Voyages d’affaires : une baisse de 60% de l’activité en 2020, et après ?

Secteur particulièrement impacté par la crise sanitaire,le tourisme français a connu une période de relance durant l’été suite à l’assouplissement de certaines restrictions;Qu’en est-il de la filière du tourisme d’affaires, qui regroupe aussi bien des professionnels du voyage que de l’événementiel ? Eléments de réponse avec Manoel Assaf, chargé d’investissement du pôle tourisme et loisir au sein de Bpifrance.

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  • 22 octobre 2021
  • Temps de lecture: 5 min
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Contraint de s’adapter à de nouveaux enjeux sociétaux, le tourisme d’affaires connait actuellement une mutation qui pourrait être durable. La crise du Covid-19 a eu des conséquences importantes sur le secteur durant de nombreux mois : les voyages d’affaires ont diminué de près de 60% en 2020 en France selon une étude de KPMG. 

Quelques acteurs polyvalents comme les hôtels et restaurants sont parvenus à compenser certaines pertes grâce à une relance progressive du tourisme de loisir domestique. « Contrairement à nos voisins européens, la France a la chance d’avoir une clientèle domestique qui a les moyens de voyager. En plus des différentes aides allouées, les restaurateurs et hôteliers situés sur nos côtes et dans certaines régions sont parvenus à réaliser de bons chiffres durant les étés 2020 et 2021 » explique Manoel Assaf. Un regain inégal en fonction des régions, et que n’ont malheureusement pas connu les professionnels de l’événementiel, spécialisés dans l’organisation de salons, de congrès ou encore de séminaires.  

Les chiffres du bilan d’activité 2021 des parcs d’expositions et congrès publiés par la CCI Paris Ile-de-France sont éloquents (voir infographies ci-dessous). Le secteur du MICE - de l'acronyme anglais « Meetings, incentives, conferencing, exhibitions », particulièrement touché par la crise a constaté une perte de près de 80 % de son activité (retombées économiques et ventes non réalisées) en 2020 du fait de l’annulation importante des congrès et salons. « L’arrêt quasi-total s’explique assez facilement : aux restrictions de voyage auxquelles se sont ajoutées les restrictions budgétaires des entreprises, elles-aussi impactées par la crise et moins enclines à dépenser de l’argent dans des événements ou des déplacements de salariés » poursuit Manoel Assaf. S’ils ont bénéficié de manière proportionnelle des fonds de solidarité, des PGE ou encore du chômage partiel, les acteurs majeurs du tourisme d’affaires ont dû longuement patienter avant la reprise de leurs activités.   

Impact économique de la crise sanitaire sur l’activité des salons en 2020 et 2021 

Infographie tourisme infographie tourisme 2021

© CCI Paris Ile-de-France 

Digitalisation et RSE, les nouvelles composantes 

Privés de rendez-vous physiques, les entreprises et organisateurs se sont quant à eux tournés vers une digitalisation des événements. Si ce nouveau modèle ne permet pas de générer de revenus localement, il a le mérite d’offrir une visibilité à moindre coût aux entreprises participantes. En Ile-de-France, 67 salons se sont tenus en digital en 2021 et le format « phygital » - qui permet de réunir des exposants sur place et à distance - pourrait s’imposer, à l’image de Big 2021. « C’est une sorte de renouveau puisque certaines entreprises ont découvert les rencontres digitales et se sont rendu compte que ça fonctionnait, pour un coût beaucoup moins important. Des évènements « hybrides » alliant le physique et le digital sont maintenant mis en place par les acteurs du MICE » détaille Manoel Assaf.  

Cette mutation s’opère à une période où toutes les entreprises ont la volonté de s’inscrire dans une démarche RSE forte. Outre la réduction des dépenses, la digitalisation – lorsqu’elle est possible – permet de limiter fortement leur impact environnemental. « Près de 30 % des voyageurs d’affaires ont déjà modifié leur mode de transport et se déplacent uniquement si cela est nécessaire et inévitable ». 

L’émergence d’une nouvelle clientèle et l’adaptation de l’offre hôtelière 

L’adaptation, telle sera vraisemblablement la norme pour les mois à venir. « Certains hôtels travaillent leur expérience client en convertissant les salles de réunions en cabines de spa et de bien-être, d’autres adaptent leur offre de restauration pour assurer un service à table complet en chambre ou développer une gamme dédiée à la livraison à domicile », nous avait expliqué Adrien Brousset, conseiller en marketing digital hôtellerie et restauration 

L’émergence du numérique et l’augmentation du télétravail ont fait apparaitre de nouvelles typologies de clientèles d’affaires. Le « bleisure » représente par exemple une clientèle qui a explosé depuis la crise et qui allie voyages d’affaires et loisirs. « Pouvant travailler de n’importe où, la clientèle peut désormais voyager et découvrir de nouveaux lieux tout en maintenant son activité professionnelle », explique-t-il. Pour répondre à cette demande, certains hôteliers développent des espaces de coworking ou flex-offices afin que leurs logements soient adaptés au télétravail.  

Résilience et perspectives de reprise 

Les perspectives de reprises varient selon les destinations et restent incertaines du fait de leur dépendance à plusieurs facteurs, tel le trafic aérien et le retour de la clientèle internationale. « Les professionnels sont confiants dans le retour des fréquentations du tourisme d’affaires d’ici 2023. En France, la reprise est néanmoins actée par le retour progressif de la clientèle affaires domestique ». 

Ce coup d’arrêt pourrait être contré par les préconisations concrètes actuellement formulées à l’Etat par le comité de pilotage des congrès et salons afin que la reprise de l’activité se fasse dans les meilleures conditions. Les professionnels ont ainsi réclamé le prolongement des aides existantes, un nouveau dispositif spécifique à l’événementiel, la préservation d’une activité minimum en période de crise, le soutien des investissements des sites d’exposition, une aide à la mise en place de nouveaux salons hybrides ou encore un accès facilité pour la clientèle internationale.  

Un dernier point important au vu de la fréquentation des événements organisés récemment, à l’image de Global Industrie, le rendez-vous européen des industriels. Si les PME étaient bien représentées (85 % des exposants contre 65 % par le passé), les habitués étrangers n’ont pas fait le déplacement. « Ils ont fait l'économie de plusieurs centaines de milliers d'euros que leur coûtent habituellement des stands de 400 mètres carrés. La moyenne des surfaces est tombée de 45 à 30 mètres carrés cette année » a confié Sébastien Gilet, directeur de ce rendez-vous GL Events au site les Echos. Une nouvelle donne qui n’empêche pas le groupe de s’adapter, en programmant 85 % de ses événements prévus cette année entre septembre et décembre.  

Enthousiastes malgré d’importantes pertes, les professionnels du secteur vont devoir se réinventer. « Bien que la date de retour des fréquentations d’avant crise soit encore incertaine, les salariés auront toujours besoin de se réunir à l’occasion de séminaires, de se déplacer pour des contrats ou pour promouvoir leur savoir-faire. Aux acteurs de l’hôtellerie et de l’événementiel de s’adapter aux nouvelles demandes » conclut Manoel Assaf.