Olivier Vincent, directeur de l’export chez Bpifrance, revient sur les évolutions dans l’accompagnement des entrepreneurs

Bpifrance fête ses 10 ans, Assurance Export sa sixième bougie. Le groupe a eu le temps de voir des évolutions du côté de son accompagnement à l’internationalisation des entrepreneurs, et cela bien avant même qu’il ne soit créé. Pour nous en parler, nous avons rencontré sûrement l’un de ceux qui connaissent le mieux toutes ces évolutions : son nouveau directeur exécutif de l’export, Olivier Vincent. 

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Olivier Vincent

La Team France Export pour aider les entrepreneurs à « oser l’international »

Bpifrance : Bpifrance fête ses 10 ans cette année, et les 6 ans d’Assurance Export. Qu'est-ce que cela représente ?

Olivier Vincent : Cela représente avant tout un véritable succès sur de très nombreux points : commercial, de marque, d’avoir créé un modèle unique, qui réunit le meilleur du public et du privé pour aller dans le sens des entrepreneurs français. Nous avons réuni au sein d’une seule et même entité tous les services dont ils pourraient avoir besoin, dans un objectif de simplification et de facilité d’accès pour les PME. Du point de vue de l’export, nous progressons toujours plus pour encourager le plus d’exportateurs à venir oser l’international. Bpifrance a commencé ses activités autour de l’export dès 2015, avant même la création d’Assurance Export en 2017, et est devenue une véritable direction exécutive en 2019. Mis en musique au cours de ces six dernières années, cela nous a permis d’embarquer plus de 3000 entrepreneurs en 2022 et à créer avec eux de très belles histoires. Là aussi le mot clé reste le succès. 

B : Comment faites-vous pour répondre à cette ambition d’inciter les entrepreneurs à s’internationaliser ?

OV : Notre grande priorité est de faciliter et financer des courants d’affaires, avec une boîte à outils complète proposant de la prospection, de l’assurance, mais aussi du financement et l’accompagnement. Notre volet non-financier s’opère en étroite collaboration avec la Team France Export dont font partie Business France, les CCI, Bpifrance et les régions. Cet agrégat de métiers différents permet de créer les meilleures conditions d’accueil pour pousser un maximum d’entreprises à mieux savoir lire les marchés étrangers. Bien sûr, nous ne sommes pas encore au bout de la route, cela s’anime au quotidien de réunir de grandes organisations et de les faire travailler ensemble. Penser international, c’est penser long terme. C’est vrai pour nos exportateurs, mais ça l’est aussi pour nous dans l’organisation et pour les moyens qu’on leur met à la disposition. On pourrait résumer ça avec les mots « patience », « résilience », « optimisme » et « ambition ».

L’accompagnement à l’international passe aussi par le suivi

B : Quels ont été les prémices de l’export au sein du groupe ?

OV : Au sein d’Oséo, la structure qui précédait Bpifrance avant sa création, nous avions déjà créé des produits financiers dédiés à l’internationalisation. Il s’agissait du contrat de développement international (aujourd’hui, cela serait l’équivalent de la gamme des prêts sans garanties). Nos interlocuteurs, les entrepreneurs, demandaient déjà comment on pouvait les accompagner dans le cas de rachat d’entreprises étrangères par exemple. 

B : Et aujourd’hui, quelles sont les ambitions de Bpifrance à l’export ?

OV : Elles sont multiples, mais elles restent fidèles au concept de base qui est de faciliter et financer les courants d’affaires. Cela implique d’envisager de se développer dans de nouveaux pays, d’améliorer notre offre produit, simplifier ceux existants et d’étendre notre catalogue. En tenant compte des éléments macroéconomiques qu’on ne peut pas toujours prévoir, mais qui nous encourage à rester adaptable. Nous avons lancé des chantiers de digitalisation plus importante des process et de simplification des outils de l’assurance-crédit pour les entreprises.

Nous ambitionnons d’en faire un produit de place, c’est-à-dire incontournable et systématique. Nous visons également à mettre en place une solution de préfinancement export avec les bureaux Bpifrance en région afin de contribuer aux besoins de trésorerie des PME et faciliter la structuration des petits crédits export. Nous avons aussi de vastes projets sur la capacité à pouvoir faire matcher acheteurs et fournisseurs français et étrangers. Là encore, on souhaite améliorer l’existant, avec tout un programme de missions à l’international. Une de nos ambitions est d’éviter que les entrepreneurs fassent « un one-shot » quand ils tentent un pays mais au contraire de pérenniser l’export. On cherche pour cela à améliorer le suivi de nos clients.

B : Comment est-ce que cela s’illustre dans les faits ?

OV : Je prends un exemple concret : à Dakar début mai, nous avons accompagné 40 industriels du secteur agri-agro pour leur présenter des partenaires locaux. Tout s’est très bien passé. Mais quid de l’état de leurs affaires à 6 mois, à un an ? C’est là que le suivi se révèle fondamental pour davantage booster leur business. Derrière se posent aussi des questions liées aux moyens mis en œuvre. Quand on est une petite société, c’est toujours plus compliqué de gérer sa démarche export. Et s’il y a une stratégie propre à Bpifrance sur les années à venir, c’est d’assurer ce suivi après la mission. Tout comme pour le développement de l’assurance export, nous comptons passer par le digital pour cela.

Les jeunes et l’industrie prêts à conquérir les marchés

B : Est-ce que vous remarquez une tendance pour l’export chez les entrepreneurs d’aujourd’hui ?

OV : J’observe une vraie appétence liée à l’entreprise dans l’enseignement supérieur, avec une projection à l’international liée aux expériences que ces nouveaux entrepreneurs ont déjà pu y avoir. Ils ont généralement un bagage international déjà complet grâce à leurs études, avec un stage à l’étranger, ou simplement l’étude des langues, qui est moins un sujet aujourd’hui qu’il n’y a vingt ans. Tous ces facteurs contribuent à rehausser la compétence internationale des chefs d’entreprises. A ça s’ajoutent des approches stratégiques, liées aux nouvelles technologies comme internet. L’émergence du modèle des startups, qui ont souvent très tôt des ambitions de développement à l’international et qui sont en quête d’innovation, en fait partie aussi. Cet état d’esprit autour des nouveaux entrepreneurs a élevé le niveau et la capacité de projection des entreprises françaises et de leurs ambitions internationales. Aujourd’hui, pour de nombreuses entreprises ce serait presque une erreur de ne pas franchir le pas ! 

B : En quoi l’industrie française est-elle un gage d’internationalisation des entreprises ?

OV : Notre préoccupation majeure est d’emmener le plus d’industriels à l’export. Notre industrie a beaucoup souffert. Nous pensons que si la balance du commerce extérieur français a atteint une telle situation, c’est parce que cette filière est davantage sinistrée que nos grands voisins européens. On a à cœur de réindustrialiser la France, et cela passe bien entendu par la reconquête de marchés à l’international. Quand on souhaite emmener des entreprises, on met surtout l’accent sur les industriels. Et nombre d’entre eux proposent également des solutions plus vertes. De plus en plus, l’un va difficilement sans l’autre.  
Mais Bpifrance est aussi et surtout un succès autour des individus. Les quatre valeurs, volonté, simplicité, proximité et optimisme … La belle équipe de la direction de l’Export les incarne parfaitement, et c’est mon rapport d’étonnement que je vous livre !
 

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