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Biocontrôle : une alternative crédible aux pesticides ?

En 2018, l’agriculture française a été primée « modèle le plus durable du monde » par le magazine britannique The Economist. Et la croissance de l’utilisation des produits biocontrôle y a surement contribué.

« Le biocontrôle est une chance ». L’exploitant agricole Philippe Rothgerber, qui se passe de pesticides depuis plusieurs années, l’affirme haut et fort. Cette solution issue de substances naturelles (animales, végétales, minérales) transformées sous forme de micro-organismes (bactéries ou champignons) remplace naturellement les pesticides classiques. Mais peut-on réellement parler de fin des pesticides ? Plusieurs acteurs du secteur ont débattu sur ce sujet lors de l’atelier “Fin des pesticides : de nouvelles solutions biologiques et numériques” lors de Bpifrance Inno Génération.

Biocontrôle : mieux informer pour mieux produire

Le marché du biocontrôle a doublé depuis 2015. Sous la pression des consommateurs et le retrait progressif des produits de traitement conventionnel, l’utilisation de ces produits devrait connaitre une forte accélération, avec une part du marché français passant de 8% à 15% en 2022. Cependant, ces produits biocontrôles manquent encore de visibilité auprès des agriculteurs. D’après un sondage de IBMA Global (association des fabricants de biocontrôles), 70 % des agriculteurs affirment ne pas recevoir assez d’informations sur ces produits. Pour Jonathan Gerbore, directeur de la recherche et du développement chez Biovitis, « c’est tout un apprentissage ». Tous les acteurs du monde agricoles doivent repenser leurs pratiques. Comme l’explique Philippe Rothgerber, « les vendeurs de ces produits devraient être convaincus de leur efficacité. Tout comme les professeurs de lycées agricoles qui devraient en parler plus à leurs élèves. »

Pour Elizabeth Macé, directrice marketing de Bioline Agrosciences, ce manque de reconnaissance vient aussi d’idées reçues persistantes. « On pense que encore que c’est moins efficace que les produits chimiques, alors que ça ne l’est pas ». Elle a montré en exemple le système allemand, qui octroie des subventions aux agriculteurs pour l’utilisation du biocontrôle.

Par ailleurs, les entreprises du biocontrôle ont déploré les délais excessivement longs pour l’homologation de leurs produits. Selon Karine Grosbeau, directrice des affaires réglementaires d’Eléphant Vert, il faut compter 6 ans de procédure administrative pour la mise sur le marché d’un nouveau produit, après 10 ans de R&D.

Dans l’attente de la disponibilité de produits de biocontrôle couvrant toutes les cultures, « On ne peut pas passer du tout chimique au tout biocontrôle. Les deux doivent être introduits dans des programmes communs », a souligné Elizabeth Macé.

Enfin, les solutions numériques, tels que les outils d’aide à la décision, les robots de désherbage en alternative au glyphosate ou la plateforme collaborative API-AGRO de partage des données de production agricole, complètent efficacement le biocontrôle. A cet égard, la question de la souveraineté nationale sur les données agricoles a été posée, avec la nécessité de disposer d’un cloud français.

Par Pierre Hascoët

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