La directrice du Carreau du Temple s’engage pour la diversité culturelle

Voilà plus d’un an que Le Carreau du Temple a embrassé une nouvelle mission : devenir un lieu culturel et sportif, dédié aux modes de vie et aux nouveaux usages urbains. Rencontre avec Sandrina Martins, la directrice de cet établissement publique, qui nous en dit plus sur ce nouveau rôle. 
 

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  • 20 octobre 2021
  • Temps de lecture: 5 min
sandrina martins
© NC QJ agence Coolhuntparis

« Aujourd’hui encore, les établissements culturels restent très, voire trop, attachés à un modèle hérité des mandats d’André Malraux ou Jack Lang, où on sépare création artistique et projets culturels. » affirme Sandrina Martins, directrice du Carreau du Temple, établissement culturel de la ville de Paris. « Désormais, il faut penser les projets autrement. Au XXIe siècle un lieu culturel doit être un établissement qui s’inscrit pleinement dans les enjeux de la société contemporaine ».  
Une mission que le Carreau du Temple a pleinement embrassé depuis l’arrivée de sa directrice générale, il y a 6 ans.  

Au commencement, des femmes 

« Tout a commencé en mars 2019, une semaine après l’allocution d’Emmanuel Macron » se rappelle-t-elle. A l’instar des autres établissements publics français, Le Carreau du Temple, un ancien marché couvert du XIXe siècle sauvé de la démolition par la mobilisation citoyenne, doit baisser le rideau, et attendre. Sandrina Martins voit alors l’opportunité d’ouvrir le lieu à un public de l’ombre. « On a beaucoup parlé des entreprises en souffrance, des restaurateurs, de la solitude des gens. En revanche on a complètement omis les sans-abris. En l’absence de passants, touristes ou usagers du métro, cette population s’est trouvé privée d’une source de revenus lui permettant de se nourrir et s’abriter. ».  
Dès mars 2020, Le Carreau du Temple, en partenariat avec l’association Halte Femmes a alors commencé à accueillir des femmes en situation de précarité afin qu’elles bénéficient de repas chauds et d'un lieu pour se reposer en toute sécurité. « Au-delà du simple accueil des femmes, nous avons mis en place des espaces dédiés aux enfants grâce à un partenariat avec le Forum des Images. L'association La Fête des Voisines a proposé une permanence quotidienne de soins et santé (kinésithérapie, ostéopathie, podologie, manicure, pédicure...). Et enfin, la Fabrique de la Solidarité et l'association MaMaMa ont fourni aux mères isolées des vêtements chauds, des colis alimentaires et d’hygiène pour elles et leurs enfants. ».  

Une initiative qui, comme beaucoup d’autres, aurait pu s’arrêter net dès la fin du confinement. Pourtant, Sandrina Martins et ses équipes, fortes de cette expérience humaine, souhaitent aller plus loin et « faire entrer Le Carreau du Temple dans le XXIe siècle ».  
Partenariat avec des EHPAD (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), des associations sociales, ou encore la PJJ (direction de la protection judiciaire de la jeunesse), l’établissement publique qui accueillait à l’origine des événements tels que le Food Temple, le salon du vintage ou l’Urban Art Fair, s’ouvre aujourd’hui à un nouveau public afin de mélanger et surtout favoriser les rencontres. « Certains publics peuvent se sentir éloignés du monde culturel et artistique, ayant l'impression qu’il ne leur est pas accessible. A travers des activités sportives, ludiques ou créatives nous tentons de briser cette vitre de verre qui les éloigne de ce secteur. C’est à mon sens le rôle que doit embrasser un établissement culturel aujourd’hui ».  

Un lieu au service de ses usagés 

Bâtiment emblématique de l’histoire de Paris, qui fut successivement propriété de l’ordre des Templiers, marché couvert, ou halle d’exposition de la première Foire de Paris, Le Carreau du Temple est depuis toujours intrinsèquement lié aux Parisiens. En 2001, alors que le bâtiment est en déclin, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, fait part de sa volonté de le restaurer entièrement. Lors d'un concours d'idées lancé en 2003, 133 projets sont déposés, puis synthétisés en trois propositions soumises en février 2004 à un vote local. Les personnes habitant, étudiant ou travaillant dans le 3e arrondissement sont alors appelées à participer à cette grande expérience de démocratie participative.  

En renforçant son utilité sociale envers les populations et les territoires fragilisés, Le Carreau du Temple s’est progressivement réinventé.  
Avec un modèle économique, basé sur 70 % d'autofinancement et 30 % de subventions de la ville de Paris, le centre culturel s’est donné pour règle de ne jamais dépasser la barre des 10 % de réservation pour les événements privés (défilés de mode ou tournages).  
« Aujourd’hui, je pense que plutôt que de créer de nouveaux lieux, il faudrait davantage optimiser l’utilisation des espaces et la gestion des lieux qui existent déjà. » note la « dame du Carreau ». Une vision qui s’illustre depuis 2018 par PACT(e) : les résidences d'artistes en entreprises. A travers ce projet l’établissement public s’attaque depuis à 4 grands chantiers : soutenir autrement la création artistique, contribuer à l’évolution des politiques culturelles à travers un mode de production public/privé innovant, ouvrir l’art à de nouveaux publics et, enfin, recomposer l’attractivité des territoires. « PACT(e) innove dans le paysage des programmes dédiés aux entreprises car il se différencie du mécénat classique et du calcul de ses contreparties financières » précise Sandrina Martins. « Le financement est ici croisé entre Le Carreau du Temple et la structure d’accueil. Les résidences de création PACT(e) sont ouvertes à l’ensemble des structures qu’elles soient des TPE, des PME, des grands groupes ou des organisations publiques. C’est un dispositif de proximité permettant aux salariés et usagers des entreprises d’être les témoins privilégiés du processus de création d’une œuvre d’art.»