Midi-Entrepreneures : Solenne Bocquillon le Goaziou [Soft Kids]

Pour ce nouvel épisode de Midi-Entrepreneures, on vous emmène à la rencontre de Solenne Bocquillon le Goaziou, fondatrice de Soft Kids, une application familiale pour développer les soft skills* des enfants via des jeux, vidéos, quizz etc.

Place à la jeunesse ! Frédérique Cintrat, fondatrice de la plateforme de networking Axielles.com, auteure du livre « Comment vient l’ambition ?» à la plaisir d'interviewer Solenne Bocquillon le Goaziou, fondatrice de l'entreprise Soft Kids. Plus qu'une application familiale cet outils permet de développer l’intelligence de l’enfant afin qu'il trouve lui-même les solutions et mobilise ses ressources pour avancer.

Frédérique Cintrat : Comment vous est venue l’idée de passer de salariée à entrepreneure ?

Solenne Bocquillon-Le Goaziou : Il m’a fallu 6 années pour franchir le cap ! Je débute par un parcours classique : une licence de droit en RH, puis quelques années d’expérience auprès de grands groupes (Printemps, Crédit Agricole) avant cette opportunité d’intégrer Shell.

La notion de soft skills* a été posée dès l’entretien, l’intérêt étant plus porté sur mon savoir-être ou compétences comportementales en situations plutôt que sur mon parcours et mes diplômes. Il s’agissait d’une méthode d’entretien particulièrement innovante en 2006 axée sur une réflexion autour de la manière de repenser l’entreprise, la volonté d’aboutir, l’engagement autour d’un projet, la collaboration multiculturelle. La grille d’évaluation pour un recrutement se basait non pas sur le niveau de diplômes, le parcours au sein de grandes Ecoles ou l’expérience acquise mais sur la capacité du (de la) postulant (e) à mettre en avant ses soft skills. Aujourd’hui, cette notion apparait sur de nombreux CVs, en 2006, c’était rarissime !

Tout au long de ma carrière, je note que les soft skills sont beaucoup plus mis en avant que les diplômes notamment pour les fonctions support et que les passerelles sont facilitées entre métiers, par exemple passer de la Supply Chain au marketing ou d’un poste de Sales au Marketing. Seule une expertise métier pointue est requise pour les postes d’ingénieurs sur les plateformes pétrolières.
En 2018, alors DRH adjointe en charge de la stratégie à l’international, je suis chargée de conduire une réflexion et cartographier les compétences de demain (à horizon 2025-2030) accompagnée par de grands cabinets. L’étude révèle que 65% des écoliers feront des métiers qui n’existent pas aujourd’hui. En parallèle, l’OCDE et The World Economic Forum ont répertorié la liste des softs skills indispensables pour recruter les talents de demain. Etant maman moi-même, cela me conduit à une réflexion personnelle sur la question sur l’enseignement des soft skills aux enfants, absente de l’enseignement académique actuel.

F.C : Le networking était très présent au sein du groupe Shell, comment se gérait la concurrence sur un poste avec des profils et des cultures différentes ?

SBLG : En 2010, mon périmètre s’étant élargi au Bénélux, je suis amenée à me déplacer régulièrement aux Pays-Bas au siège monde de l’entreprise. Je découvre et me familiarise avec cette culture du networking très ancrée et privilégiant les échanges entre les différents échelons de la société sous la forme du « Get to Know You », pratique pour mieux se comprendre et appréhender l’intégralité de l’écosystème de l’entreprise mais aussi terreau favorable pour échanger, se faire connaitre, tout en découvrant des opportunités de jobs et d’évolution de carrière. De mon côté, de par mon parcours d’étudiante engagée, j’avais développé une aisance relationnelle avec les pouvoirs publics, une aptitude à la négociation, et donc communiquais aisément avec les managers.

De retour en France, j’ai tenté de répliquer le modèle afin de développer cette pratique mais difficile de dépasser le côté culturel et de faire changer les mentalités. Pourtant, cela fonctionne : la preuve mes deux derniers postes ont été obtenus notamment grâce aux liens tissés via le réseau.

F.C : Un enseignement riche qui vous a permis de passer à l’étape suivante ?

SBLG : Une autre mission pour Shell Corporate Ventures me conduit à baigner pendant 2 ans dans l’univers des startups, et des idées commencent à germer autour d’applications à développer, dont une que j’ai pu tester pendant 1 semaine (auprès d’un incubateur Willa** dédié aux femmes) et construire un Business Plan. 
Par la suite, une réorganisation de taille au niveau RH (200 personnes concernées) se profilant, je profite du Plan de Départ Volontaire pour partir et me lancer ; à l’époque j’étais mariée avec 3 enfants et un crédit à rembourser, je ne me voyais pas démissionner.  J’ai pu bénéficier de l’accompagnement d’un consultant et réaliser un vrai travail de fonds sur le projet dont la faisabilité devait être validée pour me permettre de quitter l’entreprise dans le cadre d’un départ volontaire. Ensuite, j’ai suivi le programme Challenge+ de HEC (pour les startups early stage), dont une partie a été auto-financée grâce à mon chèque de départ. L’objectif étant de sortir un prototype au bout ce ces 9 mois de formation.

