Laville Braille : d’une imprimerie à un acteur de l’accessibilité culturelle

Grâce à un savoir-faire pointu en impression en relief et à une expérience de plus de 30 ans dans le domaine, Laville Braille vise à rendre les œuvres d’art plus accessibles au public souffrant d’une déficience visuelle.  

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  • 07 septembre 2021
  • Temps de lecture: 2-3 min
Laville

« Notre vision est simple mais particulièrement motivante pour nous tous : rendre la culture plus accessible aux non-voyants et aux malvoyants en rendant le dessin tactile et le braille présents dans tous les lieux de culture. », explique Baptiste Dupont-Grillet, chef de l’entreprise 

Imprimeur parisien à ses débuts, Laville s’est spécialisée lors de sa création dans la fabrication de cartes de visite en thermo-relief. Une technique d’impression à la mode dans les années 80 et 90, qui consiste à « caraméliser » l’encre pour lui donner un aspect brillant et gonflé afin de produire un effet esthétique. Ce n’est que plus tard que Pierre Fustier, fondateur de l’entreprise, a eu l’idée d’améliorer cette technique pour éditer des documents en braille, à des prix et des volumes plus importants que ce qui était possible jusque-là. Très vite, le fondateur a poussé davantage ses techniques d’impression pour transcrire des dessins tactiles à destination des non-voyants et des malvoyants, une expertise qui porte aujourd’hui le projet. 

Le dessin tactile pour transmettre une émotion esthétique aux non-voyants  

« Sans l’outil de médiation qu’est le dessin tactile, on peut installer toutes les signalétiques, textes en braille, audiodescriptions que l’on veut, le musée restera un lieu abstrait et inaccessible pour un non-voyant », explique l’entrepreneur. Pour l’entreprise, rendre les lieux de culture accessibles c’est transmettre l’émotion esthétique ressentie par un voyant lors de la contemplation d’une œuvre d’art à une personne non-voyante, par l’intermédiaire du dessin tactile.  

Grâce à des techniques avancées, Laville Braille travaille sur des transcriptions tactiles et visuelles des images  jusqu’à 5mm d’épaisseur et 9 niveaux de reliefs différents. L’idée est de communiquer sensoriellement l’émotion grâce à des textures différentes au toucher. « Nous sommes en train de travailler  avec le Musée d’Orsay sur des transcriptions d'œuvres de peintres pointillistes. L’idée est de donner à toucher à la fois les grands éléments de la composition mais aussi la technique particulière de ces peintres. Nous travaillons également sur la transcription tactile d’une magnifique gravure napoléonienne de la campagne d’Egypte pour le musée de Saint- Germain. Un véritable défi car elle est très détaillée et elle présente un grand nombre de symboles et d'allégories passionnants à découvrir et raconter. »  

Les impressions à relief au service du dialogue et de la transmission  

L’entreprise, qui travaille actuellement avec de nombreux musées en France, en Belgique et en Italie, articule son projet autour de la transmission. Si la perception sensorielle d’une émotion esthétique est au cœur du projet de Baptiste Dupont-Grillet et de son équipe constituée d’une dizaine de passionnés d’art et de culture, la relation entre non-voyants et voyants en est également l'un des enjeux principaux. « Au-delà de la stricte question de l’inclusivité et de l’accessibilité des musées et des lieux de culture, notre offre répond surtout à un besoin de dialogue entre les voyants et les non-voyants. »  

Pour le directeur de Laville Braille, l’accessibilité de l’art aux non-voyants est étroitement liée à leur capacité de communiquer avec les voyants qui les accompagnent lors de leurs visites culturelles. Les supports sont alors conçus en prenant en compte à la fois le toucher et la vue. « Plus un voyant prendra du plaisir à regarder, manipuler et utiliser nos dessins tactiles, plus son discours sera enthousiaste, riche, passionnant et plus il parviendra à attiser la curiosité et l’intérêt des non-voyants pour l'œuvre qu’il raconte et qu’il fait toucher. C’est par le dessin tactile et le dialogue que ces derniers prendront du plaisir et de la joie à leur visite et en ressortiront avec l’émotion de ceux qui ont découvert et compris quelque chose qui leur paraissait jusque-là inaccessible et insaisissable. », explique le directeur. 

En effet, en plus de recourir à l’offre de l’entreprise pour des enjeux d’accessibilité, certains musées adoptent ces dessins pour s’adresser à d’autres publics : les enfants, les familles, les personnes ayant des difficultés d’apprentissage ou les personnes en situation de handicap mental. « Cela ouvre pour nous de nouvelles perspectives passionnantes, dont nous n’avions pas complètement conscience il y a quelques années. », ajoute le chef d’entreprise.