Bpifrance, partenaire du sport collectif français

Et si on réinventait le monde du sport ?

La Covid-19 remet en question le fonctionnement des clubs, fédérations et acteurs du monde sportif. Ce moment inédit est l’occasion de bâtir un nouveau modèle.

C’est un coup de sifflet que la Covid-19 a donné au monde du sport. Mais le temps de la réflexion offert par cette période unique, si particulière, pourrait s'avérer bénéfique. Tous les acteurs du sport ont dû trouver les possibles leviers d’action à leur disposition pour faire avancer des idées, consolider un projet, inventer un nouvel avenir. Plusieurs présidents du réseau Bpifrance Excellence proposent des idées nouvelles pour imaginer ce nouveau monde du sport français. Un monde dans lequel il tient une place de premier choix. Avec l’opportunité rêvée d’améliorer son fonctionnement, qu’il soit professionnel ou amateur. Comment réinventer le monde du sport ? Nos acteurs prennent la parole.

Faire pénétrer le sport dans toutes les sphères de la société

Thierry Rose, président du Nantes Rezé Métropole Volley
« Le monde du sport a clairement un rôle à jouer au cœur de la société. Et pas simplement dans sa fonction « classique » de simple activité sportive. Je pense qu’il y a la possibilité de s’intégrer encore plus dans un rôle social et sociétal. Nous devons renforcer nos liens avec les collectivités territoriales, avec les équipes municipales, avec les institutions. La période que nous vivons nous incite à penser différemment notre mode de vie, avec des nouvelles règles. Je pense à un travail de fond avec les écoles et les associations, pour faire découvrir nos disciplines et intégrer pleinement la pratique sportive dans notre quotidien. Nous devons mieux utiliser les outils et les infrastructures de notre pays afin de redonner au sport une place encore plus importante. Nous devons être dans les quartiers, pas seulement les plus « difficiles ». Il faut proposer d’avantage d’initiation, d’occasions de découvrir le sport. Cet été, les gens ont été privés d’événements majeurs, qui génèrent énormément d’émotion, qui réunit les familles, les voisins, les collègues, les amis. L’Euro, le Tour de France, les Jeux Olympiques. On a pu mesurer à quel point c’est important dans notre vie, que ce vecteur d’émotion est précieux. Il faut continuer à faire rêver, avec ces grands événements, par l’intermédiaire du sport professionnel. Mais il faut aussi, et surtout, installer le sport au quotidien. Pour les familles, pour toutes les générations. Le sport santé doit être une priorité. Comme le bien-être au travail. La maîtrise du corps, la gestion du stress, des émotions, la nutrition… Tout ce que nos joueurs mettent en place dans leur quotidien, dans leur carrière, est un plus à transmettre, à partager, pour les travailleurs. Et nous savons que dans les temps à venir, les entreprises vont avoir besoin de souder leurs équipes, d’être à l’écoute de leurs forces vives et de leur proposer des choses pour mieux vivre cette période si particulière. Le sport peut offrir des clés et c’est notre rôle que de montrer ce que nous faisons, ce que nous ‘savons’ ».

Faire confiance à la nouvelle génération

Yannick Poterie (Président du Saint-Nazaire Volley Ball Atlantique)
« En matière d’innovation et surtout de communication, il faut savoir faire confiance à la nouvelle génération. Les dirigeants de club sont très souvent des personnes expérimentées, donc d’un certain âge. A l’heure du digital, je sais parfaitement que mes compétences sont limitées dans ce domaine. Et c’est pour cette raison que nous avons embauché un jeune encore en formation afin qu’il puisse travailler notre secteur marketing, communication et participer à la création d’événement. Il faut accepter que la nouvelle génération prenne ses responsabilités. Car un jeune est totalement à l’aise quand on lui fait confiance. Notre rôle est de verrouiller un message, avec un cadre de valeurs pour écrire l’histoire du club et du projet que l’on met en place. Ça, c’est important et c’est le rôle du dirigeant. Mais sur la partie opérationnelle, il faut faire confiance. Il faut laisser la nouvelle génération travailler et mettre en place des choses »

Révolutionner fiscalement le sport français

Martial Bellon (président de la SIG Strasbourg)
« Je mène un combat pour une révolution fiscale pour le sport français. C’est, pour moi, la condition sine qua none de notre survie. Et les récentes mesures du gouvernement le prouvent. Sans leur intervention avec la mise en place du chômage partiel, le Prêt Garanti par l’État piloté par Bpifrance et les exonérations de charges : nous serions tous morts. Sans ces mesures, je ne serai pas là, en train de vous parler de la SIG et du sport français, je peux vous l’assurer. Pourquoi une révolution fiscale ? Tout simplement parce que le modèle du sport français, en dehors de celui du foot qui a des droits TV et du trading joueur important, n’est pas viable. Nous sommes dans une dépendance, souvent aux collectivités locales. Les contraintes sont de plus en plus lourdes à gérer. Selon moi, la solution se trouve dans les avantages fiscaux attribués aux clubs et au sport français. La France doit donner les moyens à ses clubs de pouvoir exister à l’échelle européenne pour construire, gagner et briller. C’est aussi l’image de notre pays, à travers l’Europe, à travers le monde. Effectivement, parfois, on arrive par des miracles à créer des exploits. Mais dans le basket, le volley et dans d’autres disciplines, il ne s’agit pas d’une réussite structurelle. On n’est pas au niveau. Et on ne le sera jamais sans l’intervention du gouvernement. Il faut révolutionner le business model. La crise que nous traversons le démontre. Pour la première fois depuis que je suis président, depuis 10 ans, nous allons perdre de l’argent. Combien de temps allons-nous tenir ? Pas longtemps. Sans innovation fiscale et allègement de charges, on va dans le mur. On ne peut pas travailler avec des bouts de ficelles , il faut s’armer et construire les conditions de notre réussite. Avant d’être sportive, elle est fiscale, j’en suis convaincu ».

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