Ce mardi 17 janvier 2020, s’est tenue la 10e session des Midis Entrepreneures au Lounge de Bpifrance ! 90 minutes d’échanges sans filtre avec Margot Sitruk, fondatrice simple et inspirante de Passions. Une rencontre animée par Frédérique Cintrat, fondatrice d’Axielles 

Ou téléchargez l’application « Axielles Corporate » sur Play Store ou App Store !

Dites-nous… Comment une diplômée de Sciences Po est-elle devenue entrepreneure ? 

Après avoir obtenu mon master en communication de Sciences Po en 2012, je ne savais pas quoi faire et plusieurs métiers m’intéressaient. J’ai donc décidé de prendre une année sabbatique pour réfléchir à mon avenir ! Pendant cette année, j’ai pris des cours de théâtre et travaillé comme serveuse pour les financer. Mais je m’étais également mise en auto-entrepreneure et je faisais quelques missions de freelance pour aider des entreprises à trouver des noms, des slogans, des signatures, ou créer du contenu web. Au cours de l’été 2013, une connaissance m’a contactée pour me parler de son projet qu’il décrivait comme la future innovation dans la rencontre, un site de rencontres avec géolocalisation sur lequel ils avaient besoin d’aide pour la création de la marque. J’ai effectué une mission et je suis restée par la suite pour aider à développer Happn. Première salariée, j’ai vu avec beaucoup d’admiration l’entreprise traverser différentes étapes, évoluer, grandir… J’y ai énormément appris ! Au bout de 3 ans, j’ai décidé de quitter l’aventure, enrichie de tous ces apprentissages. J’ai continué à effectuer plusieurs missions auprès de clients de tous types (?), et cela m’a permis de savoir ce que j’aimais faire. C’est ainsi qu’a démarré mon aventure dans l’entrepreneuriat. 

Vous avez tout de suite commencé à travailler sur Passion ? 

Non, pas immédiatement. J’ai commencé par tester plusieurs projets entrepreneuriaux…

J’ai d’abord travaillé sur une application permettant de créer des vidéos à plusieurs, du contenu collaboratif notamment pour les groupes d’amis qui voulaient se créer des souvenirs. Pour 10% de capital, j’ai aidé les porteurs de projet en communication. Mais au bout de 6 mois, nous ne parvenions toujours pas à mettre le doigt sur le problème fondamental auquel s’attaquait cette application… On essayait de démocratiser un format/usage avant d’avoir identifié le réel besoin ! Tout en attirant de l’audience et en faisant du chiffre d’affaires... Ce projet n’a donc pas abouti.

Par la suite, en 2017, j’ai relancé avec mon cousin une plateforme qui permettait de mettre en relation des salariés en souffrance avec des avocats : on est trop peu conscient, en tant que salariés, des droits que l’on a en cas de licenciement abusif, harcèlement, etc. Nous avons travaillé sur le projet pendant plus d’un an, mais avons fini par le mettre de côté.

Après tout cela, comment est né Passion ?  

Dans le cadre de mes différentes missions freelance, je travaillais souvent dans des cafés avec mon ordinateur. Je m’y retrouvais avec Ruben, un ami, qui gérait des campagnes d’acquisition pour Badoo. Je lui racontais mes mésaventures avec mon père pour lui trouver une âme sœur. J’ai toujours aimé faire l’entremetteuse et j’essayais de le faire pour mon père. Il existait un site de rencontre pour les personnes de son âge mais assez déprimant et obsolète, ne représentant pas du tout la génération dynamique de nos parents. Nous nous sommes alors rendu compte du vide qu’il y avait et, qui plus est passé un certain âge il devient difficile de faire des rencontres. C’est ainsi que nous avons décidé de créer ce site de rencontres qui s’adresse à eux tels qu’ils sont, dans la cinquantaine, mais encore jeunes et dynamiques. 

Quelles étapes avez-vous suivies pour mettre sur pied votre projet ? 

