Fonder deux startups et une asso, c’est possible ! Pauline d’Orgeval nous livre les secrets de sa réussite

Fondatrice de 1001listes, Deuxièmeavis.fr et de l’association Coactis Santé, Pauline d’Orgeval nous livre, lors de cette 5ème session des Midi Entrepreneures, toutes les clefs de sa réussite. Les Midi Entrepreneures, 90 minutes d'échange sans filtre pour mettre en lumière des femmes entrepreneures hors du commun.

1001listes est une plateforme web alternative aux Grands Magasins qui propose aux futurs mariés de composer leur liste de mariage à la carte parmi une offre de multiples magasins on et off line.

Deuxiemeavis.fr est un service innovant et unique en France qui permet aux patients ou à leurs proches, en cas de problèmes de santé sérieux, d’obtenir un deuxième avis médical, en moins de 7 jours, auprès de médecins qui ont un très haut niveau d’expertise sur leur maladie. Le service est intégralement pris en charge par les complémentaires santé partenaires.

@DGodote @deuxiemeavis @Bpifrance @Axielles #MEBpifrance

Une rencontre animée par Frédérique Cintrat, fondatrice d’Axielles.

Comment avez-vous commencé votre carrière ?

Je rêvais au départ d’être pilote de chasse, mais en 1989, les femmes ne pouvaient pas voler : elles devaient rester à terre et s’occuper de mécanique. Je me suis alors décidée plus classiquement pour une prépa « école de commerce ». Une fois à l’école, j’ai choisi la filière « entrepreneur » en troisième année, et ce sont les gens que j’ai rencontré qui m’ont inspirée.

N’ayant pas d’idée suffisamment inspirante pour me lancer à la sortie d’école, je suis rentrée chez Otis (les ascenseurs, groupe UTC) chez qui je suis restée avec plaisir pendant 6 ans en tant qu’Ingénieur des Ventes puis Chef des Ventes. Ça marchait super bien, je cartonnais en vente et participait avec joie à plein d’événements sportifs et festifs (raids aventures, courses de voile, voyages …) aussi important pour le boulot dans une société américaine que le reste. Mais curieusement, après mon mariage et mes deux enfants, j’ai senti que ce serait plus compliqué pour moi d’évoluer rapidement au sein d’Otis. 
Je me suis alors mise à rechercher des idées de création de boite, notamment lors de mon 2ème congé maternité.

Comment est venue votre idée de 1001listes ?

En me mariant, j’ai réalisé que les listes de mariage traditionnelle avec des assiettes et des petites cuillères ne faisaient plus rêver personne. Il fallait proposer des voyages, des brocantes, du vin, de la déco ! Bref, l’idée d’avoir la possibilité de ne déposer une seule liste de mariage et d’avoir accès à plusieurs boutiques « on » et « off » line est née.

Quelles ont été les premières étapes pour monter votre entreprise ?

Cette idée réunissait les trois critères que j’attendais pour entreprendre : le secteur un peu glamour de l’art de vivre et du mariage me passionnait, je me sentais capable de mettre en œuvre l’idée et j’étais convaincue qu’il existait un business model réaliste.

En revanche, je ne me sentais pas prête à me lancer dans l’aventure seule et je me suis associée avec deux personnes qui avaient déjà monté une société (qu’ils dirigeaient encore) et qui ont mis 45% du capital. C'était une erreur car ces personnes ne travaillaient pas au quotidien avec moi et n’avaient pas les moyens financiers de participer au développement de la société. Nous nous sommes finalement séparés au bout de 18 mois.

En 1999/2000, c’était l’euphorie internet ! C'était alors très facile de lever des fonds (les Fonds d’investissement m’appelaient, ce qui ne s’est plus jamais reproduit ensuite), et ce même sans chiffre d’affaires. A l’occasion de l’entrée de Butler Capital Partners en 2000, nous avons fait entrer dans le capital une associée. Son profil était très complémentaire au mien.

Comment s’est passé le développement web de votre plateforme ?

Lors de notre levée de fonds, nous avons internalisé le développement de la plateforme. J’ai fait face à des problèmes de gestion de l’équipe d’experts, car moi-même je n’étais pas spécialiste dans ce domaine. Le CTO avait un profil très technique, et m’expliquait la complexité de mettre en œuvre toutes les optimisations que nous souhaitions. Je me sentais un peu coincée ! Mais il est finalement parti, et j’ai opté pour un directeur de projet pour le remplacer, plutôt qu’un expert.

