Pascal Breton [Federation Entertainment] : « L’enjeu maintenant, c’est de devenir le Netflix des producteurs »

Pascal Breton, PDG de Federation Entertainment, un studio indépendant de production et de distribution dédié aux séries premium françaises et internationales, revient sur son partenariat avec les plateformes de streaming et sur l’accélération du marché de la fiction depuis la pandémie.

  • Actus
  • Culture
  • French Touch
  • Tendances
  • Articles
  • Nationale
  • 30 juin 2021
  • Temps de lecture: 5 min
FF

 

Babar, Les Aventures de Tintin, Dolmen, Sous le Soleil… des séries qui ont marqué notre jeunesse et derrière lesquelles se cache un serial entrepreneur : Pascal Breton.
Après une première aventure entrepreneuriale avec Marathon Media Groupe, renommé Zodiak Kids après son rachat par Zodiak Media en 2007, l’entrepreneur, incontestablement mordu de cinéma et de séries, décide de « remettre le couvert » en 2013 avec Federation Entertainment. Rapidement, l’entreprise devient l’un des premiers studios de production et de distribution indépendants d’Europe grâce à des séries comme « Le Bureau des légendes » , « Marseille » ou plus récemment « En thérapie ».
Membre actif de La French Touch, Pascal Breton revient aujourd’hui sur le secteur de la fiction française ainsi que sur son rapport avec les plateformes de streaming.

 

Bpifrance : Vous avez fondé votre entreprise en 2013, alors que les plateformes de streaming commençaient tout juste à se développer en France. Pour vous, était-il évident qu’il faudrait dorénavant travailler main dans la main avec elles ?

Pascal Breton : Quand j’ai pris conscience du développement rapide de Netflix aux Etats-Unis, j’ai su qu’il ne fallait pas louper le coche. En 2015, lorsque la plateforme est arrivée en Europe, j’avais déjà à mon actif de beaux projets comme « Le bureaux des légendes », ce qui m’a permis de travailler avec eux sur leur première série européenne : « Marseille », avec Gérard Depardieu.
J’ai tout de suite remarqué à quel point Netflix avait des besoins de contenus pour la France, l’Espagne ou l’Italie, alors je me suis entouré des meilleurs producteurs européens pour proposer des séries en liens avec ces pays. On a notamment créé « Baby », « Marianne » ou « The Grave ». Rapidement, notre objectif a été de devenir le premier producteur pour des plateformes telles que Netflix, Disney + ou Amazon Prime en proposant des séries « clé en main », prêtes à être diffusées.

B : La pandémie a-t-elle redistribué les cartes ?

PB : Complètement ! C’est simple, en un an, j’ai triplé mon carnet de commandes. Avec le confinement, les abonnements aux plateformes ont explosé. Ça a entrainé un bouleversement radical dans le secteur, notamment chez Disney qui a annoncé vouloir concentrer sa production sur les plateformes de streaming. Coté production, il y a une vraie accélération de l’utilisation d’effets spéciaux. On va de plus en plus tourner en studio, cela nous évite d’être tributaires des aléas climatiques et sanitaires.

D’ici 5 ans, il y aura plus de 50 millions d’abonnements en France, soit 2 abonnements par foyer. C’est donc un marché gigantesque, d’autant plus que nous n’en sommes qu’au commencement.

B : Pour vous, il y a donc encore de la place pour de jeunes pousses ?

PB : Il y a une véritable vague d’auteurs et producteurs qui arrive, et ça c’est grâce aux plateformes. Le seul secteur où le marché reste encore fermé, c’est la diffusion, car là il n’y a pas de place pour les petits joueurs. En revanche, sur la production, l’écriture, la réalisation ou la conception, il y a des places à prendre. C’est la première fois que le marché s’ouvre autant et je pense que ça va durer au moins 10 à 15 ans !

J’aurais adoré commencer mon métier en ce moment. Quand je me suis lancé, j’avais 10 fois moins d’opportunités qu’il n’y en a aujourd’hui. Mon seul avantage, c’est que je n’avais pas beaucoup de concurrents !

B : Aujourd’hui, vous avez noué un véritable partenariat avec des géants comme Amazon Prime ou Netflix. Le processus de création est-il différent quand on travaille pour une plateforme plutôt que pour une chaine de télé ?

PB : Le process n’est pas différent, en revanche la cible oui. Quand on prépare une série pour TF1, une chaine regardée par plus d’un tiers des Français, il faut faire attention à ne choquer personne. Alors que lorsqu’on fait du Netflix par exemple, on peut s’adresser à une cible très définie, avec un ton plus moderne, et se permettre d’être un peu moins fédérateur.

B : Que nous réserve Federation Entertainment pour les mois et les années à venir ?

PB : L’enjeu maintenant, c’est de devenir le Netflix des producteurs ! Federation Entertainment a toujours eu pour but d’optimiser les contenus des meilleurs talents français et internationaux, afin de permettre aux plus petits producteurs, qui n’ont pas la capacité de négocier avec la plateforme, d’obtenir les meilleurs deals. Aujourd’hui, ce qui me plait le plus, c’est de transmettre cette expertise et ce réseau acquis à mes équipes et aux jeunes acteurs de l’écosystème.