Le week-end dernier, le règlement général sur la protection des données (RGPD) a soufflé sa première bougie. Guillaume Champeau, directeur Ethique & Affaires Juridiques de Qwant dresse le bilan. [Interview]

« Qwant a été créé trois ans avant le vote du RGPD ». Eric Léandri, président du moteur de recherche « qui respecte votre vie privée » ne s’était pas trompé. « Il était évident que le marché européen du numérique se tournerait vers des solutions qui respectent réellement la vie privée des utilisateurs. C’est fondamentalement dans les valeurs de l'Europe et les attentes de ses citoyens. L'adoption du RGPD nous a confirmé que c'était une attente forte ». Guillaume Champeau, directeur Ethique & Affaires Juridiques de Qwant nous répond sur la mise en application du règlement. 

Bpifrance : Un an après la mise en place du RGPD, quel constat doit-on faire ?  

Guillaume Champeau : Que ça n’a pas été une si grande révolution.
Fondamentalement, le règlement n’a pas changé grand-chose sur les grands principes du droit de traitement de la donnée. En France, il y avait déjà la CNIL qui était en charge de veiller à la protection des données.

B : Chez Qwant, quel impact a-t-il eu ?

Là non plus, il n’y a pas eu de bouleversement majeur. Même avant le RGPD, nous ne collections pas les données. Mais, pour être en règle comme toutes les entreprises, il a tout de même fallu nommer un DPO, en l’occurrence c’est une DPO !
On a également veillé à avoir un registre de traitement des données personnelles qui soit le plus exhaustif possible, avec un historique de la traçabilité pour savoir d’où viennent les données que l’on a. Par exemple, les fichiers que les commerciaux détiennent sur les partenaires. Mais vu notre spécificité, tout a été beaucoup plus simple.

B : Et à plus grande échelle, quels changements pour les entreprises ?

Il y a évidemment des nouveautés, si on peut appeler ça ainsi. Avant le RGPD, il y avait un formalisme à remplir avec la CNIL par exemple. Désormais, tout ce que vous faites au sein de votre entreprise est piloté par votre DPO. C’est à l’entreprise de s’imposer des règles, de s’autoréguler si elle ne veut pas être sanctionnée.
D’ailleurs, du côté des sanctions, on peut dire qu’il y a eu du nouveau ! Avant, vous risquiez 150.000€ d’amende si vous transgressiez les règles. Aujourd’hui, les entreprises qui ne respectent pas le RGPD encourent jusqu’à une amende de 4% de leur chiffre d’affaires.
Ça oblige les GAFA à se mettre en règle, même si l’amende de 50 M€ dont Google a écopé en janvier dernier reste dérisoire.

B : Vous pensez que les géants de la Silicon Valley vont se plier aux règles ?

Ils n’ont pas le choix ! D’ailleurs, la protection des données est même devenue un argument marketing pour eux. Il suffit d’écouter leurs conférences. Le mot « privacy » est matraqué.
Google a récemment fait des annonces de modification de ses produits qui permettent de mieux respecter les données. Même s’ils sont loin des promesses de Qwant, on observe une sorte d’influence internationale qui part de l’Europe via le RGPD.

B : Pourtant, Google peut se targuer de capter plus de 90% des requêtes sur les moteurs de recherche…

Google n’est pas juste un moteur de recherche sur ordinateur. C’est également un moteur de recherche sur mobile. Un constructeur qui souhaite installer Android sur ses téléphones est presque obligé d’ajouter Google en moteur de recherche par exemple. Impossible pour les petits de se faire une place. Il y a eu une condamnation de la commission européenne mais dans les faits, il est en telle position de dominance qu’on aurait presque pu parler de monopole.

B : Mais petit à petit, Qwant défie Google et grapille des parts de marché …

Oui ! Aujourd’hui on aspire environ 8% de parts de marché en France. (ndlr : source Médiamétrie) C’est toujours 8% pillés à Google ! On a des clients comme BNP Paribas, La Caisse d’Épargne, Thalès… Les grands groupes, notamment les industriels, ont compris qu’il fallait se saisir du sujet car la protection de la donnée est devenue un enjeu majeur, d’un point de vue économique, mais aussi d’un point de vue éthique.

B : Quelle stratégie allez-vous mettre en place pour continuer de vous faire une place ?

On va évidemment continuer à améliorer notre moteur de recherche. On vient notamment de signer un partenariat avec Microsoft que l’on a annoncé sur Viva Tech. C’est ce qui va nous permettre de faire de l’indexation beaucoup plus en profondeur, plus rapidement et avec une puissance d’analyse dont on ne disposait pas avec nos serveurs.
Sur Viva Technology, Cédric O, (secrétaire d’État chargé du numérique) a également demandé à toutes les DSI des administrations françaises d’utiliser Qwant, ce qui représente environ 4 millions de postes… C’est plutôt une bonne nouvelle !

B : En parallèle, vous réfléchissez à de nouveaux services pour concurrencer Google ?

Bien sûr. On est en train de développer une cartographie, le « google map » de Qwant. On a également une forte demande sur les mails, mais qui dit mail dit collecte de données… Qwant a réussi à s’installer comme une marque de confiance, les internautes savent qu’on ne va pas aller fouiller, mais il faut quand même qu’on y réfléchisse sérieusement si on veut se lancer sur ce créneau.

B : Avec de tels projets, vous devez avoir de belles ambitions pour 2020 ?

Effectivement ! On espère atteindre 15 % à 20 % de parts de marché en France et 10 à 15 % en Europe. Objectif : continuer de grapiller des parts de marché à Google et s’imposer comme réelle alternative.

Le mot du Président :

« Qwant est devenu une référence pour la privacy et nous gagnons chaque mois 20 % d'utilisateurs. Nos concurrents auront beaucoup plus de difficulté à se mettre réellement en conformité avec le RGPD et plus encore à aller aussi loin que nous dans les engagements », Éric Léandri, président de Qwant.

Qwant en chiffres

8 % de croissance par semaine

100 millions de visiteurs (Avril 2019)

18 milliards de requêtes en 2018

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