Time for the Planet : un fonds citoyen qui investit dans la transition écologique

Time for the Planet ambitionne de récolter 1 milliard d’euros pour créer 100 entreprises en faveur de la transition écologique. Avec un modèle d’actionnariat inédit, l'entreprise à mission veut apporter une solution optimiste, collaborative et ambitieuse au réchauffement climatique. 

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  • Transition écologique et énergétique (TEE)
  • 02 septembre 2021
  • Temps de lecture: 5 min
time for the planet

Malgré le dernier rapport alarmant du Giec sur le dérèglement climatique, l’espoir demeure. « Des réductions rapides, à grande échelle et durables des émissions limiteraient le changement climatique. En vingt ou trente ans, les températures mondiales pourraient se stabiliser », indique Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du Groupe de travail 1 du Giec, au journal Ouest-France. Pour Time for the Planet, la solution se trouve dans l’entrepreneuriat solidaire. L’entreprise à mission s’est fixée pour objectif de récolter 1 milliard d’euros pour créer 100 entreprises luttant contre le réchauffement climatique. « C’est à la fois un coup de communication qui nous a offert beaucoup de visibilité au lancement, mais aussi un moyen de montrer notre ambition », affirme Denis Galha Garcia, l’un des cofondateurs de Time for the Planet.  

Depuis son lancement en décembre 2019, le compteur sur le site internet affiche à ce jour plus de 5,5 millions d’euros récoltés, auprès de plus de 27 000 actionnaires. « Nous devons aller vite, le signaler haut et fort et se mettre à hauteur du problème pour avoir un réel impact », poursuit l’entrepreneur. 

Entre fonds d’investissement et startups studio 

Les sommes récoltées sont réinvesties auprès de chercheurs qui souhaitent développer des innovations responsables pour créer leur entreprise et les accompagner dans leur développement. « On propose du cash comme un fonds, de la mise en relation et la mise en place d’un CEO pour mettre au point une stratégie de déploiement d’entreprise. On fait ensuite jouer notre pouvoir de communication et sollicitons notre communauté pour trouver des clients ». S’appuyant sur un comité scientifique composé de 14 membres, Time for the Planet a déjà sélectionné cinq projets en lien avec différentes thématiques comme la captation carbone, la valorisation des déchets thermiques, mais aussi la décarbonation du secteur du bâtiment. « Notre offre se rapproche d’un fonds d’investissement, mais nous ne sommes pas intéressés par la rentabilité, mais par l’impact de la solution », souligne Denis Galha Garcia.  

Si certains voient en Time for the Planet un fonds citoyen, son business model se rapproche d’un startup studio. Chaque entreprise créée devient une filiale qui génère des profits qui permettent de faire vivre la structure. En attendant l’instauration des premiers projets, les sommes récoltées auprès des actionnaires servent d’amorce à la pompe. « Elles permettent de lancer les premières innovations, payer les frais du site internet, l’organisation des assemblées générales, les éléments de communication, etc. ». Les six fondateurs, eux, attendent d’atteindre la barre des 10 millions d’euros récoltés avant de se rémunérer.  

Actionnariat 2.0  

Contre le sentiment d’impuissance, Time for the Planet veut apporter une solution optimiste et collaborative en démocratisant l’accès à l’actionnariat. En quelques clics sur le site internet, n’importe qui peut devenir actionnaire pour 1 euro par action et ainsi participer à la vie de l’entreprise. « Contrairement à un don, être actionnaire te rend propriétaire du projet et te donne les moyens d’y participer activement », compare Denis Galha Garcia. Sur les 27 000 associés, 5 000 sont actifs tous les jours sur le chat. Contrairement à une entreprise classique, ils ne recevront pas de dividende. Ils récupéreront simplement la somme versée à l’entreprise. Représentés majoritairement par des particuliers, les actionnaires sont aussi des entreprises. « On vise à aller plus vers cette cible pour lever plus de fonds, mais nous voulons qu’en nombre, il y ait plus de citoyens que de sociétés », affirme le cofondateur.  

Comme toute entreprise, les actionnaires se réunissent lors d’assemblées générales, en visioconférence. Lors de la dernière AG, les cofondateurs ont présenté les projets présélectionnés. « Nous avons répondu aux questions des actionnaires. A la fin, ils ont pu voter pour les projets qu’ils souhaitaient soutenir. Sur les 5 présélectionnés, 2 ont été choisis pour être lancés prochainement ».  

Innovation en open source 

Pour augmenter l’impact contre le dérèglement climatique, Time for the Planet mise sur le partage des savoirs et la collaboration. Toutes les innovations seront accessibles à tous au travers de licences libres. « On ne peut pas sauver le monde en empêchant les autres d’agir. On préfère partager chaque innovation à l’échelle mondiale pour avoir un impact conséquent ». Denis Galha Garcia et les cinq autres fondateurs veulent aussi éviter qu’une startup meurt prématurément sans que son projet n’ait eu d’impact. « Si certaines meurent, ce n’est pas parce que l’innovation n’est pas bonne, mais à cause d’autres facteurs. L’open source permet donc de limiter les risques. Et si ce n’est pas nous qui développons le projet mais quelqu’un d’autre, nous aurons atteint notre objectif ».  

Time for the Planet est en bonne voie pour atteindre ses ambitions. « On s’est fixé d’atteindre le premier million la première année, 10 la deuxième et 50 la troisième ». Mais au-delà des fonds levés, ce sont les actes qui sont jugés. « Comme tout entrepreneur, nous sommes frustrés de ne pas aller encore plus vite. Cette première année nous a permis de nous faire connaître, désormais, nous souhaitons accompagner et développer les premières entreprises », souligne Denis Galha Garcia, pour qui Time for the Planet représente un moyen de « participer à un avenir meilleur et soutenable pour [son] fils ».