Alain Taïeb et Cédric Castro, les dirigeants de l’ETI familiale Mobilitas, spécialiste du déménagement et de l’archivage dans le monde, reviennent sur leur gestion de la crise du Covid-19.

Toujours debout. Fondée en 1974, l’ETI familiale Mobilitas spécialisée dans le déménagement, l'archivage et le stockage est aujourd’hui présente dans 96 pays et compte pas moins de 4 500 collaborateurs. Après la crise internationale qui a immobilisé une grande partie de la population mondiale et freiné son activité basée sur la mobilité, l’ «ETI française patrimoniale doté d’un ADN international », ainsi qu’aime la décrire Alain Taïeb, compte bien se relever, grâce à l’engagement de tous ses salariés. Retour d'expérience avec Alain Taïeb, président du conseil de surveillance et Cédric Castro, président du directoire du groupe. 

Comment se portait Mobilitas avant le déclenchement de cette crise mondiale ?

Cédric Castro. Nous avons fini 2019 et démarré 2020 avec une belle augmentation de notre chiffre d’affaires et de la demande, ce qui présageait, avant la crise, de bonnes performances pour 2020 et 2021.

A quel moment avez-vous compris que ce virus allait impacter votre activité ?

Alain Taïeb. Au début, nous étions inquiets pour notre réseau en Asie et principalement pour nos filiales en Chine, dont les performances étaient en baisse de 60 % sur les premiers mois de 2020. Mais très rapidement, nous avons réalisé que ce virus était en train de se répandre comme une traînée de poudre et que les dommages pouvaient être considérables sur nos activités que sont le déménagement, la mobilité internationale, et l’archivage (dont des ateliers de numérisation).
 
Cédric Castro. En effet, en février, nous avons commencé à observer une baisse significative de notre chiffre d’affaires, notamment sur nos filiales chinoises. Dès le début du mois de mars, quand les tendances pressenties étaient aux restrictions de circulation et aux fermetures de frontières, nous avons organisé des réunions de crise afin d’identifier ce que nous devions faire à l’échelle de certains pays et mettre en place des solutions pour traverser cette période difficile, dont on ne connaissait pas encore l’ampleur ni la durée.

Justement, quelles sont les premières mesures d’urgence que vous avez prises ?

Cédric Castro. C’était assez variable en fonction des pays. Pour commencer, nous avons intensifié le télétravail dans nos filiales pour le personnel administratif. Afin de faire face à la baisse de notre activité, nous avons fait appel au dispositif de chômage partiel, quand il était disponible, ou mis en place la prise de congés par anticipation.
Nous avons aussi instauré un plan de continuation d’activité, afin que toutes nos structures puissent rester ouvertes et servir nos clients malgré la crise.
En tant qu’entreprise familiale, le plus important était de protéger nos salariés et leurs familles en assurant le paiement de 100 % de leurs salaires pendant toute la durée de cette crise.

Avez-vous bénéficié d’aides afin de respecter cet engagement ?

Cédric Castro. Oui tout à fait. Nous avons eu la chance de bénéficier assez facilement du décalage des échéances de remboursement sur nos prêts contractés auprès de banques françaises, dont Bpifrance. Nous avons aussi décidé de bénéficier du décalage du paiement de l’impôt sur les sociétés et des cotisations sociales. En parallèle, nous avons monté très rapidement notre dossier auprès de Bpifrance pour bénéficier du Prêt Atout, et nous avons fait toutes les démarches avec nos partenaires bancaires pour effectuer des demandes de PGE sur quelques structures françaises.
 
Alain Taïeb. Certes, les chefs d’entreprise sont conscients que la plus grande majorité de ces « aides » sont des prêts qu’il faudra rembourser dans le futur. Mais nous croyons dans ce futur, dans « notre futur » et nous amortirons ces prêts sur nos performances à venir avec force et confiance.

Et dans les autres pays où vous êtes implantés ?

Cédric Castro. Dans certains pays, essentiellement en Europe de l’Ouest, des dispositifs similaires existent. Nous avons ainsi bénéficié d’aides en Angleterre, aux Pays-Bas, en Belgique, en Suisse ou encore en Espagne.
Pour d’autres pays, notamment sur les continents asiatique et africain, les dispositifs étaient quasiment inexistants. C’est donc sur ces continents que nous avons convenu avec nos équipes la prise maximale de congés par anticipation.

De quoi tenir en attendant la reprise ?

Alain Taïeb. On a beau être une entreprise familiale solide qui a un demi-siècle d’existence, nous ne connaissions pas notre point de rupture. Avec 14 millions d’euros de frais fixes tous les mois, un arrêt total était impensable. Heureusement, nos activités ont tourné en mode dégradé, ce qui nous a permis d’amortir les effets de la crise. Nous avons perdu 30 % de notre chiffre d’affaires en mars et 42 % en avril. Entre les aides et les économies réalisées, nous avons pu limiter les dégâts. Mais l’année 2020 sera une année qui affichera une perte historique pour notre groupe, perte, mot que nous n’avons jamais connu en 46 ans d’existence.

Comment avez-vous réussi à garder le lien avec vos salariés pendant cette période ?

Alain Taïeb. Dès le premier jour, nous avons envoyé une lettre à nos 4 500 salariés, en leur affirmant que nous protégerions tout le monde. Ceux qui n’avaient pas d’email l’ont reçue en main propre. La communication a été fondamentale. Cela a resserré les liens avec les salariés du groupe, et nous a aidé à traverser la crise malgré des moments difficiles ou de questionnements. Il faut rappeler que le groupe est composé de personnels administratifs capables de travailler à distance mais aussi de salariés techniques qui n’avaient aucun autre moyen de travailler pendant les périodes de confinement.
Je tiens d’ailleurs à rendre un hommage chaleureux à ces personnels techniques, « nos cols bleus », qui ont répondu présent dès que l’entreprise a eu besoin d’eux pour aider les familles de nos clients qui se sont retrouvés dans des situations précaires, dans des maisons vides, sans aucun mobilier.
 
Cédric Castro. Nous sommes présents dans 96 pays, avec plus de 150 filiales. Il était donc important de soutenir nos managers et d’intensifier le dialogue avec nos collaborateurs, de trouver les meilleures solutions pour travailler pendant la crise quand cela était autorisé. Tout le monde a adhéré à la politique de l’entreprise décidée début mars. Tous ont œuvré dans ce sens et nos managers étaient sur le pont en permanence pour relayer voire amplifier notre message.

Quelles leçons tirez-vous de cette crise ?

Alain Taïeb. Côté salarié, on sent une demande forte de télétravail, qu’il va falloir manager différemment. Cette tendance existait déjà mais elle va s’amplifier, ce qui, je crois, n’est pas forcément positif. Le lien social et la culture d’entreprise ne se créent pas derrière un écran d’ordinateur ! Mais, pour rester optimiste, je pense qu’il y aura plus de cohésion et adhésion aux entreprises. Du moins, ceux qui ont traversé cette épreuve dans des entreprises familiales comme la nôtre seront reconnaissants et encore plus fidèles.

Et côté business ?

Alain Taïeb. Cette crise va profondément modifier notre façon de faire de l’international. La mobilité, qui est notre cœur de métier, va surement connaitre un ralentissement. Les gens ne vont plus bouger ou se projeter à l’autre bout de la planète aussi facilement qu’avant. Cette épreuve économique va secouer beaucoup d’activités. Seuls les plus forts et les plus compétents vont survivre. Il y aura donc un rétrécissement du marché ainsi que du nombre d’acteurs. Et j’ai la prétention de croire que nous allons rester parmi ces acteurs.

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