Midi Entrepreneures : Lina Bougrini

Mardi 22 septembre dernier, c’est Lina Bougrini qui était à l’honneur de Midi Entrepreneures au lounge de Bpifrance. Un échange sans filtre sur son parcours et la création de sa plateforme Click&Care. Cette dernière est un gestionnaire en ligne d’aides à domiciles qualifiés, elle permet de mettre en relation des familles et des professionnels de santé. Une rencontre animée par Frédéric Cintrat, fondatrice d’Axielles.

Bpifrance : Dites-nous, comment une multi-diplômée devient une entrepreneuse ?

Lina Bougrini : Issue d’une famille du milieu médical avec quatre frères et sœurs médecins, je m’oriente naturellement dans la même voie. Après avoir obtenu mon doctorat de médecine, je décide de poursuivre avec une école de commerce pour me lancer dans l’industrie pharmaceutique. Quelques années plus tard je fais un deuxième master en économie de la santé.

En 2014, je décide de partir m’installer aux Etats Unis pour des raisons personnelles. Mon profil attire plusieurs personnes afin de monter divers projets. Finalement je recroise un ancien collègue qui monte sa start-up dans l’accompagnement des personnes pré-diabétiques. Je le suis dans l’aventure. C’est cette expérience qui me donnera le goût de l'entrepreneuriat.

Je rentre définitivement en France en 2016 pour être auprès d’un proche malheureusement en fin de vie. Je cherche une auxiliaire de vie professionnelle pour l’accompagner. Aucune plateforme ne référence ce besoin. L’idée est née…

B : Quelle est l’idée au départ ?

LG : L’idée au départ, c’est de simplifier l’accès à un maintien à domicile de qualité et efficient pour tous. Pour cela j’ai conçu une plateforme de mise en relation et de coordination entre des aidants ayant un membre en perte d’autonomie permanente ou temporaire et des professionnels médico-sociaux.

B : Qu’est ce qui est important selon vous pour monter un projet ?

LG : Il est important lorsqu’on a un projet en tête, et après avoir bien analysé l’environnement dans lequel on évolue, de le confronter rapidement à la réalité. Je suis une personne très rationnelle et la phase d’analyse m’a bien pris trois mois pour comprendre mon marché, l’environnement réglementaire qui est très cadré pour mon activité, quels acteurs interviennent en France ou ailleurs, quelles sont les offres existantes, discuter et échanger avec des gens pour bien cerner les besoins.

Puis après vient la phase de développement. Mais ne faites pas comme moi, vouloir développer le produit parfait. Il m’a fallu 12 mois pour créer la plateforme et avoir un pool qualifié de 500 intervenants. Si c’était à refaire, je mettrais moins de 3 mois pour lancer le projet, le mieux est l’ennemi du bien. Une fois que vous avez l’idée, que vous l’avez analysée, lancez-vous avec un produit minimaliste. De toute manière ce ne sera pas le même après 6 mois, alors autant avancer !

B : Sur le démarrage, vous êtes seule à lancer votre projet, pourquoi ?

LG : Un peu par hasard en fait, mon entourage était en poste depuis plus de 10 ans avec un salaire confortable et souvent des obligations familiales. Moi je rentrais de l’étranger, j’avais envie de me lancer, un peu d’argent de côté et rien à perdre. Mais si on a la chance d’avoir une personne complémentaire, ou qu’on fait une rencontre en cours de route, il ne faut pas hésiter : il faut s’entourer. Seule on va vite, à plusieurs on va loin. Et à long terme, seule, on s’épuise, et on épuise son entourage qui ne partage pas forcément la même passion pour Click&Care que moi. Alors si j’ai un conseil, ce serait : entourez-vous !

B : Comment avez-vous fait financièrement au démarrage ?

LG : J’avais mes propres économies. J’ai utilisé mes fonds pendant un moment. Aucune banque ne voulait me financer. A moins d’avoir une expérience d’entrepreneuriat réussie ou une équipe solide, les banques ne suivent pas, et moi j’étais seule.