Qui avez-vous eu besoin de recruter ?

Au démarrage d’internet, beaucoup de personnes n’avaient pas encore tout à fait confiance en l’achat en ligne. Il fallait ce que l’on appelle des click and mortar (littéralement : des briques et des clics), c’est-à-dire des points de vente physiques et une équipe dédiée. Nous avons donc créé 15 showrooms, et avons recruté de nombreux conseillers. Nous étions 80 personnes en 2006.

En quoi consistait le business model ?

1001listes prenait un pourcentage sur les achats effectués auprès des boutiques via notre site internet. Au démarrage, une partie de notre modèle économique était fondé sur les intérêts (alors assez importants) que nous touchions sur notre trésorerie conséquente.

Quelles ont été vos difficultés ?

Ma plus grosse difficulté a été de trouver un(e) bon(ne) associé(e). Mon premier associé était un « associé dormant ». Ma deuxième associée, ingénieure brillante, était à priori très complémentaire mais en réalité, cela n’a pas fonctionné car sa réelle appétence portait sur le marketing, la communication et le commercial, tout comme moi. Nous nous sommes donc séparées. Après une troisième tentative moyennement réussie, j’ai commencé à sérieusement douter de ma capacité à m’associer.

Si je peux vous donner un conseil, le choix de l’associé(e) est crucial ; vous devez valider en amont votre complémentarité et votre vision à moyen et long terme, par exemple sur le fait de vouloir ou non revendre la société plus tard.

Parlez-nous de vos levées de fonds.

Pour 1001listes, j’ai levé en tout 6,5 millions d’euros. La première fois, en 2000, j’ai facilement levé 600 000 euros. En 2001, la bulle d’internet s’est effondrée et devant la difficulté de lever des fonds, j’ai été obligée de réduire les salaires de mes collaborateurs et de me payer au SMIC. Deux ans et demi plus tard, je faisais une deuxième levée de fonds dans des conditions difficiles. Je détenais moins de 15% du capital.

L’intérêt des fonds est triple : d’abord, ils permettent de structurer ses rapports ; ils sont toujours au courant des évolutions du marché ; enfin, ils sont identifiés par des acquéreurs potentiels de startups. Selon moi, il vaut mieux limiter le nombre d’actionnaires dans son pacte d’actionnaires, et limiter le nombre de levées de fonds. Mieux vaut lever beaucoup d’un coup qu’un petit peu à chaque fois. Lever des fonds est très chronophage et vous empêche de vous concentrer sur le business.

Comment s’est passé le rachat ?

Nous avons été rachetés en décembre 2006 par TF1 (via sa filiale Téléshopping). Je me suis retrouvée au Comex de TF1 pendant six mois, et au Comité de Direction de Teleshopping pendant presque 3 ans. C’était passionnant ! J’ai décidé de quitter l’entreprise en 2009 quand je me suis rendu compte que je n’étais plus vraiment aux manettes et que les réunions prenaient tout mon agenda.

Qu’avez-vous fait après cette première expérience entrepreneuriale ?

Après 1001listes, je souhaitais remonter un projet sur un sujet d’intérêt général. Après avoir passé un an à rencontrer des entrepreneurs sociaux sur plein de sujets, j’ai décidé de travailler dans le domaine de la santé où tout était encore resté assez figé du fait de la réglementation et du conservatisme du monde médical malgré le numérique et le tsunami provoqué dans les autres secteurs.

Avec Catherine Franc et Prune Nercy, mes associées, nous avons alors créé l’association Coactis Santé sur l’accès aux soins des personnes en situation de handicap. Actuellement, nous portons à travers cette association deux projets : SantéBd, des outils de communication à base d’illustration et de FALC (Français Facile à Lire et à Comprendre), accessible à tous mais adaptés aux patients avec handicap et HandiConnect, un site internet « ressources » pour les professionnels de santé à base de contenu et de formations à l’accueil de patients en situation de handicap.

Aurian, mon deuxième enfant, a une déficience intellectuelle et des troubles autistiques. C'est pourquoi bien sûr je suis particulièrement sensible aux problèmes d’accessibilité, et très engagée en faveur de l’accessibilité universelle.

Très différentes mais très complémentaires, notre association à trois avec Catherine et Prune fonctionne très bien. Nous ne sommes pas forcément d’accord sur tout, et allons certes moins vite dans nos prises de décision, mais cela nous permet de faire très peu d’erreurs.

