se renforce (environ 3 % en 2018), le tourisme redémarre et l’investissement montre des premiers signes de reprise, notait le FMI4 fin 2017.

Les atouts ne manquent pas dans ce pays qui cherche à attirer des investisseurs étrangers : 11 millions de consommateurs, une main d’œuvre qualifiée et compétitive, une porte d’entrée vers d’autres pays africains… Les secteurs porteurs non plus : les services aux entreprises et ce, au-delà des traditionnels centres d’appels, la santé, l’agroalimentaire, les infrastructures, le numérique, sans oublier les énergies renouvelables, censées atteindre 30 % du mix énergétique à l’horizon 2030.

Les conseils ? « Ce n’est pas parce que c’est un pays francophone que l’on peut tout faire à distance », prévient Olivier Pradet, directeur de Business France Tunisie, en recommandant de bien étudier le marché et de rencontrer l’écosystème. D’autant que certains secteurs sont soumis à des restrictions. Ainsi, deux régimes d’investissement sont à distinguer : onshore, si la société souhaite servir le marché interne, ou offshore, si plus de 70 % de ses produits/services sont destinés à l’export. Par ailleurs, « tout investissement doit être enregistré auprès de la banque centrale », rappelle-t-il. Se faire appuyer par un cabinet d’avocats, s’insérer dans les réseaux professionnels… sont autant de clés pour réussir sur ce marché où prospèrent déjà de nombreuses entreprises hexagonales, à l’image de Talan, une ETI spécialiste des data.

1IDE : Investissement direct à l’étranger; 2CFCIM : Chambre Française de Commerce et d’Industrie au Maroc; 3CNCCEF : Comité national des conseillers aux commerce extérieur de la France; 4Fonds monétaire international.

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