Papiers d’Arménie … d’un voyage de découverte à l’emblème des parfums d’intérieur

Au XIX e siècle Auguste Ponsot, parti en Arménie, découvre lors de son voyage que ses habitants parfument leurs maisons grâce au benjoin. Son associé Henri Rivier, pharmacien de profession, invente une recette unique baptisée en 1888 « Papier d’Arménie ». Retour sur l’histoire d’une entreprise centenaire.  

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  • 27 juillet 2021
  • Temps de lecture: 2-3 min
papier d'Arménie

« Respire ! dit-elle. C’est du Papier d’Arménie, ça sent très bon ! » écrit Robert Sabatier dans son roman Les allumettes suédoises, après une fine description du fameux carnet vert. Plus qu’une marque, le Papier d’Arménie ® est aujourd’hui un élément culturel. Il figure dans les chansons de Gainsbourg comme dans l’œuvre de Georges Perec et parfume les intérieurs des Français depuis plus d’un siècle. Si nous sommes familiers du papier plié en accordéon, l’histoire de l’entreprise reste plus méconnue.  

L’aventure commence lors de l’exposition universelle de 1889. Convaincus de l’efficacité de leur produit et de son action assainissante de l’air, Ponsot et Rivier, les deux fondateurs, font une expérience étonnante sur deux morceaux de viande. Un sera imbibé de Papiers d’Arménie ®, l’autre non. Résultat : seul le morceau ayant absorbé le parfum reste encore consommable après une semaine. La recette des deux fondateurs consiste à dissoudre le benjoin, une résine naturelle aux notes vanillées et ambrées dans de l’alcool à 90° durant deux mois pour avoir un parfum aromatique tenace, déposé ensuite sur un papier buvard. Cette expérience qui marqua les esprits a fait la gloire de l’entreprise qui a connu un développement exceptionnel en préservant sa tradition artisanale. Dans un rituel immuable, les carnets sont toujours fabriqués en y ajoutant des extraits de parfums complexes dans une opération entièrement fait-main. Une fois les phases de trempage, de séchage et de fixation terminées les feuilles sont conservées dans une presse un mois. En tout, on compte six mois pour chaque carnet pour être prêt à l’usage.

Papier d'Arménie

Héritage et transmission au cœur de la philosophie d’entreprise 

  Derrière la référence se trouve une PME familiale francilienne. « Après la mort de mon arrière-grand-père, Henri Rivier, fondateur de l’entreprise, mon grand-père a tenu l’entreprise, ensuite ma mère a pris le relais. Quelque temps après elle, j’ai repris l’affaire familiale en 1993 », nous raconte Mireille Schvartz, héritière de l’entreprise. « Quand je suis arrivée l’entreprise était encore artisanale, sauf quelques innovations techniques pour générer les emballages. J’ai dû rationnaliser les usages et introduire une partie mécanique pour suivre le rythme de production, mais la recette reste la même. » Pour la dirigeante, hors de question de changer l’ADN de l’entreprise ou de se délocaliser. « Nous sommes aujourd’hui une quinzaine, toujours dans notre manufacture à Montrouge. Nous tenons à rester une entreprise familiale locale à taille humaine. Cela nous permet de rester proches de nos collaborateurs et de garder une culture de proximité. » L’héritage et l’histoire comptent beaucoup pour Papier d’Arménie ® labélisée Entreprise du Patrimoine vivant (EPV) et entreprise familiale centenaire (EFC).  

Ce qui distingue aujourd’hui l’entreprise en plus de son savoir-faire et de son héritage d’exception est son ouverture à l’innovation. « Aujourd’hui nous tenons à nos carnets « Tradition » mais ce n’est pas pour autant que nous sommes mono-produit. Nous avons développé d’autres senteurs et associé à chacun de nos trois parfums une bougie empruntant les mêmes notes ainsi que des brûleurs en céramique et de nombreux coffrets. Nous sommes actuellement en train de travailler une nouvelle note à paraître prochainement. » Derrière ces innovations, il y a une collaboration avec un grand parfumeur français d’origine arménienne Francis Kurkdjian. Avant de travailler avec la maison, le parfumeur avait déjà collaboré avec d’autres enseignes de renom. Il est notamment connu pour avoir créé le Mâle pour Jean Paul Gaultier.   

Un savoir-faire français apprécié à l'international 

Confiante en la compétitivité de la marque en France comme à l'international, l’héritière de l’entreprise n’est pas inquiète à propos de ces nouveaux concurrents « pure players » qui arrivent sur le marché « Papier d’Arménie ® est un produit unique sur le marché, il a un prix très abordable et est très efficace pour désodoriser son intérieur en plus d’avoir une légitimité historique et une bonne notoriété ! »  

Aujourd’hui, la stratégie commerciale de la marque repose essentiellement sur la revente à travers de grandes enseignes, des pharmacies, des boutiques bio, des drogueries, etc. même si le recours à l’achat en ligne semble se pérenniser comme nous l’a dévoilé la dirigeante. « Depuis la crise sanitaire, notre clientèle a de plus en plus recours à la commande en ligne y compris à l’étranger. »  

D’origine naturelle, les divers produits de la marque séduisent toujours en France comme à l’international où ils connaissent un réel engouement « Au Japon, en Corée, en Europe et partout ailleurs, le Papier d’Arménie ® séduit depuis un siècle les consommateurs », déclare ainsi fièrement l’héritière de la plus ancienne manufacture de Montrouge.