Juste Pressé, le jus à haute pression à froid qui révolutionne le marché

Mercredi 27 novembre dernier nous avons accueilli Alexia Chassagne chez Bpifrance pour un échange sans filtre sur son succès d’entrepreneure. Alexia Chassagne est présidente de Juste Pressé, startup spécialisée dans les jus de fruits à haute pression à froid. Grâce à cette technique inventée par Pasteur, l’essentiel des qualités nutritives et gustatives du fruit sont préservées.

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Qu’est-ce que la haute pression à froid ?

Il s’agit d’une technique de conservation inventée par Pasteur, alternative à la pasteurisation. Une pression de 6000 bars est exercée sur le liquide, soit l’équivalent d’un éléphant sur un dragibus, ou bien deux Airbus A380 sur une bouteille en PET.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai fait un doctorat en chimie, puis j’ai intégré une grande école de commerce. Ce que j’ai souhaité retrouver dans ces deux domaines, c’est une proximité avec le produit. J’ai donc commencé une carrière en marketing dans le domaine de la mousse à raser, et je travaillais aussi bien sur les caractéristiques chimiques du produit que sur son marketing.

Pourquoi avez-vous changé de voie ?

Un jour je me suis regardée dans la glace, et je me suis demandé : pourrai-je un jour raconter à mes enfants ce que je fais ? Je sentais aussi que le monde était en train de changer, qu’une révolution durable s’opérait.

J’ai cru à ma bonne étoile, j’ai attendu que quelque chose se passe, et quelque chose s’est bel et bien passé ! Deux anciens collègues sont venus me voir et m’ont parlé de la technique de haute pression à froid. Ils m’ont convaincue d’intégrer la société pour créer la marque et prendre en charge la partie marketing, et d’investir beaucoup d’argent. C’était une grosse erreur, la prise de risque était maximale. Les comptes qu’ils m’avaient présentés étaient faux. J’avais gagné cette somme-là précédemment grâce à un LBO, et j’ai tout perdu.

Que s’est-il passé ensuite ?

Les deux associés ont mis la boîte en liquidation judiciaire, et l’investissement a seulement permis qu’ils n’aient pas de dettes personnelles sur la société ! J’ai décidé d’aller récupérer cette société au Tribunal de Commerce. J’ai dû engager un lobbyiste pour récupérer la société le plus rapidement possible. Je l’ai rachetée pour 30 000€.

Après cela, pour engager à nouveau du capital dans la société, un business angel a pris 49% des parts, et j’ai pris 51%. J’ai également contracté deux crédits à la banque. Un conseil : n’allez chercher des financements auprès des banques que lorsque vos fonds propres sont positifs.

Malheureusement, nous n’avons pas pu conserver tous les emplois : nous n’avions plus suffisamment de fonds pour payer les salaires. Nous avons laissé entre six et neuf mois à certaines personnes en CDD pour retrouver un emploi.

Comment avez-vous pu surmonter toutes ces difficultés ?

Je me suis appuyée sur l’association Action’elles, un super réseau pour les femmes porteuses de projet. Désormais, je ne travaille que grâce à mon réseau, en me demandant quelle est la personne parmi celles que je connais qui serait la plus à même de m’apporter des réponses et des solutions. En plus de cela, c’était pour moi le meilleur moyen de lutter contre la solitude du dirigeant. En tant qu’entrepreneure, il faut toujours bien s’entourer. C’est pour cela qu’aujourd’hui, ma solution bien-être, c’est Sophie, notre Directrice Financière !

Vous êtes aujourd’hui encore en train de chercher des fonds ?

Tout à fait ! Le but pour nous est de financer trois choses : notre Besoin en Fonds de Roulement (BFR), des commerciaux, et du marketing. Notre BFR actuel (le décalage de trésorerie entre le moment où les clients nous paient et celui où nous payons les fournisseurs) représente deux mois de stocks et de créances, ce qui est très important.

