Quel avenir pour l’industrie française ?

L’industrie du futur vue par… Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz (Kohler Consulting & Coaching)

L’industrie du futur répond-t-elle à une logique de rattrapage ou à une ambition de conquête ? Pour répondre à cette question, Bpifrance Le Lab est allé à la rencontre de Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz, fondateurs Kohler Consulting & Coaching et auteurs du livre : « Industrie 4.0 : les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand »

Quels sont les enjeux de l’Industrie 4.0 en France ?

Cette 4e révolution industrielle est souvent abordée en France à travers le prisme d’une modernisation ou d’un rattrapage industriel. C’est un regard réducteur et risqué. Réducteur parce que l’Industrie 4.0 porte des enjeux sociétaux qui vont bien au-delà de l’intégration de briques technologiques. Et risqué parce que cette approche technicienne nous focalise sur des modalités en occultant la finalité, à savoir le positionnement stratégique de l’entreprise dans un contexte de continuité numérique entre le fournisseur et les utilisateurs finaux.

Mais la France n’accuse-t-elle pas un retard, notamment par rapport à l’Allemagne en termes de robotisation et d’automatisation ?

De nombreuses statistiques confirment cette thèse. Mais la solution est-elle de s’enfermer dans une logique épuisante de rattrapage qui enterre toute ambition de leadership ? En faisant cela, nous nommons mal le problème à traiter. La première demande de nombreuses
PME et ETI est de construire les basiques de leur démarche stratégique, qu’elles soient pur sous-traitants ou industriels B2C. Les chefs d’entreprise expriment le besoin d’être accompagnés pour accroître la robustesse de leur positionnement concurrentiel et impulser une démarche de marketing stratégique, point fort du Mittelstand allemand. La tentation est toujours forte de multiplier les références produit et de poursuivre des exploits techniques avec des « moutons à cinq pattes ». Les clients mais aussi les commerciaux sont en demande d’une plus grande lisibilité de l’offre produits et services. Doubler son chiffre d’affaires en 5 ans implique d’abord de questionner ses clients et ses prospects sur l’évolution de leur business model, leurs besoins et d’explorer avec eux les problèmes à résoudre.

Nous constatons tous les jours sur le terrain que le 1er sujet n’est pas tant de moderniser que de dynamiser la démarche commerciale à partir d’une stratégie partagée avec les équipes. Elles sont en demande de sens et les directions en demande d’appui pour élaborer leur stratégie.

Du coup, comment aborder l’Industrie 4.0 ? Quels enseignements tirez-vous du terrain ?

Que vous soyez fabricant de produits propres ou sous-traitant, l’introduction du numérique et de l’internet des objets amène à questionner et à faire évoluer votre business model en se rapprochant des usages de vos clients. C’est donc un puissant levier pour amener les PME-ETI à reconfigurer leur écosystème, à densifier les interactions avec leurs clients, leurs fournisseurs et les acteurs de la recherche pour innover avec eux. On passe ainsi d’une logique de rattrapage à une logique de conquête et d’innovation collaborative. L’entreprise n’est plus tant focalisée sur une croissance de chiffre d’affaires que sur la construction de positions de leader sur ses marchés, le calcul de ses marges et le développement d’atouts différenciants tangibles.

Faut-il alors arrêter de se focaliser sur les briques technologiques ?

La technologie contribue à construire un avantage concurrentiel, mais elle ne peut se suffire à elle-même ou se limiter à une logique de gains de productivité. À côté de la stratégie et de l’évolution du business model, se préoccuper de l’évolution de ses métiers, de sescompétences et de son organisation fera la différence. Les ressources aptes à implémenter et à faire vivre le 4.0 dans les ateliers vont être rares et chères. 

"Faisons de la transformation numérique un projet de société"

Un des enjeux majeurs est celui de l’avenir du travail, de la formation professionnelle, de l’attractivité des PME-ETI auprès des apprentis, des opérateurs, des techniciens, des ingénieurs... Faisons de la transformation numérique un projet de société et pas seulement un projet industriel !

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