Comment est né Deuxième Avis ?

C’est parti d’une histoire personnelle. Mon fils Aurian devait se faire opérer d’une scoliose et le médecin qui le suivait nous a conseillé de demander un deuxième avis.

Nous avons mis du temps à identifier une autre équipe experte en scoliose infantile et encore plus de temps à prendre rendez-vous. Quatre mois plus tard, lors de la rencontre avec le médecin, mon fils stressé par le changement d’hôpital n’a pas pu y mettre les pieds. Mais le docteur m’a dit qu’il allait pouvoir nous donner malgré tout un avis sérieux car son dossier était complet et il pouvait me poser des questions. C’est de là qu’est parti l’idée de deuxiemeavis.fr. Sur notre plateforme sécurisée, le médecin expert donne son avis en moins de 7 jours, sous forme de compte-rendu écrit, qui peut se partager à l’équipe médicale traitante. Le temps gagné est parfois même vital.

Quelle a été la réaction du public face à cette innovation ?

C’était un sujet sensible, car nous avons été pionnier en télémédecine. Sans qu’on le veuille, les réseaux sociaux se sont emparés du sujet et ont commencé à écrire des choses du genre : « 3 HEC souhaitent se faire de l’argent sur le dos de personnes malades ». Nous avons même fait la une du JT de 20h de TF1 en décembre 2015, sous le titre : "Un site internet bouscule le monde médical". Fort heureusement, nos engagements associatifs de longue date et le sérieux de notre démarche (nous avions obtenu l’autorisation du CNIL, signé une convention avec l’ARS IDF etc…) nous ont vite permis de sortir de cette polémique.

Quel est le business model de Deuxième Avis ?

Notre objectif a toujours été de démocratiser l’accès à l’expertise médicale en cas de problème de santé sérieux, de faciliter cette pratique notamment pour les patients éloignés, sans réseau ou avec des problèmes de mobilité.  Nous nous sommes d'abord fondées sur un modèle anglo-saxon avec un paiement par les patients (qui seraient progressivement payé par les complémentaires santé ) et un fonds de dotation pour les patients qui ne pouvaient pas payer.  Mais en France, impossible de faire payer les patients ! Très vite, notre modèle économique s'est transformé en B to B to C avec une prise en charge par les complémentaires santé dans le cadre des contrats santé. D’ailleurs, les complémentaires santé, qui souhaitaient choisir des services à forte valeur ajoutée et ne plus être de simples payeurs aveugles ont très vite été intéressées même si nos premiers contrats avec les mutuelles n’ont été signés qu’en 2018 seulement !

Comment avez-vous tenu sur la durée ?

Nous avons été incubés au sein de Paris Biotech Santé et avons eu accès à plusieurs financements Bpifrance. Nous avons également pu faire un emprunt de 100 000€ sans caution auprès de BNP, la Maisons des Entrepreneurs et auprès de Scientipole.

Nous avons ensuite levé un million d’euros en 2016, auprès d’Investir &+, un fonds à impact social, puis 2,5 millions d’euros en 2018, auprès de trois fonds à impact social : Investir &+, notre partenaire historique rejoint par Citizen Capital et Colam Impact.

Aujourd’hui nous sommes 15, dans la pépinière Paris Santé Cochin. En janvier 2019, plus de 13 millions de bénéficiaires ont désormais accès gratuitement au service deuxiemeavis.fr à travers leur contrat de santé ou leur réseau de soin. Ce qu’il faut savoir, c’est que le système de deuxième avis a été rendu obligatoire en Allemagne dans le cas des maladies graves.

De quoi êtes-vous la plus fière ?

De toute l’équipe actuelle, de la centaine d’emplois que j’ai créés, de tout notre combat sur l’accessibilité universelle avec santéBD et deuxiemeavis.fr. On fait bouger la société, on fait bouger les lignes.

Ne manquez pas tous nos autres témoignages d'entrepreneures !

Partagez cette actu !
Abonnez-vous !

Recevez les dernières actualités directement dans votre boîte email.

CONNECTEZ-VOUS AVEC L’UNIVERS ENTREPREUNARIAL

Ne perdez pas le fil

Entrepreneurs, si on vous disait tout sur l'Instrument #PME ? 💡 Venez vous inspirer du témoignage de Naim Kosayyer,… https://t.co/jY2vKYszFY