Manuel Davy, ambassadeur de la Deeptech : « Il faut des passeurs et j'espère en être un ! »

Ingénieur de formation, chercheur pionnier dans le machine learning et fondateur de la société Vekia, Manuel Davy rêve de faire tomber les barrières entre recherche et monde économique. Il est l'ambassadeur de l'étape du Deeptech Tour de Lille qui aura lieu ce mercredi. Rencontre.  

« Je suis convaincu que la Deeptech représente l'un des plus puissants leviers de leadership de l'économie française pour les années à venir, en particulier dans les Hauts-de-France. ». Manuel Davy s’est engagé dans la promotion de la Deeptech en France. Cet ingénieur et chercheur spécialisé dans l’apprentissage automatique a fondé Vekia en 2008.  Spécialisée dans l’édition de solutions supply chain en mode SaaS, la startup lilloise développe des logiciels basés sur des algorithmes d’intelligence artificielle. Elle est aujourd’hui l’un des leaders du “machine learning”.  

Bpifrance : Pourquoi avoir accepté de devenir un ambassadeur de la Deeptech dans votre région ? 

Manuel Davy : Aujourd'hui, j'ai envie de sensibiliser les chercheurs, qui sont les mieux placés pour développer de la Deeptech. Il faut qu'ils sachent que c'est un parcours passionnant, une autre façon de faire de la recherche, qui enrichit tout autant les savoirs. 

B: Vous avez été chercheur pendant une dizaine d'années, l'un des premiers à vous intéresser de près au machine learning à la fin des années 1990. Quand avez-vous eu envie de créer votre entreprise ? 

M.D :  Depuis toujours ! Si j'ai fait une thèse après être sorti de Centrale Nantes, c'est que je voulais d'abord devenir un expert. J'avais le sentiment de ne pas avoir assez approfondi mes connaissances en école d'ingénieurs. Grâce à ma thèse, j'ai été recruté à l'université de Cambridge, puis j'ai atterri à Lille au sein de l'Inria (Institut national de recherche dédié aux sciences du numérique). Je savais que je créerais un jour ma société. En tant que chercheur, même quand vous publiez dans des publications de haut niveau, parfois ça ne suffit pas. C'était mon cas

B : Comment passe-t-on de la recherche à l’entrepreneuriat ? 

En tant que chercheur, je ne me suis jamais contenté de mes travaux en laboratoire. Je me suis déplacé sur site, dans les usines, pour obtenir des data. Dans les années 2000, j'ai signé des contrats de recherche avec des entreprises. J'ai eu également la chance d'intervenir en tant qu'expert auprès de la Commission européenne. Dans un premier temps, j'ai créé une société de conseil individuelle, puis, en 2008, j'ai fondé Vekia. 

B : Le fruit de plusieurs années de maturation... 

Je suis un animal à digestion lente ! Mais une fois que je me lance, je connais bien les sujets. Bien sûr, en tant que chercheur, franchir le pas, c'est toujours un saut dans l'inconnu. Et aux yeux de la plupart des autres chercheurs, vous sortez de la communauté scientifique. Les frontières entre les deux mondes sont encore très marquées. 

B : Comment, justement, renforcer les liens entre entreprise et recherche ? 

Il faut des passeurs et j'espère en être un. Créer des ponts me passionne. Dans mon entreprise, commerciaux et chercheurs se côtoient. Nous sommes parvenus à créer les conditions favorables à cette rencontre. Même si les choses avancent, il existe toujours en France une incompréhension mutuelle entre le monde de l'entreprise et celui de la recherche. Mais ce n'est pas une fatalité. Dans d'autres pays, un grand nombre de dirigeants sont titulaires de PhD et l'entreprise est vue comme une voie naturelle d'évolution. Je crois que les entreprises françaises devraient recruter davantage de Bac+8 ! 

B : Que dites-vous aux chercheurs tentés par la création d'entreprise ? 

Ayez confiance en vous ! Les métiers de la recherche forment très bien au métier de d'entrepreneur. Créer une entreprise nécessite des compétences d'analyse et de compréhension que les chercheurs possèdent. En revanche, acceptez le fait que vous n'êtes pas compétent en management humain et qu'il faut vous former. Enfin, capables d'apporter l'indispensable composante business à votre projet. Cela évite de créer des boîtes de chercheurs ou d'ingénieurs qui ne sortent jamais aucun produit ! 

Deeptech Tour 

Depuis le mois de septembre, Bpifrance part à la rencontre des chercheurs et des doctorants afin de créer des ponts entre le monde de la recherche et celui de l'entrepreneuriat. 

Prochaines étapes : 

Lille : 11 décembre
Montpellier : 9 janvier 2020

Et en attendant les prochaines étapes de cette tournée des campus, revivez en vidéo la 4e édition du Deeptech Tour à Nancy :
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