Demain : les grandes tendances de l'innovation

Demain : le biocontrôle, vers la fin des pesticides ?

Sous la pression des consommateurs et les évolutions réglementaires, l’agriculture va devoir apprendre à se passer des pesticides et inventer de nouvelles pratiques plus respectueuses de l’environnement.

À quand la fin des pesticides ? « Malgré les plans successifs de l’Etat, les quantités utilisées de pesticides ne diminuent pas dans l’agriculture française », relève Ariane Voyatzakis, responsable du secteur agroalimentaire chez Bpifrance. Pourtant, des alternatives existent, comme le biocontrôle. Cette solution consiste à traiter les plantes par des substances naturelles qui vont les protéger contre leurs agresseurs. Mais, si son utilisation connait une croissance rapide (25 % par an), le biocontrôle ne pèse qu’entre 5 à 10 % du marché français des produits phytosanitaires.
 

Débloquer les freins à l’utilisation du biocontrôle

La moitié des pesticides actuels devraient être retirés du marché d’ici 7 ans. Plusieurs dispositions législatives ont déjà été prises par la France afin de favoriser l’utilisation du biocontrôle. Mais « la mise sur le marché des produits de biocontrôle reste soumise à des réglementations assez longues et coûteuses pour les PME », explique la responsable agroalimentaire de Bpifrance. Des délais dénoncés par les entreprises du secteur. Surtout quand on sait que le marché américain compte deux fois plus de molécules de biocontrôle que l’Europe, grâce notamment à une réglementation plus souple.

Autre sujet majeur selon Ariane Voyatzakis : le besoin d’accompagnement des agriculteurs.
Du fait de leur mécanisme d’action naturelle, donc complexe, ces produits nécessitent une conduite de changement et un accompagnement des agriculteurs, qui doutent encore de leur efficacité. « Pour changer leurs méthodes culturales, ils doivent être accompagnés afin de prendre le risque d'utiliser des solutions innovantes. », affirme l’experte Bpifrance.

« Enfin, la disponibilité des produits de biocontrôle est hétérogène en fonction des cultures. », ajoute Ariane Voyatzakis Les solutions de biocontrôle concernent principalement le maraîchage, la viticulture et l’arboriculture. Mais leur utilisation est très limitée pour les grandes cultures (céréales, oléo-protéagineux), où les marges sont plus faibles. Pour ne pas se limiter au marché bio, l’utilisation du biocontrôle (plus coûteuse) doit être valorisée commercialement par des labels rémunérateurs (ex. « 0 pesticides »).

Soutenir l’émergence d’un écosystème

« Nous pensons que le développement du biocontrôle passera par l’association de plusieurs technologies », précise l’experte. Celles-ci peuvent être d’ordre :

  • mécanique comme le désherbage via des robots,
  • numérique, comme des outils d’aide à la décision,
  • génétique, comme l’amélioration des semences,
  • agronomique, comme la rotation des cultures.

Ainsi l’association des entreprises du biocontrôle, de la biostimulation et de l’agroéquipement, via  un accélérateur Bpifrance par exemple, pourrait permettre de développer des synergies et favoriser la croissance des PME/ETI françaises.

Au-delà de l’accompagnement, le rôle de Bpifrance reste de financer les phases de R&D, les études réglementaires, afin de mettre sur le marché de nouveaux produits de biocontrôle et aider les agriculteurs à réussir leur transition écologique.

En définitive, en levant les freins à leur mise sur le marché et à leur utilisation, les produits de biocontrôle permettront dans un premier temps de réduire considérablement les doses de pesticides utilisées, avant d’espérer atteindre, demain, une substitution totale.

Biocontrôle : les convictions de Bpifrance

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