Donc au début, j’ai démarré seule, puis j’ai pris une jeune étudiante en contrat de professionnalisation, des free-lances et une agence de développement. J’avais un espace dans une pépinière et c’est là qu’on a commencé à développer la 1ère version de la plateforme. Puis on a lancé la version 2 de Click&Care après quelques retours clients, eu nos premières ventes et là on a commencé à intéresser des investisseurs dont la Caisse des Dépôts. On s’est tout de suite bien compris car on a en commun l’intérêt général. C’est très important de bien choisir ses investisseurs, je ne voulais pas de business Angels, ni un investisseur lambda, mais un partenaire solide sur lequel m’appuyer et qui apporterait une réelle caution à Click&Care.

Une caisse de prévoyance devait rentrer dans le capital, mais s’est rétractée pour des raisons financières. Ça a ralenti l’investissement. J’ai dû faire appel à ma famille pour tenir encore. Mais ça a aussi prouvé ma détermination et la confiance que j’ai dans Click&Care. MAIF est rentrée en co-investissement au côté de la CDC quelques mois plus tard. J’ai donc deux très belles institutions qui me soutiennent aujourd’hui.

B : Donc le projet est lancé, vous avez les fonds, fin 2019…

LG : Oui enfin ! Mais fin 2019, c’est aussi les grèves de transports, les gilets jaunes, puis début 2020 la COVID-19... On était prêt à accélérer à tous les niveaux, mais j’ai dû mettre entre parenthèse plusieurs recrutements et initiatives de communication. Néanmoins cette période nous a permis d’accélérer la qualification sur l’ensemble de la France et d’avoir un maillage national en quelques mois, nous sommes passés de 3.000 intervenants à près de 50.000 aujourd’hui. Lors du confinement, l’AP-HP me contacte pour aider leurs établissements à recruter en urgence des aides-soignant.e.s. En quelques jours ce sont 200 aides-soignant.e.s des quatre coins de la France qu’on leur propose en renfort. Puis l’Agence Régionale de Santé d’Ile de France fait à son tour appel à moi, rebelote, on les aide en quelques jours à recruter 300 soignants sur les 500 nécessaires pour les Ehpads. Cet accompagnement était bénévole mais il a accéléré une diversification que je programmais pour 2021 ! Click&Care devient Click&Care Domicile pour les particuliers et Click&Care Pro pour les établissements de santé.

B : Si vous aviez un conseil à donner, et une chose que vous ne referiez pas ?

LG : Il faut se faire connaitre et faire connaitre son projet, même si c’est conte nature pour des personnalités plus introverties. Ne pas hésiter à aller à des évènements, rencontrer des gens. On pense perdre du temps au détriment de son activité, mais au contraire rencontrer les bonnes personnes peut vous faire gagner plusieurs mois sur votre business. Je conseille vraiment de consacrer au moins une journée par mois au réseautage, pour mettre en lumière son projet, rencontrer des investisseurs avant d’en avoir besoin, des futurs partenaires, etc…

Ce que je ne referais pas, c’est rester seule aussi longtemps. Les montagnes russes de l’entreprenariat, ce n’est pas un mythe. Vraiment il faut s’associer ou s’entourer vite.

B : De quoi êtes-vous fière ?

LG : D’avoir tenu le coup. La route a été longue et très loin de celle planifiée mais j’en suis fière. On voit des gens lever des fonds très rapidement, des millions d’euros, c’est fluide, ça parait si simple… Ça ne s’est pas passé comme ça de mon côté, mais c’est ce qui rend la finalité du projet encore plus grande. J’ai toujours été tranchée, avec les difficultés j’ai appris à être plus résiliente. Dans les périodes plus difficiles, je me suis relevée, j’ai continué à avancer. Je suis fière de mon parcours.

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