Maria Karunagaran [R&K] : « On peut dire que c’est grâce à la pandémie que nous avons rapatrié notre production en France ! »

Quand la French Touch redynamise le territoire ! R&K, une jeune griffe de souliers masculins sur-mesure, vient de relocaliser son usine de production italienne en Bretagne. Son objectif : faire renaitre le tissu industriel local grâce à un concept entre innovation et savoir-faire traditionnel.

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  • 16 avril 2021
  • Temps de lecture: 2-3 min
R&K French Touch

« J’ai toujours voulu fabriquer en France, mais l’industrie de la chaussure y est en totale voie d’extinction », affirme Maria Karunagaran fondatrice de R&K (Maison Felger), une marque de souliers pour homme novatrice basée sur la technologie 3D.

En effet, pas toujours facile de produire en France quand le savoir-faire et les artisans y sont de plus en plus rares. Une problématique qui pousse l’entrepreneure à se tourner vers l’Italie lors de la création de son entreprise en 2017. Pendant quatre ans, elle y perfectionne son concept grâce au savoir-faire d’exception cultivé dans le pays. Maria Karunagaran a pourtant la conviction que c’est en France qu’elle pourra offrir la meilleure traçabilité à ses clients.

« On peut dire que c’est grâce à la pandémie que nous avons rapatrié notre production en France ! » affirme l’entrepreneure.
En mars 2020, l’Europe entre en confinement, stoppant de façon inédite la production de bon nombre d’industriels et d’artisans. Impossible alors pour Maria Karunagaran d’importer ses chaussures d’Italie. Une situation qui la pousse à revoir son process de fabrication. La fondatrice et son mari prospectent alors sur tout le territoire français et découvre un ancien vivier de fabricants de chaussures en Bretagne. « Avec mon mari nous avons rencontré d’anciens professionnels et employés d’usines, toujours autant passionnés par leur métier, qui étaient prêts à nous rejoindre pour lancer une usine à Fougères. Un enjeu de taille car, au-delà de recréer un tissu industriel local, nous voulions également transmettre à la jeune génération un savoir-faire qui ne s’apprend plus dans les écoles », détaille l’entrepreneure.

Accompagnée par la CCI locale, la région et le Centre Technique du Cuir, la griffe s’installe rapidement dans un local situé à Parigné, dans l’agglomération de Fougères, et lance ses premières paires « made in France » dès avril 2020. En parallèle la marque de soulier sur-mesure change de nom pour s’inscrire dans ses nouvelles racines bretonnes et devient Maison Felger. 

L’innovation au service du savoir-faire

Tombée dans la chaussure dès la fin de ses études, Maria Karunagaran ne se doute pourtant pas que c’est un heureux évènement personnel qui lui mettra finalement le pied dans l’entrepreneuriat !
En organisant son mariage, son futur mari et elle se rendent compte à quel point il est difficile de trouver la paire de chaussure parfaite pour un événement tel que celui-ci. « Qu’on soit homme ou femme, on se fie souvent à quelques secondes d’essayage pour choisir des souliers. Or c’est souvent trop court pour savoir si une paire nous correspond véritablement et s’assurer qu’elle ne nous fera pas vivre un véritable enfer à chaque fois qu’on la portera ! ».
Rapidement le couple se rapproche de podologues et d’orthopédistes pour mieux comprendre comment créer une chaussure sur-mesure, ergonomique et parfaitement adaptée à la morphologie de son propriétaire. C’est le début de R&K.
Grâce à l’utilisation d’un scanner 3D, le couple développe une technologie capable de mesurer le pied en quelques minutes, sans aucune déformation, pour un confort et un rendu optimal.

Une innovation qui séduit une clientèle privilégiée en France mais également à l’international. « Deux ans après notre lancement, nous avons été contactés par des acheteurs saoudiens pour développer notre produit dans leur pays, très sensible à la French Touch ».
Soucieuse de son empreinte environnementale, la marque vend des accessoires fabriqués en partie à partir des chutes de cuir, issues de la conception des souliers, afin de limiter les pertes de matières premières. « Nous travaillons également avec Adapta, une entreprise qui source pour nous des cuirs de stocks dormants. Il s’agit de pièces de cuirs que les grandes maisons de luxe n’utilisent plus et qui normalement seraient détruits. Ce mode d’approvisionnement est très important pour nous car chaque année, près de 36 tonnes de cuir sont détruits par les grandes maisons », déplore l’entrepreneure.

Actuellement en pleine levée de fonds, Maria Karunagaran espère aujourd’hui injecter toujours plus de technologie dans son concept, rendre l’expérience client unique et ouvrir de nouveaux points de vente à l’international, notamment en Suisse, au Luxembourg ou encore en Angleterre. « Si cela prend, on ira très vite dans les pays du Moyen-Orient ou sur le continent africain qui est très demandeur. Et d’ici septembre nous ouvrirons un nouveau point de vente parisien ! »