Créée en 1995, T&B Vergers est une entreprise familiale spécialiste de la pomme et de la poire, implantée dans les Hauts-de-France. Elle cultive et conditionne les fruits, puis les vend à des distributeurs. T&B Vergers a participé au programme Entreprises de Demain qui accompagne les entreprises dans la structuration de leur démarche RSE. Manon Laby, chargée de mission RSE chez T&B Vergers, nous éclaire sur la démarche développement durable de cette entreprise très engagée.

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Comment T&B Vergers s’est-il lancé dans la RSE ? Quelles ont été les premières étapes ?

L’entreprise a été créée en 1995. En 2008, les deux fils du fondateur, David et Mickael Varras, ont repris l’entreprise et ont tout de suite fait face à de grosses problématiques de ressources humaines : les taux de turnover, d’absentéisme, d’accidents du travail et d’arrêts liés à des Troubles Musculo Squelettiques (TMS) ou des Risques Psycho Sociaux (RPS) étaient alarmants. C’était en plus de cela un cercle vicieux : plus il y avait d’absents, plus la charge de travail augmentait pour les seules personnes présentes. L’entreprise était en train de plonger dans un gouffre social.

C’est ce constat qui a mené les deux frères à engager une démarche sociale sérieuse auprès des collaborateurs, en faisant intervenir la médecine du travail en 2010. A partir de là s’est naturellement mise en place toute une série d’actions RSE en accord avec les valeurs initiales de l’entreprise. Nous avons alors développé notre philosophie « Chouchoutons la nature et les hommes » comme pilier identitaire fort de T&B Vergers, sur lequel tous les collaborateurs pouvaient se reposer.

Nous avons ensuite pris soin de formaliser notre engagement environnemental à partir de 2013. T&B Vergers étant sur un territoire rural, il était important pour nous de prendre part aux belles initiatives locales portées par les communes et les associations. Nous faisons donc depuis chaque année des dons de jus de fruits pour les événements, ou sommes en partenariat depuis 2017 avec l’association Artois Autisme.

Finalement, nous pensons qu’il est essentiel de travailler à faire progresser nos parties prenantes, nous travaillons donc aujourd’hui régulièrement à échanger, sensibiliser et communiquer auprès d’elles.

Comment votre démarche RSE se structure-t-elle aujourd’hui ?

T&B Vergers a été créé sur de très fortes valeurs, mais l’absence de formalisation et de communication leur a été pendant longtemps néfaste. C’est pourquoi après la reprise de l’entreprise par les deux fils du fondateur, nous avons créé notre propre vocabulaire pour remplacer le terme « RSE » que nous jugions trop technique, et pas assez parlant pour nos collaborateurs.

Notre démarche RSE s’appelle depuis 2016 la Happy Culture, et repose sur quatre piliers :

  • Bzzzz : volet environnemental
  • Happy Coolture : bien-être au travail
  • POM’ (Plus Ouvert sur le Monde) : ancrage territorial et engagement associatif
  • Echanges : favoriser le dialogue constructif avec ses parties prenantes

Nous n’en étions pas vraiment conscients au départ, mais ces noms ont permis de donner une véritable identité d’entreprise à T&B Vergers.

Quels ont été les résultats ?

La culture et le conditionnement des fruits seront toujours des travaux physiques éprouvants dont nous ne pourrons jamais changer la nature. En revanche, les mesures que nous avons mises en place ont grandement amélioré le bien-être au travail des salariés : la douleur ressentie a été divisée par deux ; l’absentéisme lié aux TMS et RPS ainsi que les accidents du travail ont quasiment disparu.

Quels conseils donneriez-vous à une TPE-PME qui souhaite se lancer dans une démarche RSE ?

Il y a toujours un bénéfice à tirer de se lancer dans une démarche RSE. Je pense que le plus important est de ne pas essayer de tout faire en même temps.

Chez T&B Vergers, notre engagement RSE est parti d’une problématique d’entreprise, mais cela aurait aussi pu être une opportunité sur le marché. C’est de cela qu’il faut partir pour développer son action, sans quoi il peut être vite décourageant de se lancer sur tous les fronts à la fois qui ne porteront en plus leurs fruits que sur le long terme.