Cette formation très intense m’a permis de bénéficier de conseils avisés d’experts, de la force du groupe et de tester concrètement mon projet devant un jury chaque mois ; ce fut un très bon terrain d’expérimentation, chaque étape du projet étant passée à la moulinette pour nous confronter à la réalité du terrain.

F.C : A la sortie, vous étiez toute seule à porter ce projet abouti ? Et que s’est-il passé ensuite ?

SBLG : Non j’étais avec 3 associés (chacun ayant sa spécificité propre) qui ont tous conservé une activité en parallèle, l’un d’entre eux devrait passer à 100% d’ici la fin de l’année. D’abord il y a eu le pitch très stressant (les enjeux sont différents lorsqu’il s’agit de sa propre entreprise) devant un jury composé de plus de 60/70 personnes - dont des spécialistes – puis, le produit a été testé auprès de 70 familles. Après les corrections et améliorations effectuées, nous avons lancé l’application en avril 2020.

F.C : Comment avez-vous trouvé le financement ?

SBLG : Le capital de départ était de 30.000 euros ; ce qui a permis de financer le recrutement d’un développeur, qui a d’abord travaillé en free-lance, puis en stage et finalement recruté en CDI depuis Septembre 2020 grâce à une campagne de crowdfunding sur la plateforme Ulule (13K€) en pré-vendant des programmes. Pour chaque programme, nous avons l’appui d’experts de chacun des soft skills pour développer les programmes spécifiques (cela représente 80% du budget).

Nous avons également bénéficié de la bourse Innov-up Bpifrance de 30 000 euros. Mais, à l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de nous rémunérer.

F.C : Quel est le modèle économique aujourd’hui ? le B2C ?

SBLC : Il est en cours de transformation, nous arrêtons le freemium pour passer sur une formule d’abonnement avec un nouveau programme chaque mois. Pour cela, il a fallu développer et agrémenter l’appli de nouveaux outils (cohérence cardiaque, défis compliments à faire un compliment, aides aux devoirs, etc…).

F.C : Comment faites-vous pour vous faire connaitre ? Cela nécessite des fonds ?

SBLG : Pour l’instant, nous fonctionnons avec le système D, le réseau et des mailings. Mais, maintenant que l’application est prête et propre et le niveau de pannes sous contrôle, notre objectif est de vendre cette application en France et à l’étranger (avec la version anglaise).

Or la vente d’applis sur le store devient un vrai métier, cela requiert une grosse expertise en analyse des données :  monitorer les mots-clés, faire des analyses sectorielles, et devenir visible parmi 5 millions d’applications.

F.C : Quelle est la prochaine étape, lever d’autres fonds, pour quel objectif ?

SBLG : Nous souhaitons lever environ 300.000 euros afin d’adapter les contenus et de conquérir l’international, ce qui représente un gros challenge. Pour ce faire, nous ciblons aussi les investisseurs à l’étranger afin d’élargir le champ de recherche. Nous souhaitons également élargir notre offre et travaillons actuellement sur des programmes pour adultes.

F.C : Si c’était à refaire, qu’auriez-vous fait différemment, avec ce recul ?

SBLG : Prendre du recul, me mettre moins la pression en jonglant avec ma vie de famille, désapprendre mes habitudes de grand groupe. L’entrepreunariat cela vous rend plus humble.

F.C : De quoi êtes-vous la plus fière ?

SBLG : Je suis très fière des retours des parents, leurs commentaires me reboostent pour la journée. Parce qu’il y a évidemment des moments de doute. Il faut se centrer sur le positif et se rappeler pourquoi on fait les choses et les impacts positifs sur les enfants, les parents, la société.

L’entourage, les associés, les tribus aident à remonter le moral, ne pas hésiter à réseauter, il y a de nombreux accompagnements possibles, LinkedIn est également un formidable outil pour échanger et demander des conseils.

 

*En français, soft skills (compétences douces) peut se traduire par : savoir-être, qualités personnelles, qualités humaines, compétences comportementales, compétences relationnelles, qualités professionnelles

** IncubateurWILLA (ex.  Paris Pionnières) est le 1er accélérateur de la mixité dans la tech. Spécialiste de l’entrepreneuriat féminin, venez découvrir WILLA, l’incubateur en plein coeur du Sentier, un lieu d’innovation. C’est également un espace d’échanges, de rencontres, de partage et d’émulation !

 

Partagez cette actu !
Abonnez-vous !

Recevez les dernières actualités directement dans votre boîte email.

CONNECTEZ-VOUS AVEC L’UNIVERS ENTREPREUNARIAL

Ne perdez pas le fil