Les 4 tendances qui structurent le marché de l’édition post-Covid

À sa deuxième rentrée littéraire post-confinements, le marché de l’édition connait différentes mutations. Pour faire le point sur la dynamique du secteur, le DG de Média-Participations, 4e groupe d’édition en France, nous dévoile sa vision. 

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  • 30 septembre 2021
  • Temps de lecture: 4 - 5 min
BD et livres tendance

Né dans les années 80 après une reprise du magazine religieux Famille Chrétienne, le groupe s’est dirigé vers la bande dessinée en rachetant plusieurs maisons d’édition spécialisées BD à l’instar de Dargaud, le Lombard, Dupuis ou Ellipsanime dans le dessin animé. Média-Participations enregistre aujourd’hui un chiffre d’affaires de 600 millions d’euros, compte 80 sociétés et 6 métiers différents entre édition, audiovisuel et presse écrite. La clé de ce succès : « diffuser nos contenus sur tous les supports exploitables », affirme Claude de Saint Vincent, Le DG du groupe. Il nous partage sa vision sur le secteur de l’édition post-Covid.

2020, des résultats satisfaisants pour une année compliquée  

Claude de Saint Vincent, DG de ce géant de l’édition, est optimiste. Pour lui, le marché connait de nouvelles tendances, des hauts et des bas, mais reste résilient. « À chaque réouverture des rayons, le marché a formidablement réagi. En cette période difficile, il n’a reculé que de 3 ou 4 points  ce qui est une performance compte tenu des 3 mois et demi de fermeture des librairies. Dans l’ensemble, en raison des annulations des évènements, des foires et des voyages, les éditeurs ont pu suffisamment économiser pour compenser les effets de la crise sur leurs trésoreries. »  

Le secteur n’a perdu  que 3 % de son chiffre d’affaires. Malgré ce léger retrait du marché, le résultat économique en 2020, année rythmée par trois mois de fermeture des rayons, est globalement « satisfaisant » selon l’éditeur. Pour ce dernier, les différentes fermetures ont même constitué une opportunité pour le livre. « Sans cinémas, spectacles et musées, le livre s’est trouvé à peu près seul sur la scène culturelle. Nous n’avons pas gagné de nouveaux lecteurs mais ceux qui lisaient déjà sont devenus de gros lecteurs ! ». En ce qui concerne 2021, « Nous espérons même faire mieux », complète confiant le DG de Média-Participations.  

L’international et le digital : deux leviers de croissance pour l’édition

Depuis longtemps, le marché du livre subit une tendance lourde qui préexiste à la crise sanitaire : la perte des lecteurs. « 1 Français sur 2 n’a pas ouvert un livre pendant le premier confinement et ce n’est pas faute de temps. Il est évident que le contenu digital est un concurrent du papier mais il ne faut pas penser ce phénomène comme un problème mais comme une opportunité. ». Média-Participations pense ses contenus de manière transversale. En 2010, le groupe participe à Iznéo, catalogue numérique de référence pour la bande dessinée. « La numérisation aide aussi à s’adresser à une multitude de lecteurs dans le monde, ce qui permet de récupérer le lectorat qu’on perd en France. ».

 Le groupe qui réalise 20 % de son chiffre d’affaires à l’international repose essentiellement sur sa maison d’édition newyorkaise Abrams Books.  « Aujourd’hui, pour exister en tant qu’éditeur et s’étendre, il faut éditer en anglais, essayer l’international et oser d’autres formats. ». En application de cette vision, Média-Participations profite des canaux numériques pour diversifier ses productions. « Lucky Luke est né dans la presse, s’est exporté dans des albums de BD, a été adapté en dessin animé, dans des émissions télé et est même aujourd’hui dans un parc d’attraction. Mais il n’y a pas que Lucky Luke ! Un article récent sur les courges dans Rustica sera diffusé dans le magazine, sur le web, sur les réseaux sociaux mais fera aussi l’objet d’un beau livre de jardinage. Tous nos contenus ont vocation à voyager sur tous les supports ! De Lucky Luke… à la courge ! », ajoute avec amusement Claude de Saint Vincent.