Enfin, il est essentiel selon moi de co-construire sa démarche RSE avec ses collaborateurs et ses autres parties prenantes. C’est la co-construction qui permet de ne pas tomber dans le green washing, et de motiver toute l’entreprise.

Qu’est-ce que le programme Entreprises de Demain vous a apporté ?

Même si notre politique de développement durable était déjà structurée, il était intéressant de confronter notre point de vue à celui d’autres entreprises de divers secteurs et à divers niveaux de croissance.

Nous avons également pu profiter d’exemples concrets et de prestataires auxquels nous n’avions pas pensé.

Certains sujets avaient en outre été laissés de côté par méconnaissance de notre part, comme par exemple l’impact de l’informatique sur l’environnement et le climat.

Nous avons également pu profiter de données et d’études très intéressantes dont nous nous resservirons pour développer nos ateliers RSE en interne.

Comment impliquez-vous vos collaborateurs ?

Nous avons pour ambition d’indexer une partie de la prime annuelle sur la performance RSE de l’entreprise.

Cette année, nous allons également lancer des ateliers RSE autour de thèmes que nous jugeons particulièrement importants chez T&B Vergers, comme par exemple la gestion des déchets, de l’informatique « vert », ou encore de la mobilité.

Nous participons régulièrement à des trophées qui récompensent les actions en faveur de la RSE. En interne, cela crée de l’émulation et des challenges. Cerise sur le gâteau, toute l’entreprise est hyper heureuse lorsque l’on est lauréat et en plus nos actions sont valorisées et légitimées par des tiers ! Une vraie belle reconnaissance !

Qui sont vos parties prenantes externes, et comment les impliquez-vous dans la RSE ?

Nous vendons essentiellement aux Grandes et Moyennes Surfaces, à des centrales d’achats, à des grossistes, à la restauration collective, et en direct au consommateur de façon marginale.

Nous communiquons avec nos parties prenantes en leur envoyant des newsletters ou des lettres, ou bien lors de nos contacts physiques.

Nous ouvrons également notre site à toutes nos parties prenantes dans le cadre de nos portes ouvertes « Le bonheur est dans le verger ». Nous avons accueilli récemment Agroe, Carrefour, ou encore des groupes scolaires. Cela permet à toutes nos parties prenantes d’apprendre quel est le parcours du fruit entre l’arbre et la barquette, et de lever les doutes qui se développent de plus en plus chez les Français à l’égard de l’agriculture.

Concernant nos fournisseurs, avons développé une charte qui permet de privilégier ceux situés à moins de 200 km de chez nous, ayant des engagements et éventuellement des certifications.

Quelle est votre relation avec les grands distributeurs ?

Nous avons de très beaux partenariats avec des enseignes très impliquées dans leur modèle RSE. Nous réussissions souvent ensemble à construire et développer des projets de fonds, comme valoriser l’agroécologie, le bio, la protection des polinisateurs ; sensibiliser le consommateur à des causes qui nous tiennent à cœur comme l’autisme par exemple. Nous ressentons une véritable envie de nous accompagner, de bouger les lignes… Néanmoins ce n’est pas toujours simple.

Avoir une vraie politique RSE pour une PME comme la nôtre a un coût ! Développer de nouvelles solutions agroécologiques, se convertir en bio, être hyper transparent dans nos pratiques, développer nos certifications, s’améliorer toujours davantage… Tout cela représente un très gros budget que nous ne parvenons que très rarement à intégrer dans nos prix de vente !  Nos marges sont grignotées, car nos couts de production s’emballent… 

Parfois nous avons le sentiment de marcher sur la tête… Nous avons par exemple banni, il y a plusieurs années maintenant, le plastique de nos emballages et avons mis en place des barquettes en carton recyclé et recyclable. Pourtant, nous sommes surpris souvent que cette matière soit à nouveau plébiscitée par certains distributeurs… De même, la guerre des prix reste une arme redoutable qui écrase toutes les bonnes volontés ! On ne connait malheureusement plus la vraie valeur des choses ! Produire un fruit de qualité avec une dimension écologique, sociale et éthique durable à un prix, qui aujourd’hui n’est pas reconnu.

Travaillez-vous avec les AMAP[1] ?

Nous avons travaillé avec des AMAP à une époque. Mais nous avons arrêté car la rétribution n’était pas suffisante. Nous vendons donc désormais nous-même en circuit court, ou directement en magasin. Nous livrons aussi à certains bars citoyens et participatifs comme à Lille, ou à des traiteurs écoresponsables.