Nous avons tout d’abord cherché des développeurs. Je ne voulais plus de développeur en prestation, je voulais des associés, parce que le travail avec les développeurs n’est jamais fini, jamais bien estimé dans le temps et le cahier des charges. J’avais vu et vécu de nombreuses histoires compliquées avec les développeurs… Nous avons pu avoir 2 développeurs et étions donc 4 co-fondateurs.  

Puis nous avons contacté un premier fonds, qui, intéressé, nous a demandé de revenir avec un projet plus construit et avec toute l’équipe afin de s’assurer de la viabilité des fondateurs. Ce fonds nous a introduit à d’autres fonds, j’ai vu des business Angel, etc. Le projet prenait vie, nous avons créé la société autour d’avril et signé la première levée des fonds en juillet 2018 !

Un an après, j’ai fait la 2e d’environ 1M300 euros en comptant l’aide de Bpifrance. Cette levée a permis de faire grandir l’équipe, toujours pour un développement sur le marché. 

Comment avez-vous su les fonds qu’il vous fallait pour votre première levée de fonds ? 

Nous avons estimé à 625 milles euros la partie du business plan notamment pour la rémunération. Je voulais dès le début que les développeurs soient bien rémunérés et se sentent engagés. De plus, je savais qu’il fallait investir beaucoup dans le marketing, car dans le domaine de la rencontre il faut se faire connaitre ! C’est quand la marque atteint une certaine notoriété que le trafic organique devient intéressant, c’est à dire qu’on paie de moins en moins les personnes qui souscrivent. Il nous fallait donc cette enveloppe pour nous permettre de faire nos preuves les 6 premiers mois. Nous avons travaillé tout l’été et nous avons pu lancer le site début octobre 2018 !

Où en est Passions après 2 ans de développement ? 

Aujourd’hui, la plateforme compte 220 000 utilisateurs avec un peu plus de 50% de femmes. 

Passions se positionne maintenant beaucoup sur les femmes de 50 ans et plus : nous nous sommes rendu compte que ces femmes étaient également demandeuses de rencontres amicales, et avons donc fait évoluer la plateforme dans ce sens au bout de 9 mois de développement : aujourd’hui Passions permet des rencontres amoureuses mais aussi de se faire des copines.

Qu’est-ce que tu aurais fait autrement ? 

 Je n’aurais pas commencé dès le début avec un modèle économique en freemium… J’ai voulu montrer trop vite aux investisseurs que Passions était rentable. C’était une erreur, car la marque et la communauté n’était pas constituées, et on ne peut pas se permettre de monétiser avant d’être au point : il faut d’abord travailler la qualité du produit. Quand je m’en suis rendue compte, j’ai démonétisé certaines fonctionnalités. J’ai fait un virage stratégique et demandé aux équipes de se focaliser uniquement sur un point : sur la rétention des utilisateurs. Ainsi, depuis 5 mois, nous travaillons consciencieusement la marque.

Par ailleurs, j’ai investi beaucoup de marketing au tout début alors que le produit était à l’état de MVP*… Il faut avoir de l’humilité, y aller doucement. J’avais envie d’y consacrer une vraie énergie dès le début… De peur d’aller trop lentement, comme le font trop d’entrepreneur.e.s, je suis allé trop vite.  

De quoi es-tu la plus fière ? 

Avant toute chose, de recevoir des messages d’utilisateurs me confirmant que l’on réussit à changer la vie de certains !

Je suis aussi très fière de comment l’équipe progresse, avance, même dans notre façon de collaborer.  

Et enfin, je suis également très heureuse d’être lauréate du réseau entreprendre !

*Minimum viable product

Partagez cette actu !
Abonnez-vous !

Recevez les dernières actualités directement dans votre boîte email.

CONNECTEZ-VOUS AVEC L’UNIVERS ENTREPREUNARIAL

Ne perdez pas le fil