Engager des commerciaux est également essentiel. Ils vérifient que les produits sont bien en rayon, car il arrive parfois que certains magasins ne jouent pas le jeu. Ils permettent aussi aux clients de mieux connaître notre produit et ses caractéristiques particulières, car la technique de la haute pression à froid n’est pas encore très populaire.

Aujourd’hui, nous avons engagé quatre commerciaux répartis dans les zones à fort potentiel. Ils permettent également de signer des contrats avec la grande distribution via les centrales, ou directement auprès des franchisés, qui représentent 150 des 900 magasins que nous couvrons.

Enfin, pour la partie marketing, ce qui intéresse surtout les médias pour le moment c’est l’histoire du dirigeant. Nous souhaitons commencer à engager une communication au consommateur. L’autre jour, nous avons bénéficié d’un coup de pub de la part de deux Youtubeurs, McFly et Carlito, qui dans leur live avaient sur leur table des bouteilles de Juste Pressé.

Détenez-vous les usines ?

Non, car il faut laisser à chacun son expertise. La technologie de la haute pression à froid n’étant pas brevetée ni brevetable, nous n’aurions aucun avantage compétitif à investir dedans. De plus, aujourd’hui, six fournisseurs se battent pour nous avoir comme clients. Cela nous permet d’être exigeants sur le cahier des charges.

Nous réfléchissons cependant à une joint-venture avec des fournisseurs hollandais, mais nous comptons imposer nos conditions.

Comment vos jus sont-ils confectionnés ?

A l’exception des fruits exotiques, nous faisons en sorte que tous nos fruits soient cueillis le plus proche possible du lieu de confection. Toutes nos oranges viennent d’Espagne, nous refusons les oranges provenant d’Afrique du Sud. Cependant, selon les saisons, les variétés d’oranges diffèrent, nos jus n’ont donc pas un goût constant durant l’année, contrairement à la plupart des marques.

Où vous voyez-vous à long terme ?

Selon moi il est très important pour un.e entrepreneur.e de connaître ses ambitions : nous ne comptons pas revendre mais développer les affaires comme une entreprise familiale. Nous avons un projet un peu utopiste ressemblant à une forme de « Michelin féminin », que nous passerons ensuite peut-être à nos enfants.

Juste Pressé s’engage-t-elle dans une démarche RSE ?

Sophie et moi, nous essayons de prendre des décisions stratégiques qui ont le moins d’impact sur l’environnement, tout en restant économiquement viables. Par exemple, pour 500€ de budget supplémentaire par mois, nous faisons rouler nos commerciaux en hybride.

Pour nous, la RSE ne doit pas être du greenwashing et doit être mûrement réfléchie. Pour le packaging, nous avons pour l’instant fait le choix de ne pas prendre de plastique recyclé, ce que font certains de nos concurrents. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure actuelle, le plastique recyclé vient de Pologne et parcourt 2000 km pour arriver jusqu’à nous. Nous avons décidé de ne pas faire de RSE pour faire plaisir au consommateur, mais pour être en ligne avec nos valeurs.

Comptez-vous diversifier vos activités ?

Oui ! Nous avons lancé nos premiers mixés de fruits crus. Grâce à la haute pression, la texture est celle de la compote, et le produit reste cru et garde ses fibres et vitamines. Nous souhaitons créer des produits de masse, accessibles à tout le monde.

De quoi êtes-vous la plus fière, et que ne referiez-vous pas de la même façon ?

Ce dont je suis la plus fière, c’est de Sophie, ma directrice financière ! Sophie est très créative, et sait en même temps me cadrer car j’ai une aversion au risque quasi-inexistante.

Pour ce qui est de mes erreurs, je pense que je ne m’entourerais pas de la même façon. Quand on investit dans une entreprise, il est plus que nécessaire d’engager un bon avocat et un expert-comptable qui certifie et signe tous ses comptes.

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