Un déclin nuancé de la presse écrite  

Si le livre reste un produit phare sur la scène culturelle, la presse écrite est en déclin depuis plusieurs années. Remplacée peu à peu par les contenus numériques, la crise sanitaire n’a pas arrangé la tendance. Le groupe reste cependant très attaché à sa tradition de presse écrite. Pour cause, un mode de fonctionnement majoritairement par abonnement et très peu dépendant des recettes publicitaires. « Tous nos titres ne sont pas en kiosque. Famille Chrétienne et Magnificat fonctionnent à 100 % par abonnement, Rustica et Spirou peu dépendants du kiosque. Nous sommes donc peu sensibles à la perte des points de vente physiques. Mais nous n’avons jamais été dépendants de la publicité. La presse religieuse, le jardinage et le bricolage ainsi que la presse pour enfants attirent très peu les annonceurs ». Les magazines du groupe restent donc tous rentables et vivent grâce à leurs abonnés ainsi qu’à leurs synergies avec d’autres supports de contenus. 

 La France, deuxième marché derrière le Japon en nombre de ventes de mangas  

« En 2020 et 2021, on ne parle plus de croissance de manga mais d’explosion ! », précise Claude de Saint Vincent. La France est le deuxième marché après le Japon en nombre de mangas vendus. Depuis le début des années 2000 et chaque année, ce volume augmente. Le marché de la bande dessinée est d’ailleurs essentiellement porté par le manga. En 2004, les BD japonaises représentaient 12 millions de ventes sur un total de 45 millions. En 2020, ces ventes se sont hissées à 22 millions. A la fin de l’été, le secteur affichait un progrès de 120 % en nombre de ventes après une hausse de 40 % l’année d’avant.  

La généralisation du Pass Culture y est pour quelque chose selon l’éditeur. Chez certains libraires il est rebaptisé “Pass Manga”. « Il n’est pas rare de voir arriver des enfants et des adolescents qui dépensent jusqu’à 300 euros en mangas ». Si les bandes dessinées à la japonaise - que la maison Kana (qui appartient au groupe) a été la première à éditer dans l’ordre de lecture japonais - affichent une belle prospérité, d’autres secteurs n’ont pas autant la cote. Les dictionnaires, les guides ou encore la littérature de voyage accusent une baisse de ventes de près de 55 %. La littérature contemporaine fait régulièrement de grands succès. On note récemment le prix Goncourt 2020 (l’Anomalie d’Hervé Tellier, chez Gallimard) qui a été le deuxième prix Goncourt en termes de vente de l’histoire après l’Amant de Marguerite Duras. « Toutefois, le manga prend une place certaine et stable, on ne parle plus de mode mais de tendance pérenne ».  

Cette stabilité s’explique aujourd’hui par la coexistence de plusieurs générations d’amateurs de manga. « D’abord, une génération de trentenaires qui a beaucoup regardé des dessins animés japonais en son enfance. C’est un lectorat qui achète des mangas par nostalgie et qui lit toujours Dragon Ball Z, Yu-Gi-Oh ! Détective Conan et Naruto. D’un autre côté, une génération plus jeune qui consomme des mangas en cours de parution. Le manga attire aussi par le rythme de sa production qui réussit à concurrencer celui des contenus digitaux en rapidité. »    
  
Trois recommandations de lectures récentes du DG du groupe de Média-Participations : 
 
•    Le Combat ordinaire, une série BD en 4 tomes par Manu Larcenet éditée chez Dargaud 
•    Là où chantent les écrevisses, premier roman à succès de l’écrivaine et zoologiste américaine Delia Owens, paru en 2019 au Seuil.  
•    Madeleine résistante, une série de BD historique dont le premier tome vient de paraître chez Dupuis.