La nouvelle chaîne de valeur du cinéma

L'atelier Echo 5 de Bpifrance Inno Generation animé par Nicolas Parpex, directeur d'investissements Bpifrance, a débattu du cinéma français, le plus dynamique d’Europe tout en étant fragilisé financièrement par les nouveaux acteurs du numérique. Des experts ont envisagé des solutions pour qu’il résiste et donné leur vision de la salle de cinéma de demain…

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Echo 5 -  La nouvelle chaîne de valeur du cinéma par BpifranceInnoGeneration

Face au piratage et à l’agressivité de nouveaux acteurs, le cinéma français doit trouver des solutions pour garantir sa pérennité et rester le plus dynamique d’Europe.

Le cinéma en chiffres

« Le cinéma représente 120 ans d’innovation technique (muet, couleur, son…). En France, les salles ont enregistré 200 millions d’entrées et les dépenses des ménages dans l’audiovisuel se sont élevées à 10 milliards d’euros en 2015 », a contextualisé Nicolas Parpex, animateur de cet atelier.
La chaîne de valeur du cinéma se décompose ainsi : les producteurs réunissent les moyens financiers et techniques, les distributeurs préachètent des droits pour les commercialiser et les exploitants diffusent les films sur les écrans.

Un mode d’exploitation rigoureux

Aujourd’hui, un film de cinéma n’est disponible à la VOD que 4 mois après sa sortie en salle. Ensuite, il est accessible sur des chaînes payantes, puis des chaînes gratuites et, in fine, en SVOD, au cours d’un cycle de vie de 36 mois au total. « La France est le seul pays à être aussi rigoureux dans la chronologie des médias d’un film. Chaque fenêtre d’exploitation dispose d’une exclusivité, car elle correspond à un financement en amont. L’enjeu est de permettre un accès plus simple », estime Xavier Lardoux, directeur du pôle cinéma au Centre National de la Cinématographie (CNC). Ce dernier a un budget annuel de 600 millions d’euros qui émane des taxes spécifiques sur les télévisions et les opérateurs télécoms. « La règle française oblige ces acteurs à financer en amont le cinéma », rappelle-t-il.

Le numérique bouleverse les équilibres financiers

Cependant, l’apparition de nouveaux acteurs dans le numérique change la donne. « Aujourd’hui, il y a un vrai paradoxe, car les plateformes numériques ne financent pas les films », déplore Carole Scotta, présidente d’Haut et Court, une société indépendante de production et d’exploitation. Même son de cloche chez Xavier Lardoux : « Des acteurs comme Netflix et Amazon ne contribuent pas à la création de films, il faut convaincre l’Europe de contraindre ces opérateurs à financer le cinéma en France.» Pour Sébastien Beffa, partner au sein de Films Distribution, « Netflix est arrivé de manière agressive sur le marché. Il achète des films en SVOD dans le monde entier, qui sont ensuite très difficiles à vendre sur d’autres fenêtres. Il arrive ainsi à obtenir des produits quasi exclusifs.»

La quête de financement s’élargit

« La télévision reste le premier client du cinéma, mais elle a besoin d’exclusivité alors que le cinéma n’est pas exclusif. Notre système n’est plus compatible. Nous devons réfléchir à celui de demain », affirme Serge Hayat, membre du conseil d’administration de Fédération Entertainement, une maison de production indépendante. « Pour garder le contrôle de la production, il faut miser sur l’international - en allant chercher d’autres investisseurs », témoigne le producteur et président de CG Cinéma Charles Gillibert.

La salle de cinéma va évoluer

« Les salles de cinéma existeront toujours, même si d’ici cinq à dix ans, il y aura moins de nouvelles grandes implantations. Les multiplex rachèteront les moyennes exploitations et laisseront mourir les petites », prédit Marie-Laure Couderc, présidente de l’exploitant C2L. « Nous réfléchissons à la salle de demain pour adapter nos soutiens. Son avenir sera en centre-ville plutôt que dans les centres commerciaux », conclut Xavier Lardoux.