Pensez-vous que l’on assiste à une réforme de la distribution ?

Les distributeurs font clairement face aujourd’hui à de nouveaux modes de consommation, à un monde instable, rapide. Notre seule force aujourd’hui, être à tout prix agile ! Le climat est donc souvent instable et forcément en tant que fournisseurs nous ressentons directement les variations, les secousses. A nous d’être aussi agile, voire plus et d’être force de propositions, d’initiatives… Ne plus subir !

Quels sont les prochains challenges à relever pour T&B Vergers ?

D’abord, nous souhaitons continuer à sensibiliser le client, par exemple sur le fait que nous ne pouvons pas faire du bio pour pas cher. Cela passera sur encore davantage de portes ouvertes.

Ensuite, nous voulons continuer à améliorer notre communication sur les réseaux sociaux.

Nous avons pour ambition d’être labellisés B-Corp à horizon 2021. Grâce au programme Entreprises de Demain et l’accueil du groupe Agroe, nous nous sommes rendu compte que nous étions déjà très avancés en matière de RSE.

Pouvez-vous me parler de votre stratégie de communication RSE ?

Notre stratégie s’attache à redonner ses lettres de noblesses à une agriculture qui est trop souvent à tort malmenée. Nous souhaitons la valoriser et sensibiliser à nos pratiques raisonnées et durables qui cessent de s’améliorer. Notre stratégie fait la part belle aux qualités gustatives des pommes et des poires de notre terroir et au savoir-faire des femmes et des Hommes qui œuvrent au quotidien pour développer te accompagner une consommation saine et responsable ! Bref, Chouchoutons la nature et les Hommes, tous ensemble…

Grâce à cette stratégie, à travers nos variétés de terroir, nous parlons de façon authentique de nos engagements RSE, grâce à nos quatre piliers Happyculture :

  • Bzzzz : volet environnemental
  • Happy Coolture : bien-être au travail
  • POM (Plus Ouvert sur le Monde) : ancrage territorial et engagement associatif
  • Echanges : favoriser le dialogue constructif avec ses parties prenantes

Nous n’en étions pas vraiment conscients au départ, mais ces noms ont permis de donner une véritable identité d’entreprise à T&B Vergers.

Aujourd’hui, nous sommes assistés par une agence de communication qui réalise nos graphismes et construit nos campagnes en collaboration avec notre dirigeant David Varras.

Cette année, nous avons aussi beaucoup travaillé à accroître notre présence sur les réseaux sociaux.

Nous avons cette année mis l’accent sur notre partenariat depuis 2017 avec l’association Artois Autisme, à laquelle nous reversons chaque année une somme que nous collectons spécialement pour eux. En 2017 et 2018, nous leur avons remis deux fois 7000€. En 2019, nous avons souhaité booster les recettes et avons à ce titre démarché les consommateurs finaux et les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS). Nous nous sommes appuyés pendant un mois sur les services d’une consultante freelance en communication. Nous avons lancé les hashtags #unepommepourlautisme et #unepoirepourlautisme, en invitant les consommateurs à se prendre en photo en contexte avec nos produits.

Cela a été très utile : un de nos prestataires, qui installait des panneaux photovoltaïques sur nos toits, est tombé sur l’une de nos publications et a décidé de reverser 1€ à ce programme par panneau solaire installé sur toute l’année. Depuis, nous proposons à tous nos fournisseurs de nous accompagner dans l’une de nos actions ! Un autre moyen de créer du lien et du partenariat éthique et social, de partager nos bonnes pratiques.

Nous nous sommes également engagés en interne : en atteignant 14 unités conditionnées par minute ou plus, le collaborateur faisait reverser un certain montant par l’entreprise à l’association. Nous prenions une photo et la partagions en interne, ce qui était très positif pour l’atmosphère générale.

En 2019, nous avons donc collecté 12 000€, soit 5 000 de plus que les années précédentes.

[1] Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne : il s’agit d’un partenariat de proximité entre un groupe de consommateurs et une exploitation locale. La Ruche Qui Dit Oui n’est pas une AMAP car c’est une entreprise, mais son fonctionnement est similaire : elle cherche à rapprocher les consommateurs des producteurs en réduisant les intermédiaires.

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