Endodiag dépiste l’endométriose grâce à une simple prise de sang

Longtemps tabou, l’endométriose est aujourd’hui au cœur d’un vaste plan de santé initié par l’Etat et surtout par toutes celles qui ont choisi de briser le silence sur un quotidien de souffrance. Retour avec Cécile Real sur Endodiag, une solution qui, à terme, permettra le dépistage de l’endométriose par une simple prise de sang.

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  • 15 septembre 2021
  • Temps de lecture: 2-3 min
endodiag

« C’est un marché de niche, pourquoi travailler là-dedans ? », « ça sert à quoi de diagnostiquer une maladie qu’on ne peut pas soigner ? », « pourquoi tu veux travailler sur une maladie rare ? » … Ces ont pendant longtemps été le quotidien de Cécile Real, PDG et co-fondatrice d’Endodiag, une entreprise qui participe à la recherche sur l'endométriose en développant des solutions de diagnostic axées sur le dépistage de la patiente. 

Endo quoi ?

Maladie complexe dont les symptômes varient, l’endométriose se caractérise généralement par la présence de tissus semblables à la muqueuse utérine en dehors de l'utérus. Elle entraine dans de nombreux cas des problèmes de fertilité ainsi que des douleurs chroniques pendant les règles ou les rapports sexuels. « C’est l’un des plus gros problèmes de santé publique chez les femmes et pourtant en 2010, rien n’avançait ! », se rappelle Cécile Real. « A l’époque, on disait seulement d’elle que c’était une maladie qui touchait les femmes, qu’elles n’en mourraient pas, et que de fait… tout le monde s’en foutait un peu !».
Face au manque d’attention et de financements apporté à cette maladie, Cécile Real, accompagnée d’un biologiste-scientifique et d’un chirurgien rencontrés sur le tard, décide de concevoir un test simple et pratique pour diagnostiquer l’endométriose : Endodiag. 

« Encore aujourd’hui, seule une opération chirurgicale permet de diagnostiquer la maladie. On prélève un morceau de cette potentielle endométriose, pour ensuite l’analyser et enfin donner un diagnostic à la patiente. Au total, il peut s’écouler 7 à 9 ans entre l’apparition des symptômes et le diagnostic effectif. ». Une errance médicale que l’entrepreneure combat en offrant un diagnostic moins invasif, plus rapide et surtout sans chirurgie afin d’identifier la typologie d’endométriose et améliorer la prise en charge des patientes. Le projet le plus avancé de l’entreprise – commercialisé d’ici la fin de l’année – est un test sanguin qui permet un diagnostic précoce de la maladie. 
Dédiée dans un premier temps aux laboratoires, Cécile Real et son équipe espèrent un jour pouvoir proposer cette solution aux cabinets gynécologiques, et « dans un monde parfait, nous aimerions que l’endométriose puisse être pré-suspectée directement chez les médecins généralistes ». 

Endométriose, parlons-en !

Aujourd’hui, l’endométriose touche plus de 180 millions de femmes dans le monde, dont 2,5 millions en France. Pourtant, il y a moins de 10 ans, seulement 30 % des Françaises en avait connaissance. « Si les gens ne connaissent pas une maladie, il est très dur de la soigner », déplore l’entrepreneure. Une conviction qui pousse Cécile Real à lancer une « grande campagne » de pédagogie autour de l’endométriose. Oz2020, une initiative soutenue par la Femtech, est le premier né de cette « éducation collective ». Premier observatoire de l’endométriose en France, il contribue à fournir des données précises sur la maladie et les patientes afin d’aider la recherche. 
Présidente du fonds Medevice Capital, un fonds créé à l'initiative d'entrepreneurs spécialisés dans le domaine de la santé, Cécile Real entend bien continuer son « combat » en créant des passerelles avec d’autres chercheurs. « Nous aimerions nous associer avec une entreprise de biotech spécialisée en oncologie, parce que les mécanismes de l’endométriose et de certains cancers ont des similarités intéressantes. ». 

Un élan soutenu par l’Etat comme l’a annoncé Olivier Véran en mars 2021, avec le lancement des "Travaux de la stratégie nationale contre l’endométriose ». Menée par le docteur Chrysoula Zacharopoulou, députée européenne et gynécologue, cette mission permettra de prendre à bras le corps la lutte contre cette maladie. En travaillant à l’amélioration de sa détection ainsi que sur le parcours de soins des patientes, leur prise en charge, mais également en renforçant la recherche médicale, l’Etat espère faire connaître la maladie et accompagner au mieux celles qui en souffrent. 
« Pour combattre l’endométriose, toutes les solutions méritent d’être étudiées, et je vous invite, aujourd’hui et dans les semaines de travail que nous avons devant nous, à être innovants, à être créatifs, à ne pas avoir peur de nous bousculer. C’est un espoir pour des centaines de milliers de nos concitoyennes touchées par cette maladie », affirme Olivier Véran dans un communiqué de presse.